Last Place

Last Place

Grandaddy

16 / 20 2017 30th Century Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Myfriendgoo (Xsilence) 16 / 20

Posté le 02/03/2017
Kevin Garcia, le débonnaire bassiste à voix d'ange de Grandaddy, n'aura jamais l'occasion de lire cette chronique. Non pas que ça aurait changé sa vie, mais c'est après avoir appris son décès soudain que j'ai réalisé qu'aucun XSilencieux ne s'était encore penché sérieusement sur ce nouvel album pourtant tellement attendu.
Il y a un peu d'un an, alors qu'il partageait la scène du Trabendo avec ses potes de Giant Sand, Jason Lytle annonçait à un public à la fois médusé et enchanté qu'il allait jouer un extrait du prochain album de Grandaddy. Le groupe était séparé depuis la sortie en 2006 du précédent, Just Like the Fambly Cat, qui bien que comportant quelques joyaux, donnait un peu le sentiment que le groupe tournait en rond après deux chefs d'oeuvre et un Sumday déjà un cran en dessous.

"Et alors ? Il est comment cet album ?", se dit le lecteur barbé par cette longue mise en contexte. Premier indice : je me le suis approprié beaucoup plus facilement que son prédécesseur, dans lequel je peine toujours à trouver des repères après pourtant pas mal d'écoutes. Les trois premiers morceaux, notamment, sont à adhésion instantanée, mais la plupart des chansons vous collent à la tronche après quelques écoutes. Last Place est définitivement un album de Grandaddy : un cocktail unique et improbable de power pop US sucrée et compacte façon Breeders, de voix plaintives entre Neil Young et Belle & Sebastian et de nappes de synthés hors d'âge rachetés aux Moody Blues. Il n'y a certes pas l'atmosphère irréelle qui faisait la beauté des deux premiers albums du groupe, mais il se dégage une sérénité et une fluidité assez bluffante. Il se rapprocherait plutôt de Sumday, qui comme celui-ci s'essouffle un peu sur la fin. Une fin d'album qui évoque également Dept. of Disappearance, l'album solo de Jason, avec des morceaux plus doux, dont un hymne en puissance aux slackers de tous les pays : "That's what You Get from Getting out of Bed", quelque part entre Elliott Smith et Ten CC. Définitivement pas le morceau à écouter le matin avant d'aller bosser.
Dans d'autres circonstances, retrouver le groupe à ce niveau aurait laissé entrevoir une suite de carrière prolifique, mais à ce stade, on souhaite simplement que le groupe va se remettre de la disparition d'un de ses piliers. En espérant que le titre de cet album ne soit pas prémonitoire...

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 08/03/2017

D’un point de vue strictement musical, on peut dire que l’actuel millénaire avait plutôt bien commencé – sur le plan géopolitique, on était encore loin d’imaginer le bordel qui allait suivre par contre. En effet, cette année-là, critique et public ont surtout plébiscité le Kid A de Radiohead et le Stankonia d’Outkast. Deux disques qui, à leur manière, ont marqué leur époque, préfiguré un avant et un après. Deux disques pondus par des entités à leur acmé, aussi. Parmi les autres groupes qui chatouillaient alors les sommets, il y avait Grandaddy, dont le Sophtware Slump a éclaboussé l’année 2001 de son anachronique mélancolie.

Anachronique, voilà bien un mot important quand il s’agit de parler des Américains, qui n’ont jamais vraiment semblé à leur place dans une époque qui semble aller beaucoup trop vite pour eux, dépassés qu’ils semblent par un monde dont les incessants tressaillements viennent briser cette quiétude à laquelle ils ont toujours aspiré. Et si Grandaddy n’était pas en phase avec son temps en 2001, on ne voit pas pourquoi cela aurait changé 16 ans plus tard, surtout que dans l’intervalle il n’a jamais changé son fusil d’épaule et que sa tête pensante, Jason Lytle, n’a pas ménagé ses efforts pour perpétuer l’héritage sur des albums en solo pas dégueulasses.

Aussi, dès que les premières notes de l’efficace « Way We Won’t » résonnent, on se prend une bonne dizaine d’années dans la tronche, et sans grande surprise, on reprend les choses là où le groupe les avait laissées à son split en 2006. Les claviers vintage sont là, les ambiances dépressives affleurent de partout, et la production lo-fi fait son œuvre. Mais ce n’est pas tout : les ambition formelles et les visées néo-psyché sont aussi de la partie. Bref, tous les ingrédients qui ont fait de Grandaddy un groupe totalement à part dans le paysage indie, et qu’on a toujours eu la mauvaise idée de comparer à Radiohead à un époque où les Anglais faisaient encore une musique que l’on pouvais aisément ranger dans la case rock. 

Mais on l’a encore vu avec le dernier album de Ty Segall : maîtriser une recette ne donne pas forcément un bon disque. Mais à ce petit jeu, Grandaddy s’en sort avec les honneurs sur un Last Place qui, contrairement à un album des adieux (tristounet Just Like The Fambly Cat) en forme de coquille vide, relance la machine sans autre ambition que de prendre du plaisir et d’en donner. Dans ce contexte, on se retrouve avec un disque qui, malgré quelques grands moments de spleen mélodique, peine parfois à tenir la dragée haute au diptyque Under The Wester Freeway / The Sophtware Slump, dans lesquels on a immédiatement envie de se replonger à l’écoute des meilleurs titres de Last Place, « I Don’t Wanna Live Here Anywmore », « That’s What You Get For Getting Out Of Bed » et « A Lost Machine » en tête. Bref, tout ça ne va pas faire avancer des masses le schmilblick, mais dans le cas d’un groupe comme Grandaddy, c’est une excellente nouvelle.


Retour à l'accueil