Teens Of Style

Teens Of Style

Car Seat Headrest

19 / 20 2015 Matador Compilation / CD  Vinyle

Chronique de Myfriendgoo (Xsilence) 19 / 20

Posté le 30/10/2015
Avertissement : cette chronique est susceptible d'être exagérément élogieuse, étant donné que je n'avais jamais entendu parler de ce groupe il y a deux semaines - hé oui, je débarque, même Gonzaï était au courant de son existence - et que je n'avais pas ressenti un enthousiasme aussi spontané et obsessionnel pour un "nouveau" groupe de rock depuis la sortie du premier album de Rage Against The Machine (je sais, mais à l'époque je ne connaissais pas encore Fugazi et les Beastie Boys). Ah oui, j'ai mis "nouveau" entre guillemets car factuellement, Car Seat Headrest a déjà six ans d'existence.

Car Seat Headrest, c'est l'histoire d'un gamin américain de dix-sept ans obligé de se planquer à l'arrière de la bagnole familiale pour enregistrer au calme les voix de ses démos, et qui tire de cette expérience le nom de son projet musical (appuie-tête de voiture pour les non-anglophones).
Le gamin en question s'est fait remarquer en publiant 11 (onze !) albums sur Bandcamp de 2010 à 2014, en enregistrant presque tous les instruments lui-même et surtout en suscitant 25 000 téléchargements quasiment sans faire de concerts. Ce qui lui a valu, après un déménagement à Seattle pour y trouver un line-up plus stable que les étudiants de passage de l'Université de Williamsburg, Virginie, un beau petit contrat avec rien moins que Matador records, le label d'une partie de ses groupes préférés. Cette première sortie officielle est une compilation des 11 morceaux les plus présentables de ses albums les plus présentables (pour l'essentiel, My Back is Killing Me de 2011 et Monomania de 2012), réinterprétés avec ses nouveaux acolytes : un bassiste et un batteur (pas de fioritures). Un disque déjà encensé par Pitchfork et Stereogum, et une grosse claque pour moi quand j'ai posé les oreilles dessus un peu par hasard, après avoir vu le nom et la description dans la programmation du festival TINALS et après m'être dit qu'on mettait souvent tout et n'importe quoi sous l'étiquette indie-rock.

Indie-rock donc ? En fait, de la pop lunaire, bricolée et souvent bruyante, issue de la sédimentation d'un demi-siècle de ce style de musique, des grands précurseurs (Brian Wilson, Neil Young, Syd Barrett, Alex Chilton) aux derniers nés (Deerhunter, The Beta Band, Grizzly Bear) en passant par quelques allumés notoires et talentueux (Sebadoh, Guided by Voices, Neutral Milk Hotel, Modest Mouse, Grandaddy).
Un chouia moins audacieux (pas de morceau de plus de sept minutes) et plus soigné que ses prédécesseurs, ce disque construit un nouveau pont entre les geeks DIY qui hantent l'Amérique (et parfois la Grande-Bretagne) et l'indie-pop-rock calibrée Pitchfork. En espérant que son auteur ne bascule pas trop vite dans le second camp.

Chronique de Quentin (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 18/02/2016

Vous expliquer comment et pourquoi Car Seat Headrest est sorti de l’anonymat est impossible. Internet est une jungle qui n’obéit qu’à ses propres codes. Et le mystère qui englobe ces codes est aussi opaque que la vérité sur la sexualité d’Amanda Lear. Rescapé du magma informe de data, Will Toledo a pourtant réussi à tirer son épingle du jeu. 

Tirant parti de la liberté que lui offrait la technologie, le New-Yorkais de 22 ans a publié sur Bandcamp une bonne dizaine d'albums depuis 2011. Se constituant une fanbase honnête mais discrète, ce Ty Segall du web est un bon porte-étendard du DIY 2.0 - un peu à l’image d’Alex G dont on vous parlait dernièrement. Evidemment, on ne réalise pas autant de titres en baillant aux corneilles. Will Toledo compose et enregistre donc sans arrêt dans sa chambre, lorsqu'il ne le fait pas dans sa voiture - ce qui explique le nom du groupe. Et puis un jour, Matador repère l'oiseau et se dit que tout le monde mériterait d'en profiter. Voici enfin ce qui nous amène à parler de Teens Of Style.

Le disque est une première sortie physique mais qui, en réalité, n'a rien de vraiment nouveau puisqu'il s'agit d'une compilation de morceaux que le Yankee avait déjà sorti. Repassé en studio pour les besoins de la production, l'album voyage agréablement entre lo-fi et rock pour un résultat superbe et résolument 90's. On en vient à un sentiment presque paradoxal de nostalgie pour une production pourtant récente. Ce qui n'est finalement pas très étonnant quand on sait que Car Seat Headrest est hébergé par la même écurie que Pavement, Yo La Tengo ou Kurt Vile. Le coup de génie, c'est que malgré le second passage en studio, Teens of Style conserve cette saveur DIY qui nous a fait aimer l'artiste sur Bandcamp. 

L'album est en fait imprégné d'une sorte de désespoir d'adolescent désabusé, ce désespoir tragique des choses qui paraissent sans importance. Will Toledo regarde son nombril, extrapole sa désolation et le pire c'est que ça nous plaît. Depuis la lente mais puissante progression de "Sunburned Shirts", aux riffs énergiques de "The Drum", "Something Soon" ou "Los Barrachos" en passant par la douceur de "No Passion" et "Maud Gone", on est séduit par l'univers passionnant et détaché de Car Seat Headrest. 

L'adolescence est définitivement une période ingrate où les expériences et les erreurs sont monnaie courante. C'est d'ailleurs ce qui en fait tout le charme. Teens Of Style fonctionne exactement de la même façon: un album qui frustre autant qu'il inspire. Avec ce qui était à la base le témoignage d'une simple page Bandcamp, Will Toledo feint sur cet album l'adolescent qui doit encore grandir et jette en même temps un regard sur des années qu'il regrette déjà.


Retour à l'accueil