Distance Inbetween

Distance Inbetween

The Coral

17 / 20 2016 Ignition Album / CD  Vinyle

Chronique de X_Plock (Xsilence) 17 / 20

Posté le 04/03/2016
Il m'a fallu plusieurs écoutes pour vraiment apprécier ce nouvel album à sa juste valeur. Comme souvent sur leurs derniers disques, malgré des mélodies pop évidentes et un grand chanteur, les morceaux de The Coral sont tellement travaillés et riches en nappes de guitares et orgues qu'on a tendance à se perdre dans ce labyrinthe sonore psyché qui les caractérisent pourtant. Au bout de 3 ou 4 écoutes, par contre, difficile de ne pas s'incliner devant un tel génie et une telle intégrité musicale. 6 ans se sont écoulés entre leurs deux derniers enregistrements (l'avant dernier album The Curse of Love sorti en 2014 ayant été enregistré bien des années auparavant). Le guitariste Lee Southall est momentanément parti pour d'autres projets, remplacé par le plus rock Paul Molloy des Zutons, et chacun des membres s'est investi dans une liste pléthorique de projets solos et featuring, qui auront à coup sûr influencé dans le bon sens ce nouvel album. Première surprise de ce bien nommé Distance Inbetween de nouvelles influences assez étonnantes. Premier morceau de l'album, le radical "Connector" aurait très bien pu être interprété et composé par Josh Homme avec ses guitares barrées, sa basse lourde et une batterie bien plus présentes qu'à l'accoutumé ; voilà qui promet des intros de concerts énergiques ! L'enchainement avec "White Bird" est très réussi car la rythmique reste sensiblement identique mais le titre bascule vers les voix et claviers psyché caractéristiques de The Coral. A noter ici un solo d'orgue qui ressemble à l'air de "Love Will Tears Us Apart" des Joy Division ! Ces mecs ont le sens de l'histoire assurément. "Chasing The Tail Of A Dream" reste dans la même veine avec une section rythmique plus lourde qu'à l'habitude et des solos de guitares et claviers planants et dansants. La suite rentre par contre un peu plus dans le rang "coralien", ce qui ne déplaira pas aux fans car on ne les a pas souvent senti aussi maitres de leur sujet et audacieux. A croire qu'ils ont enfin envie d'assurer leur statut de meilleur groupe anglais de ses 20 dernières années ! Les titres "Distance Inbetween", "Beyond The Sun" et "It's You" sont de belles ballades auxquelles le groupe nous a habitué. "Miss Fortune" chanson plus aérienne aurait très bien pu figurer sur le dernier enregistrement Butterfly House tant ils excellent à nouveau dans l'utilisation de l'espace pour placer des voix et instrus grandioses. "Million Eyes" est le passage le plus radiophonique dans la veine directe de Beady Eye ou Noel Gallagher's High Flying Birds comme le plus 60's "Fear Machine". Au-delà du talent, de la qualité et du travail effectué, ce neuvième album est marquant car on sent enfin un groupe qui s'assume et ne se cache plus derrière la technique et des manies de musicologues universitaires. Reste maintenant à voir si en dehors de la presse et des fans de musique, les anglais vont désormais conquérir le grand public ? En tout cas les voyants paraissent tous allumés, vous pouvez me croire je me plante toujours.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 12/04/2016

C’est reparti pour une chronique de The Coral qui ne sert à rien si ce n’est à prêcher les convaincus. Le sentiment qui m’habite aujourd'hui est très semblable à celui que j’ai connu en parlant de The Life of Pablo un mois après sa sortie. En gros, si vous êtes arrivés ici, c’est que vous faites partie de ces fans indécrottables du groupe, que vous êtes de ceux qui cassent les couilles de leur entourage dès qu'il sort de sa grotte, de ceux qui vantent les innombrables talents d’une formation qui n’aura jamais eu la reconnaissance qu’elle mérite, coincée entre deux statuts qui la résument mal – le ‘one hit wonder’ indie (y’a qu’à voir comment Glastonbury réagit à « Dreaming of You ») et le chouchou de la critique.

Dans cette optique, le retour aux affaires de The Coral après quelques années de silence (si l’on exclut l’album ‘perdu’ The Curse of Love, ça fait 6 ans que l’on attend le successeur de Butterfly House) reste une histoire de passionnés. Et de veinards, n’ayons pas peur de le dire. Car les critiques globalement positives dont bénéficie le groupe ne sont pas le fait d’un copinage scandaleux, pas plus qu’elles ne découlent d’un certain opportunisme qui verrait les Anglais surfer sur la vague des tendances dominantes. Non, la formule privilégiée par The Coral (en gros, une pop psyché tirée au cordeau), elle n’a jamais vraiment évolué. Au mieux, elle s’est stabilisée après Magic Medecine pour ensuite être perfectionnée au fil du temps.

Évidemment, après le départ du gourou Bill Ryder-Jones et le ‘indefinite hiatus’, on se faisait un peu dans la pantalon. Car il n’y a rien de pire que de voir des types qu’on a tant aimés se prendre lamentablement les pieds dans la carpette ou se taper la honte alors qu’ils ont contribué à la survie du rock anglais à une époque où il n’en menait pas large – The Coral est apparu sur les radars au même moment que la déferlante Strokes / White Stripes et la prise de pouvoirs de hipsters en slim / Converse.

Qu’on se rassure, ce n’est pas avec Distance Inbetween que cela va arriver. The Coral a peut-être ressorti les vieilles casseroles, mais comme ils n’en traînent aucune et qu’ils sont incroyablement futés à l’heure d’appréhender leur art, on se retrouve avec un disque qui ne sent pas le renfermé ou le réchauffé. C’est même tout le contraire : après un Butterfly House plus champêtre et intimiste, The Coral travaille à nouveau avec une large palette de couleurs et d’ambiances, tente des trucs et les réussit. Leur zone de confort, ils en connaissent les contours et savent pertinemment bien que cela ne sert à rien de trop s'en éloigner, que leur fan base ne leur en tiendra nullement rigueur. Logique, après 6 ans de silence, elle est déjà trop heureuse de pouvoir tenir ce Distance Inbetween entre les mains.


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