Chronique de X_Lok (Xsilence)
Et si, grâce à un album comme ce Synthetic Love, les punks (avec ou sans chiens) et les amoureux des synthés se donnaient la main & pogotaient ensemble ?
Car oui, si un groupe peut se targuer de jouer sur les deux tableaux, c'est bien celui formé par nos deux Liégeois. Depuis plus de dix ans maintenant, Le Prince Harry encanaille les foules inconscientes, nous fait suer en même temps que Lio (pas l'amatrice de Banana Split, l'autre là, le punk) nous dévoile ses tatouages & ses rouflaquettes. Un split avec Duchess Says il y a deux ans nous donnait envie d'en avoir plus, d'avoir enfin une suite au génial premier album It's Getting Worse.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on ne change pas une formule qui marche. On la fait varier, un peu, mais l'essence reste la même. Du bordel, des synthés, des machines. Et de la guitare évidemment, ça reste des keupons.
C'est assez épatant ce mariage (contre nature me diront certains), ce mélange de punk brut d'entrée de jeu avec "Chat Bot" avec ces sons industriels, mécaniques, évoquant parfois avec délice Fad Gadget ("Pink Slime"), ils délivrent sur chaque titre une idée bien à eux de ce que peut être le synthpunk. Rien qu'à entendre la boite à rythme de "Synthetic Love", on pense presque à une version vénère de "Warm Leatherette" de The Normal (aka le Daniel Miller de Mute). Ils se paient même le luxe d'une reprise testostéronée de Motormark ("We Are The Public").
Comment résister à ces belges ? Que ce soit sur disque, et surtout sur scène, je vous mets au défi de ne pas esquisser le moindre hochement de tête à l'écoute de cet album. Et même quand ils changent un poil de registre sur le dernier titre "I Want to See you Bleed", toute résistance est tuée dans l'oeuf par l'énergie de ces deux gars. Une nouvelle preuve (s'il en fallait encore) que synthétiseur & boîte à rythmes ne riment pas toujours avec new wave.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
C'est toujours un plaisir immense de voir un groupe qu'on ne pensait pas spécialement promis à de grandes choses déjouer les pronostics et nous renvoyer à notre condescendance de petit chroniqueur de merde en une petite quarantaine de minutes. Car si j'ai toujours eu de la sympathie pour les Liégeois du Prince Harry, je n'ai jamais pensé qu'ils rayonneraient véritablement au-delà des frontières de la Tox City, et que leur aura un peu cracra dépasserait les murs de l'illustre Zone.
Et puis Synthetic Love est arrivé, et j'ai vraiment eu l'air malin avec mon arrogance de scribouillard et mes certitudes à la con de mec qui se la pète (un peu trop). Mais commençons par dresser le tableau des choses qui n’ont pas changé : il y a les artworks d'Elzo Durt, toujours marqués du sceau de la badasserie polychrome la plus totale. Il y a également le style adopté par le groupe, qui donne toujours dans le garage punk synthétique plus tonique qu’un shot de mescal sous 40° à l’ombre. Il y a enfin l’amitié franco-belge scellée entre les Carolos de Rockerill Records et les Parisiens de Teenage Menopause RDS (JC Satàn, Jessica93, Catholic Spray) qui tient plus que jamais, et fait véritablement honneur au talent du petit prince du canal Albert. Au final, deux évolutions notables sont à retenir sur ce second long format : d'abord le trio est devenu duo (exit le batteur), et surtout l'évolution du songwriting. C’est peut-être un détail pour vous mais pour 100 % des gens qui écoutent de la musique intelligemment, ça veut dire beaucoup. Car si les musiques qui carburent à l’énergie brute sont souvent capables de faire illusion un peu plus longtemps qu’au mauvais titre de folk neurasthénique, une écriture défaillante fait vite rentrer les apprentis imposteurs dans le rang. Et dans le cas de Synthetic Love, pas de soucis à se faire : à l’image du potentiomètre de ta stéréo qui va se faire plaisir, tous les indicateurs sont au vert.
Dans cette optique, c’est le mode « double effet Kiss Cool » qui s’active : on se prend d’abord une vraie grosse mandale à l’écoute d’un disque qui ne laisse pas le moindre temps mort; et à peine a-t-on le temps de reprendre son souffle que d’abord on en redemande mais qu’ensuite on peut surtout se prendre en pleine tronche l’efficacité de l’écriture des deux Liégeois, qui accouchent ici de vraies tubes en adamantium forgé, à l’image du no-wavey « Chemistry » (déjà entendu sur le split avec Duchess Says sorti en 2015, et re-enregistré sur l'album), l’industrieuse plage-titre ou un « We Are The Public » qui donne l’impression que le duo a traîné Crystal Castles dans la boue d'un zoning industriel abandonné. Le petit prince Harry est devenu grand, et il a des paluches de la taille d’une raquette de ping pong. Y’a des jaloux qui vont maigrir et des joues qui vont rougir.