Cours Lapin

Cours Lapin

Cours Lapin

15 / 20 2009 Fake Diamond Album / CD

Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence) 15 / 20

Posté le 10/12/2009
Alors que l'automne nous assène de vagues de froid toujours plus redoutables, un quatuor danois se détache des fjords pour nous apporter un peu de chaleur en laissant intacts les frissons. Eclairé par un soleil du crépuscule, Cours Lapin diffuse une ambiance partagée entre le réconfort des derniers rayons avant la tombée du jour et la rencontre inévitable des forces mystiques de la nuit en attente de l'extinction de l'astre.

Suaves et énigmatiques, avenantes et secrètes, les pièces du groupe suivent des chemins sinueux que Burton ou Lynch auraient pu tracer de leur baguette. On pourrait y croiser sans difficulté les esprits errants d'une forêt qui s'anime sous les couleurs de la Lune. Esprits malins qui transforment avec délice les décors que l'on connaît, les teintant de larmes d'obscurité puis les laissant baigner dans une pâleur fantomatique. Un métronome engourdi. Des mesures en suspens. Une froideur automnale. Pourtant il réside une douceur mélancolique inextricable, comme si la magie ne pouvait se retourner complètement contre nous. Ce sentiment a quelque chose à voir avec la voix enfantine et inoffensive de Louise Alenius qui a choisi le français comme terrain d'expérimentation. Ainsi, une fois n'est pas coutume, l'auditeur francophone qui se nourrit habituellement de textes en anglais peut avoir une approche opposée à propos de l'écriture. Et bien que la danoise susurre ces contes naïfs ("Le Son D'un Escargot", "Cache Cache"), nous sommes à des lieues d'une écriture fade et prosaïque. Bien au contraire, derrière ses faux airs d'enfant qui improvise une chanson tordue avec toute sa candeur, il nous est offert une atmosphère et des thèmes précis à la récurrence obsessionnelle admirable. On pense à Emilie Simon pour les fresques qui sont dépeintes, Björk dans un style plus épuré, Silje Nes dans son infinie douceur ou encore Goldfrapp pour le côté cosmique.

Les onze tableaux célestes sont confinés dans une musique de chambre prise dans un mouvement cinématographique certain et constant. Les arrangements sont croisés de jazz et d'électro parfois alarmants, ou la plupart du temps d'un naturel cotonneux à l'instar de "Mes Larmes Secrètes" sur la pointe des pieds ou encore "1.2.3", séraphique, déposé en silence. Disque dépouillé, spectral et nébuleux, Cours Lapin est un recueil de petites morsures pas bien venimeuses, mais délicieusement empoisonnées pour retomber dans l'ivresse enfantine de quelques récits tarabiscotés libérés.

Chronique de Pauline (Goûte Mes Disques) 10 / 20

Posté le 16/09/2010

Sur le papier, le projet Cours Lapin semble plus qu'étrange, voire même douteux: un collectif de cinéastes danois se met à la musique, choisissant un pseudonyme français un peu niais pour composer des comptines noires aux ambiances vaporeuses. Quand je lis ce genre de description, je ne peux m'empêcher de lever un sourcil et une oreille, et de me questionner... Pourquoi? Comment? Et surtout: pardon?

Alors, qu'en est-il de cet album, concrètement? Cours Lapin est un bien étrange mélange. Au mieux de l'album, Cours Lapin est un groupe mystérieux emmené par une chanteuse inspirée, qui se sert de belles ambiances bien soignées pour nous emmener dans des scènes de films minimalistes. Il y a, dans ce camp, de belles percées. "Cache Cache" est une sorte de course poursuite dans un western gothique, où plâne l'ombre du grand Tom Waits, tandis que "Mes Larmes Secrètes" est un beau tango digne de la fin d'un film de Wim Wenders. Oui, ça, c'est au mieux de l'album. Mais, au pire, Cours Lapin ressemble à un imbroglio de paroles un peu limites (oui, étant français on est en mesure de comprendre les textes, et c'est souvent bien dommage), susurrées par une chanteuse un peu niaise à la Émilie Simon, le tout sur fond de nappes de toy-piano qui n'impressionnent plus vraiment. Les ambiances mélancoliques à la Yann Tiersen des débuts fatiguent un peu, en somme. D'autant que l'album est assez long et que ses 41 minutes s'étalent plutôt laborieusement.

Le problème de cet album-ovni, c'est qu'il nous tiraille entre agacement et possible amour. La chanteuse, quand elle cesse d'être une jolie copie de Stina Nordenstam, devient plutôt une enfant horripilante qui tend du côté des arts de la rue (no offence). Si Cours Lapin était un film (son ambition à peine masquée), il serait un film français inégal et un peu ennuyeux pendant lequel on somnole et qu'on oublie bien vite - cherchez vous-même un exemple, ils sont légion. Et on en est un peu désolé, parce que l'intention n'était pas mauvaise. Mais le résultat est un petit peu raté. Et qui se veut un hommage à l'art français porte finalement tous ses défauts et rime bien souvent avec inégalité qualitative.


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