Chronique de Machete83 (Xsilence)
Titre Reznorien à souhait, emballage et design conformes aux produits estampillés "N.I.N.", ce Halo 29 a donc de prime abord tout pour séduire le fan du groupe, d'autant plus qu'y sont mentionnées les présences de deux lutins de luxe en les personnes de Dave Navarro et de Dave Grohl, venus aider notre Saint Nicolas de l'Indus à célébrer sa mini surprise party païenne. Champomy pour tout le monde !
Cependant l'angoisse près du soulier peut être légitime : le souvenir laissé par Hesitation Marks était légèrement fade (ou lourd, c'est selon...) avec le recul. Le probable souci actuel envisagé par le fan de Nine Inch Nails est de ne plus vivre les musiques délivrées par notre sorcier bien aimé de manière intense : Pretty Hate Machine, Broken, The Downward Spiral et The Fragile avaient été conçus soit comme des exutoires /exorcismes ou soit comme des thérapies en profondeurs, promettant alors de grands moments. With Teeth était une manière détachée et plus accessible de jouer avec l'histoire du groupe et Year Zero jouait la carte du concept avec des possibilités à explorer, mais ces deux albums permettaient tout de même d'amener quelque chose, de consolider l'édifice général patiemment construit.
Nine Inch Nails alternant depuis maintenant presque dix ans périodes de pauses indéterminées et cadeaux-produits intermittents destinés aux fans, il est par conséquent difficile de n'entendre autre chose que le fait de tourner en rond dans la continuité ; le prestige gagné avec les musiques de films et les collaborations diverses et glorieuses n'y change pas grand-chose et ce Not The Actual Events ne déroge pas à la règle.
Sur les 5 titres présents, il y a une sorte de mélange entre le son de The Fragile ("Burning Bright") et celui de Year Zero ("Branches / Bones" se fondant avec "Dear World" comme auparavant "Hyperpower" avec "The Beginning Of The End"), le tout entouré des motifs mélodiques habituels ayant contribué à la mystique du groupe. "The Idea Of You" est du même tonneau que "You Know What You Are ?", morceau où avait déjà officié Dave Grohl sur With Teeth, criard et rentre-dedans, contrastant avec le reste des morceaux plus atmosphériques ou travaillés ("She's Gone Away", par exemple).
Ce qui est certain, c'est que le Trent connaît bien sa recette et aidé de son fidèle commis, il la prépare et la dresse les yeux fermés. On pourrait alors affirmer qu'il y a deux manières d'appréhender cet EP : soit vous accueillez votre hôte Trent avec l'envie de chaleureuses retrouvailles autour de dégustations des meilleurs millésimés de se cave, comme lorsque vous vous réjouissez de la venue d'un ami que vous n'avez pas vu depuis bien longtemps ou vous adoptez la posture suivante qui est celle que de toute manière vous détestez Noël et ses produits voués à l'éphémère, sa course à la consommation et à l'indigestion. A vous de voir si vous êtes attachés aux traditions...
Par ailleurs le format EP permet à son créateur comme à l'auditeur de ne pas prendre trop de risques : Not The Actual Events peut se déguster comme petit amuse-gueule en attendant que la dinde sorte du four (une réédition augmentée de The Fragile). En cela, il passera sans doute un peu mieux que Hesitation Marks.
Chronique de Michael (Goûte Mes Disques)
Trent Reznor l'avait promis, il l'a fait. Un nouvel EP de Nine Inch Nails donc. Pourtant le bonhomme n'aura pas chômé ces dernières années - 2016 y compris. Outre son taf pour Apple et les rééditions annoncées, le tandem oscarisé qu'il forme avec Atticus Ross aura pondu deux B.O. (Before The Flood, le projet de Leonardo Di Caprio pourNational Geographic et Patriots Day, le film de Peter Berg sur les attentats de Boston) et prépare également un score pour une série documentaire autour de la guerre du Vietnam. Ah oui, et le couple que forme Reznor avec Mariqueen Maandig a accessoirement accueilli un quatrième bambin ce mois-ci.
On ne va pas se mentir, Not the Actual Events se présente plus comme un buvard absorbant un trop-plein d'activité et/ou de choses à dire que comme un disque majeur pour Reznor. 21 minutes et 5 titres dépareillés comme un patchwork qui fait pourtant corps et sens. En gros, on est ici conviés à bouffer dans la cuisine du chef plutôt qu'en salle. Reznor et Ross balancent cinq titres bruts, comme autant de défouloirs dans lesquels on entend un peu de tout : des réminiscences de gimmicks désormais totalement identifiables d'abord, des clins d'œil sans doute involontaires (quoique) à plusieurs disques clés (Broken, The Downward Spiral, Year Zero) ensuite et des pistes qui semblent privilégier un mélange entre retour aux sources et velléités de recherche sonore enfin. Sans que l'on soit dans la rupture, la continuité avec certains titres de Hesitation Marks est ici aussi clairement identifiable. On s'éloigne en tout cas du son finalement assez policé de ce dernier disque et, en toute franchise, si Trent Reznor nous ressort le papier de verre en 2017, on ne va pas s'en plaindre.
On ne fera donc pas la fine bouche, même si on aurait préféré un long format plutôt que cet EP aux airs de défouloir, d'autant que comme vient de l'annoncer la paire Reznor / Ross sur Beats 1, 2017 sera une année chargée avec deux gros projets dans les tuyaux. Et, même si on n'en connaît pour l'instant ni l'odeur ni la couleur, on a entendu sur cet EP suffisamment de choses intéressantes pour qu'on soit plutôt excités.