Sincerely, Future Pollution

Sincerely, Future Pollution

Timber Timbre

14 / 20 2017 City Slang Album / CD  Vinyle

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 12/04/2017

Timber Timbre est le type de groupe qui aurait pu s’écrouler après trois albums, ou sombrer dans les limbes de l’oubli, complètement lâché par la presse et les consommateurs de la première heure. Pourtant, le groupe canadien en est à sa onzième année d’existence et à son sixième album. Au-delà de ce qui constitue déjà une carière et une discographie assez conséquentes dans le contexte actuel de l’industrie musicale, la place du groupe et son succès dans nos contrées ne se dément pas - nombre de « petits » groupes (comprendre ici l’adjectif en référence à son exposition médiatique et non à sa qualité artistique) ne peuvent en dire autant.

A qui le mérite ? Certainement pas à nous auditeurs volages ou aux médias dont nous faisons bien évidemment partie. Non, ce mérite n’est dû qu’à Taylor Kirk et ses acolytes. Débarquer dans la deuxième partie des noughties avec un son si caractéristique, si old school, un truc qui sentait les micros et les guitares vintage juste avant que cela devienne la nouvelle norme, ce mélange de country, de folk, de codes de la musique de films, tout cela détonnait, donnait une couleur clairement identifiable mais risquait aussi rapidement de virer au pastiche. Et pourtant. Il faut dire que le groupe n’a pas oublié d’écrire des chansons en chemin. De bonnes chansons qui plus est. Taylor Kirk ne s’est ainsi pas uniquement vêtu des oripeaux des musiques nord-américaines traditionnelles comme tant de ses confrères, il a également retenu les leçons d’écriture et de composition qui confèrent à ces musiques leur intemporalité et universalité.

Sur Hot Dreams, on sentait déjà une inflexion, ou plus exactement un élargissement de la formule, de même que l’assimilation de certaines influences que l’on ne percevait pas auparavant - la soul, le krautrock notamment. Cela passait par l’utilisation de cuivres, un chant et une section rythmique parfois plus chaloupée, le jeu sur des figures répétitives et surtout, une utilisation plus conséquente des claviers en mode mélodique ou bruitiste. Ces influences et ces claviers sont encore plus omniprésents sur Sincerely, Future Pollution. Il y a toutefois une différence assez palpable: là où Hot Dreams était un album résolument sensuel, Sincerely, Future Pollution est plus lunaire, évanescent et sombre. Un album où il est d’ailleurs souvent question de brume, de brouillard, de fumée (« Sincerely, Future Pollution », « Sewer Blues », « Grifting »).

Taylor Kirk s’en est expliqué, sans rentrer dans quelque chose de revendicatif ou d’explicite (c’est pas vraiment le genre de la maison): le contexte politique, social, écologique ambiant a déteint sur ses nouvelles compositions et cela s’en ressent clairement. Il faut lire entre les lignes, aucune allusion n’étant directe. En revanche ça infuse clairement la tonalité générale de l’album, qui prend une couleur plus dépressive qu’à l’accoutumée. Non pas que le groupe ait jamais véritablement fait dans la gaudriole, mais l’atmosphère est quand bien plus plombée que d’habitude. Un paradoxe en soit assez intéressant à l’aune de la proposition musicale qui se veut, elle, plus évanescente laissant encore plus d’espace qu’à l’accoutumée aux respirations et aux silences. Malgré ces évolutions, le fil rouge reste en fin de compte la voix de Taylor Kirk. Toujours aussi particulière, toujours nimbée de ce léger écho qui donne cette impression de sortir d’un vieux poste à galène des années 50. Et dieu sait que les fantômes aiment la brume.


Chronique de X_ Wazoo (Xsilence) 11 / 20

Posté le 02/05/2017
Diable ! Les singles menant à la sortie de Sincerely, Future Pollution lancèrent les premiers signaux d'alarme. Timber Timbre, synthétique ? Timber Timbre, nostalgique 80's ? Oh, pourquoi pas après tout. On ne peut pas dire que les ténébreux canadiens aient jamais versé dans un style très moderne, préférant chercher comment subvertir le rockabilly et les heures sombres de la folk et de la country pour mieux en révéler la perversité, comme un Lynch d'humeur mesquine. Et lorsqu'ils invitent le plus "contemporain" des saxophonistes sur le précédent Hot Dreams, c'est pour lui faire jouer une excellente partition bien nostalgique des eighties, justement. Alors je ne vois pas, en théorie du moins, le problème de changer de décennie. Timber Timbre a-t-il donc vendu son âme à Satan ? Non. Et c'est bien le problème.

Ce qui m'a toujours attiré chez le groupe, au delà d'un quelconque lien à tel ou tel genre, c'est ce sentiment de malaise enfoui sous les intonations caverneuses du chant légèrement réverbéré de Taylor Kirk et les instrumentations trainantes laissant planer une menace sourde. Voilà ce qui, avec bien sûr la classe absolue du songwriting, ce qui me fascine chez eux. Et voilà ce que je peine tant à retrouver sur ce Sincerely, Future Pollution.

Je suis un grand amateur de synthés devant l'Eternel, mais l'utilisation qu'en font les Canadiens​ me semble tout du moins paresseuse ; des nappes de fond dans lesquelles ils se laissent flotter (exemple à l'appui), et au sein de laquelle leur identité, loin de trouver un nouveau souffle, se ramollit à vue d'œil. Il s'agit toujours de Timber Timbre, pas de doute, mais une version édulcorée, presque inoffensive, comme si le groupe s'était laissé en partie bouffer par cette qui décennie qui a eu la réputation d'affadir nombre d'artistes autrefois inspirés. Niveau songwriting, il faudra se contenter de quelques perles auxquelles ce virage stylistique profite ("Sewer Blues" et "Western Questions", excellent duo qui offre une respiration bienvenue au coeur du disque) et d'autres morceaux pas dégueux sur le papier mais qui s'avèrent plombés par leur traitement ("Velvet Gloves & Spit" et "Floating Cathedrals"). Et on s'efforcera d'oublier l'échec cuisant de "Grifting", tentative de Timber Timbre d'interpréter un funk aussi ringard que désincarné... gênant. Mention spéciale tout de même au solo de guitare Van-Halen-esque de "Moment", qui montre que le groupe a malgré tout conservé un certain sens de l'humour.

Les grands perdants de ce disque restent finalement les instrumentaux, "Skin Tone" et "Bleu Nuit", qui pâtissent des sonorités fadasses et des envies du groupe de montrer toute la palette qu'ils sont capables, sans pour autant aboutir à une composition qui tient la route une fois dénuée de la voix de Taylor Kirk (quoiqu'une épaisse pâte vocale vocodée accompagne "Bleu Nuit", même si ça ne suffit pas à faire monter la sauce). En fin de compte, et puisqu'on parle d'instrumentaux, lorsqu'il s'agissait de mettre l'accent sur les synthés le duo Last Ex, constitué de la section rythmique de Timber Timbre, s'en sortait bien mieux.

Retour à l'accueil