How To Live On Nothing

How To Live On Nothing

Troy Von Balthazar

16 / 20 2010 Third Side Album / CD  Vinyle

Chronique de Dylanesque (Xsilence) 16 / 20

Posté le 06/09/2010
Quand on a rien, on a rien à perdre. C'est pas moi qui le dit, c'est Bobby. Cinq ans après la séparation de Chokebore, Troy Von Balthazar n'a plus rien. Son petit monde indé mis à mal par le bulldozer streaming/téléchargement illégal, il remet en question sa vocation, se demande si ça vaut toujours le coup. Dort dans sa voiture ou se ballade en Europe "with no direction home". Et puis un jour, en errant dans les rues de Berlin, il réalise qu'il ne sait faire que ça, de la musique. Avec l'aide de ses fans sur Kickstarter, Troy redevient alors plus prolifique que jamais, l'année 2010 marquant la reformation de Chokebore et la sortie de ce deuxième album solo.

Le nomade poursuit les explorations pop de son premier essai solo avec la même sensibilité, les mêmes bricolages ingénieux, le même sens de la mélodie. Le masque de lapin sur la pochette, la voix presque enfantine, les instruments qui se transforment en jouets, c'est presque comme si on débarquait en plein milieu d'un goûter d'anniversaire pour trentenaires dépressifs. Les trouvailles sonores sont légions sans jamais que l'expérimentation soit démonstrative car tout coule de source. Notre petit Brian Wilson enchaîne les morceaux qui charment dès la première écoute et surprennent dès qu'on les revisite (pas le temps de s'ennuyer, rien ici ne s'éternise trop longtemps). "Very Very Famous" est une complainte lumineuse, "To A Girl With One Wing Gone" une romance sautillante, "Happiness And Joy", pacte de suicide joyeux. La copine Adeline Fargier vient poser sa douce voix sur la douce "Dots & Hearts" et l'album se termine sur une chorale, l'apaisée "Infinity Face". Troy n'est plus tout seul et on est ravi pour lui, ravi de pouvoir remettre la première piste dès qu'on a besoin de compagnie.

Loin des orages de Chokebore (sauf sur l'électrique "Santiago", presque hors-sujet), Troy nous offre un arc-en-ciel. Tout le malheur qu'il a pu ressentir aura servi à faire le bonheur de l'auditeur qui ressortira de l'écoute avec un grand sourire. Pour ceux qui aiment Eels, Stephen Malkmus et les ritournelles faussement bancales. Pour ceux qui n'ont rien à perdre.

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 20/07/2011

Se lancer dans une carrière solo en parallèle de son groupe est souvent une gageure. C'est forcément souffrir la comparaison avec les productions du groupe auquel on est associé, et les albums en question sont souvent synonymes de soupe réchauffée ou de substitut tiédasse (on pense aux albums solo de Phil Selway, Julian Casablancas ou Billy Corgan). Certes pour Troy Von Balthazar en hiatus de Chokebore depuis maintenant plus de huit ans, on ne saurait invoquer ici des raisons mercantiles.

Chokebore a toujours été un groupe reconnu par ses pairs (signature sur Alternative Tentacles de Jello Biafra, premières parties de Nirvana...) et acclamé par la critique, promis à un très bel avenir mais qui pour de multiples raisons que l'on ne s’explique pas encore n'a jamais réussi à dépasser le succès d'estime malgré une base de fans toujours très active à ce jour - et qui piaffe d’impatience depuis les premiers concerts redonnés par le groupe depuis l'an dernier et la promesse d'un nouvel album qui ne saurait tarder à se concrétiser. De plus, quand on sait la vie d'ascète et de moine itinérant que mène TVB, on ne peut soupçonner le bonhomme de capitaliser sur son statut de perdant magnifique en délivrant sous son patronyme des albums qui pourraient sonner comme du sous-Chokebore.

C'est donc le deuxième album à ce jour, après un premier effort éponyme qui nous avait déjà laissé un très bon souvenir. Dans How To Live On Nothing, on est encore une fois dans l'épure au sens sonore du terme : morceaux courts en mid-tempo et son clair ou acoustique le plus souvent, pas de détails superflus. Une pop-folk minimaliste mais où l'on sent un grand attachement porté au son et aux arrangements parcimonieux mais toujours à propos (une ligne de Casio par ci, une voix déformée ou quelques chœurs par là). On sent toutefois que la production est ici plus ample et moins rêche que sur le premier effort, ce qui adoucit les morceaux tout en préservant une certaine fraîcheur. On distingue encore une fois de plus les quatre qualités en or que possède TVB : un sens imparable de la mélodie, une voix unique et sans équivalent toujours servie par une interprétation impeccable et des textes qui prennent aux tripes.

Adeline Fargier Jasso intervient comme sur le premier album pour quelques parties de guitare et surtout pose sa voix douce et presque naïve qui se marrie tout en contraste avec celle de Troy Von Balthazar, sur le très bon "Communicate" ou la construction en dialogue de "Dots And Hearts". Mêmes si les paroles sont souvent elliptiques et pleines de métaphores, les mots font mouche et on arrive assez bien à lire entre les lignes les thèmes de la difficulté à communiquer, du repli sur soi et d'une manière générale de la relation à l'autre, aux autres. Rien de très gai à priori, et pourtant, à l'écoute de How To Live On Nothing - phrase-titre qui pourrait être le crédo de TVB - on ressent un certain optimisme se dégager de toute cette noirceur apparente. On pourrait presque parler d'album solaire, impression renforcée par l'étonnant denier morceau, "Infinity Face", dans lequel une petite chorale vient conclure l'album sur une note lumineuse, qui laisse l'auditeur en suspens.


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