Chronique de Toitouvrant (Xsilence)
Posté le 11/05/2008
J'ai découvert cet album dans une situation particulière, pour le moins idéale afin d'apprécier un disque considéré difficile. J'avais une grippe carabinée et j'étais passé voir un ami qui vivait dans une baraque de campagne. A l'intérieur peu de lumière. Je m'allongeais sur le canapé du salon, pris par la fièvre. Mon ami décide de partir pour une demi heure. Au préalable, il me met Confield d'Autechre, un groupe que je connais pas. "Electronica"?, "Aphex Twin", je ne connaissais rien de tout cela. J'ai donc découvert un style avec un de ses albums les plus complexes. Ca commence, doucement, une musique décharnée, sèche et froide à la fois. Sur la pochette aucune présence humaine, seulement une image abstraite étrange. Deuxième morceau, ca devient carrément noir, plus agressif. Je pense à Homogenic de Bjork mais remarque immédiatement que la structure se décale, fuit, se mange elle-même selon une logique (ou des logiques) implacables. Ca reste abstrait. Ma fièvre me donna l'opportunité d'accèder directement à l'univers d'Autechre. Son système consiste à pervertir une boucle par l'avènement d'une nouvelle et ainsi de suite, à la chaine. Si bien que la fin du morceau n'a rien de commun avec son début. Confield reste mon album préféré. Peut-être parce qu'il reste celui qui m'a fait découvrir tout un champ musical. Le reproche qui est fait à Autechre et qui consiste à dire que sa musique devient trop complexe est en un sens contradictoire. Les machines servent justement à dépasser nos limitations sensorielles. Il s'agit ici d'une véritable exploration du sonore. Ca n'est pas pour rien que cette musique évoque fréquemment des étendues de glace à perte de vue. Peu de gens sont allés en Antarctique, ont ressentis cette impression supposée d'être la seule conscience au milieu de forces sous-jacentes. Autechre fait figure d'inconnu. Avec ce groupe la machine n'est pas utilisée comme un simple instrument, mais elle interprète librement les invectives techniques des compositeurs (Autechre utilise des machines défectueuses). S'en dégage un langage nouveau, non-humain, et d'une complexité de calcul magnifique. Le dernier morceau, angoissant et lumineux semble toucher la moindre parcelle de notre cerveau. La musique se faufile partout: une vraie opération chirurgicale à domicile. Je suis sûr que c'est bon pour la grippe.