Down In Heaven

Down In Heaven

Twin Peaks

16 / 20 2016 Grand Jury Album / CD  Vinyle

Chronique de Lulum (Xsilence) 16 / 20

Posté le 13/05/2016
Ca grouille en ce moment à Chicago. Depuis quelques années, comme porté par le renouveau psychédélique de la côte ouest, la ville s'encanaille de fraîches formations qui distillent un rock quelque peu plus énervé que les hippies de San Francisco - citons entre autres figures de proue, les Orwells et White Mystery, guitares rutilantes et crinières ébouriffées de rigueur.
Derniers nés de cette "Chicago scene" bouillonnante, les scandaleux Twin Peaks. Après s'être fait les dents sur un premier album somme toute assez brouillon, ils prouvent leur légitimité avec un bon gros Wild Onion en été 2014, second opus qui les impose malgré eux comme une formation prometteuse, sachant allier qualité studio et prestance live.

Ainsi donc, après une tournée explosive qui leur a permis de se faire connaitre outre-Atlantique, les quatres lascars décident de prendre leur temps pour s'atteler à leur troisième opus, à l'aube de l'été 2015.
Habitués de l'auto-production, ils s'entichent cette fois d'un pro (et pas des moindres; un certain John Agnello, proche de Dinosaur Jr, Sonic Youth ou encore Screaming Trees), s'établissent dans une résidence perdue au fin fond des montagnes du Massachusetts, et se posent. Sans chercher particulièrement à peaufiner leur son, le simple fait de laisser retomber la pression des tournées les orientent naturellement vers un son beaucoup plus spacieux, apaisé, mais non moins excitant.

Car cet album n'est qu'en peu de points comparables au précédent. L'ouverture "Walk to the One you Love", petit tube "T. Rexien" confectionné avec amour, sera véritablement l'un des moments les plus énervés du disque. On y retrouve déjà un fil rouge qui se tressera tout au long de l'album : la complainte. Les sessions studios prenant plus l'aspect de vacances au beau milieu de nulle part, les joyeux lurons semblent avoir le temps de prendre du recul sur leur fulgurante notoriété et l'écriture s'en retrouve comme mûrie. "You Don't", "Cold Lips", les titres seuls évoquent un blues de fin d'été. Parallèlement, on notera la participation du clavier Colin Croom, petit rat de studio qui avait épaulé la bande lors de l'enregistrement de Wild Onion, et qui en fait désormais parti intégrante. A ce titre, les ambiances qui se dessinent prennent une ampleur moins garage, comme ce mellotron débonnaire sur "Heavenly Showers", un tantinet perturbant pour ceux qui comme moi, étaient tombés amoureux de la fougue fuzzée des débuts.

Fidèles à eux-même, ils distillent quand bien même des petites perles ("Butterfly", "Keep it Together", "Lolisa"), aux guitares stoniennes racoleuses et cuivres bien lustrées, suffisant pour rassurer l'oreille, et qui, somme toute, permettent d'apprécier encore mieux le nouveau cap emprunté.

"L'album de la maturité" lit-on un peu partout. Ma foi.

Chronique de Pierre (Goûte Mes Disques) 10 / 20

Posté le 10/06/2016

Un groupe qu’on aime, c’est un peu comme une seconde meuf - à cette différence près que personne ne vous reprochera de forniquer à droite à gauche et d’en aimer un bon paquet. De ce point de vue là, plusieurs catégories se différencient en fonction des multiples degrés de considération et d’importance possiblement accordés à ces groupes. Et à vrai dire, Twin Peaks nous avait pas mal aguiché avec Wild Onion. Si ce second album aurait certes mérité quelques lignes sur ces pages, relativisons : ce second long format bourré d'hymnes power-pop bienveillants ne représentait pas la promesse d’un amour véritable, durable et absolu car trop conventionnel. On y voyait plutôt une amourette estivale fugace dont la saveur n’est due qu’à la connaissance de son caractère fragile et éphémère.

Parce que clairement, et ceci sans nier d’aucune manière le plaisir immédiat que nous procure toujours l’écoute de l’album sus-évoqué, Twin Peaks n’a jamais été le groupe du renouveau ou de l’audace mais s’apparente plutôt à cette meuf de la part de qui tout le monde souhaiterait bien un petit quelque chose sans pour autant risquer de s’y lier trop sérieusement. Avec une sincérité et une simplicité bienvenues, ces jeunes Ricains nous avaient cloué le bec avec des chansons humbles et sans prise de tête, baignant dans un cocktail d’urgence et de férocité juvénile. 

Oui mais voilà, Twin Peaks s’est essoufflé et semble un peu perdu, ou du moins en phase de recherche inaboutie. Car si l’écoute de ce Down In Heaven est loin d’être désagréable, il ne subsiste finalement pas grand chose de concret une fois le disque rangé dans l’étagère - il est où ce single à la "Making Breakfast" ?! Quelques qualités évidentes laissent pourtant entrevoir ce qu’aurait pu être cet album, comme l’efficacité indéniable de "Walk To The One You Love" et "Butterly" ou cette façon bien spécifique de contraster les voix - pendant que l’une prend soin de tes tympans, l’autre te crache volontiers à la face y compris sur les ballades les plus calmes telle "Cold Lips". Mais cela n’empêche en rien une bonne partie des chansons présentes de patauger dans une sorte de niaiserie trop rarement maîtrisée, voire parfois de s’embourber dangereusement dans la guimauve ("You Don’t").  

Du coup, on se dit que le communiqué de presse nous vendant ce Down In Heaven comme l’album le plus abouti du groupe (quelle originalité…) se plante carrément. Si l’intention du renouvellement peut être louable, nul n’ignore qu’elle est bien plus souvent délétère que profitable. Et malheureusement Twin Peaks n’échappe pas à la règle, la grande majorité des titres n’étant franchement pas du même acabit que ceux du précédent album. Si les sonorités assez souvent stoniennes ne sont pas pour nous déplaire, il résulte du produit fini une sensation d’inachevé. À vouloir parfois trop en faire on finit par perdre l’essence de la chose. 

Mais ne pensons pas à Twin Peaks avec tristesse, ne regrettons aucunement nos amours passées dont certains relents sont malgré tout toujours présents sur Down In Heaven - on pense notamment aux deux singles précédemment cités. Car même si chaque rupture indépendante de notre volonté peut s’assimiler à un bon coup de massue et ce, quelle que soit la nature de la relation jusque-là entretenue, la déception engendrée ne nous fait regarder le passé qu’avec plus de tendresse.


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