Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
En 2015, tous les moyens sont bons pour écouler des disques. Et parmi les techniques de vente mises au point par les esprits les plus machiavéliques de l’industrie du disque pour nous refiler la camelote, il y a le "repackaging". En gros, pour peu qu’un disque ait un tant soit peu affolé les compteurs, on fait les fonds de tiroir en remplissant l’espace libre avec (biffez la mention inutile) des faces B, des chutes de studio, des remixes et des versions live. Soyons honnêtes, à moins d’être un fan hardcore et/ou de ne pas être trop regardant sur la qualité, cette démarche n’a qu’un intérêt limité. Des pics de contrariété sont notamment atteints lorsque la palanquée d’inédits pantouflards est contenue sur le même disque de l’album qu'on a tant aimé, et que l'écoute tape alors allègrement dans les 70 minutes, dont une bon tiers se révèle vite dispensable. Pourtant, dans certains cas, le concept peut être pensé intelligemment et donner des bundles qui valent réellement le détour. Et Captured Tracks serait bien inspiré, dans les mois qui viennent, de ressortir le Salad Days de Mac DeMarco en y incluant ce nouvel EP tant celui-ci s’impose en quelques écoutes à peine comme le complément idéal au second album du slacker canadien. Et vu que tout ou presque a déjà été dit au sujet du troisième album du bonhomme sorti l’année dernière (sa coolitude à toute épreuve, l’attitude de branleur magnifique de son géniteur, cet arrière goût doux-amer que laisse ses compositions, son amour pour les guitares chaloupées qui nous font sentir comme une bamba triste), on va se borner à évoquer ces mêmes qualités, et souligner qu'elles sont mises au service de titres qui n’ont rien de fonds de tiroir ou de resucées paresseuses, et mettent un peu plus en exergue l'immense talent d'un Mac DeMarco qui ne fait qu’affiner son songwriting avec le temps...
Chronique de Lulum (Xsilence)
Et quand Mac ne sait pas quoi faire, il compose entre deux tournées (du monde ou des bars) un mini-album tout de mélancolie vêtue. Le destin lui a peut-être dernièrement joué des tours, mais il se trouve qu'une fois n'est pas coutume, l'artiste épuisera la corde d'un seul et même sujet : l'amour. Fidèle à lui-même et son style "jizz-jazz" (selon ses propres mots), il retournera le problème dans tous les sens : "being in love, being out of love, wanting love, not wanting love". Et ça parle de "her", de "heart", du love en veux-tu en voilà !
Musicalement, l'usage des claviers, abordé avec un entrain équivoque dans le précédent Salad Days, est ici au centre de la composition. Fidèle à la sensibilité décalée du songwriter, ces ambiances brumeuses se mêlent à des expériences dissonantes (le titre éponyme en est l'exemple le plus frappant .. et quel titre..!). Mais Mac est avant tout un guitariste, armé de la pelle la plus cheap qui soit, et revendiquant un style propre : des suites d'accords improbables, un recours permanent à la combinaison d'effets delay/vibrato et au capodastre (cette petite pince qui permet de courir sur tout le manche sans s'embêter avec les barrés), tous ces éléments sont à la base d'atypiques mélodies aux effets terriblement envoûtants.
Cerise sur la gâteau, ces compositions en mille-feuilles passent l'épreuve du live avec brio, le Mac ayant su s'entourer de compères à peu près dans le même délire que lui : foutraques, mais pros.
Quand dissonance rime avec évidence ... mais se rend-il seulement compte de son génie ?!