Schmilco

Schmilco

Wilco

14 / 20 2016 DBpm Album / CD  Vinyle

Chronique de Myfriendgoo (Xsilence) 14 / 20

Posté le 09/09/2016
- Allô docteur, c'est la Noiraude.
- Bonjour la Noiraude, qu'est-ce qui ne va pas encore ?
- Docteur, c'est mon Wilco, il est tout ramollo !
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- Quand je l'ai laissé l'an dernier, il avait une patate d'enfer. Pour tout vous dire, je ne l'avais même jamais vu aussi en forme ! Il nous a sorti de nulle part un album incroyable, avec une intro bruitiste super bien foutue, suivie de dix morceaux tendus comme des strings, directs et super bien écrits et arrangés, des guitares vachement rock... Je l'avais même mis dans mon top albums de 2015, c'est vous dire ! Bon, il y avait bien des morceaux plus folk et un peu planants dans le tas, mais c'est dans ses habitudes, et il fait ça plutôt bien. Mais là, je le retrouve avec douze petits morceaux tout mous, avec une basse caoutchouteuse. Ça oscille entre du Neil Young sous Prozac et une compile des morceaux les plus mélancoliques des Beatles. Et même pas un bon gros titre bruitiste de six minutes à se mettre sous la dent !
- Je ne vois pas ce qui vous surprend, ce sont des références habituelles, et ça reste quand même un standard assez élevé... Il nous aura fait un peu de surmenage, et derrière une petite phase dépressive. Rien de bien inquiétant ! Ils sont comment ces morceaux, mélodiquement ?
- Bon, c'est vrai que c'est surtout le premier morceau qui est mou du genou. Et puis deux ou trois autres, et particulièrement "Common sense" : une chansonnette à moitié dissonante avec une sorte de mandoline pénible. Mais c'est vrai qu'en réécoutant l'album, je me rends compte qu'il y a quelques très bons morceaux, comme "Someone to Lose" avec sa ligne de basse entêtante, ou "Locator" avec une sorte de riff fantôme à la dEUs.
- Bon, c'est un signe, ça, que le songwriting soit toujours au niveau. C'est quand même ça qui guide le reste.
- Mais il n'y a pas que ça, il y a ce titre aussi, Schmilco : d'où ça peut bien sortir, un titre pareil, je vous demande un peu ? Star Wars, ça avait quand même plus de gueule ! Des grands espaces, de l'aventure, des héros, c'était quand même plus évocateur.
- Non mais ça, c'est une blague, une allusion à Harry Nilsson : il avait intitulé un de ses albums Nilsson Schmilsson en 1971, et ça a été un de ses plus gros succès. Vous voyez bien que ça ne veut rien dire ! Non, franchement, je ne vois rien d'inquiétant à ce stade. Une petite tournée mondiale et je pense qu'on y verra plus clair...

Chronique de Maxime (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 12/09/2016

Bien qu’on ne les ait pas vraiment perdus de vue depuis leur précédent album (qui date seulement de l’année dernière), le nouveau Wilco débute comme des retrouvailles : on s’y sent en confiance comme avec un vieux copain d’enfance, on s'y sent bien comme dans un vieux fauteuil de famille. Et c’est un sentiment de plaisir retrouvé qui domine dès la première écoute du disque : Wilco n’a jamais vraiment déçu et ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer, même si le mordant ou les expérimentations d’il y a quelques années ne sont clairement plus d’actualité.

Cette sensation de routine est renforcée par le retour à la normale du process de sortie de l’album. Alors qu'il y a à peine un an les Chicagoans jouaient la carte de la surprise en sortant sans crier gare le court et mal nommé Star Wars (avec peut-être l'ambition inavouée de se faire un peu de pub sur le dos de la sortie de l'exécrable épisode 7 dont la promo battait alors son plein), cette fois le groupe de Jeff Tweedy est revenu à une méthode tout ce qu'il y a de plus classique pour l'atterrissage de ce Schmilco, annoncé il y a deux mois avec la publication de deux morceaux en éclaireurs.

L’écoute de cette nouvelle galette, la dixième en 20 ans depuis l’inaugural A.M, nous replonge dans l’univers indie rock / alt. folk qu’affectionne Wilco, en se concentrant sur l’essentiel : du songwriting sans fioritures inutiles et presque entièrement acoustique, se reposant sur une ossature guitare-voix ponctuée d’arrangements discrets et bienvenus. Pas de morceau plus fort que les autres qui planerait au-dessus du lot comme le groupe a déjà pu le faire ("Via Chicago" sur Summerteeth pour n’en citer qu’un), mais une succession de chansons courtes (rarement plus de 3 minutes) sans aucun moment de faiblesse. Dans la forme on en vient à penser à Elliott Smith tout au long de ces douze titres.

Par effet de rebond, on est ici loin des expérimentations indie de Yankee Foxtrot Hotel, ou même de l'ambition affichée d'un Wilco (The album). Quelques passages plus rêches ("Common Sense", "Nope") n’empêchent pas une grande mélancolie d’exsuder du disque. Jeff Tweedy chante la joie d’être malheureux (ou l’inverse, on ne sait pas trop) se décrivant « so sad and smiling » sur "Happiness". Le thème de l’enfance est également filé ("If I Ever Was A child", "Normal American Kids") avec beaucoup de douceur, sans jamais tomber dans le pathos. Avec Schmilco, Wilco n’a certainement pas sorti l’album-synthèse de sa belle carrière, pas plus qu'il n'a ajouté un nouveau sommet à un parcours déjà riche, mais se contente de creuser toujours plus loin un sillon si particulier et c’est tant mieux.


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