Emotional Mugger

Emotional Mugger

Ty Segall

17 / 20 2016 Drag City Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Beckuto (Xsilence) 17 / 20

Posté le 22/01/2016
Après une petite année de cavale, le jeune Garrett a été retrouvé tôt ce matin dans un petit appartement de Los Angeles ; il semblerait que les forces de l'ordre aient été très incompétentes sur ce coup-là car le jeune patient de l'hôpital psychiatrique n'aurait, en effet, jamais quitté la ville. L'incompréhension est totale.

Admis en psychiatrie suite à une forte dépression nerveuse due à la fois au décès de son beau-père et à l'incompréhensible rejet de sa propre mère, le jeune Garrett avait déjà tenté une fois de s'échapper de là en 2014, mais sans succès. Il avait donc essayé de "manipuler" le personnel en les brossant dans le sens du poil, en leur donnant ce qu'ils voulaient afin d'arriver à ses fins, mais une fois de plus, la tentative avait été vaine ; certains étaient tombé dans son piège – c'était tellement beau – tandis que d'autres avaient su échapper à ses charmes. "Mr Face", comme il aime qu'on l'appelle, n'a jamais perdu espoir de s'échapper ; c'est au début de l'année 2015 que tout s'est joué, profitant d'une belle journée de promenade au soleil dans le jardin de l'hôpital, le jeune Garrett a trouvé le moyen d'échapper à la sécurité et s'est enfui aussi vite que possible, sans aucune agressivité alors qu'il avait été diagnostiqué par les médecins comme étant un "Agresseur Émotionnel". La liberté était donc désormais face à lui.

Selon les témoignages des voisins, il aurait passé l'année à enregistrer tout un tas de musique – personne ne savait qui il était, pour eux il n'était qu'un simple jeune venu à L.A. pour tenter sa chance -, plusieurs bandes de mecs seraient venu et auraient fait un total boucan durant des semaines et des semaines. "On n'arrivait plus à dormir, il chantait, il beuglait, il n'arrêtait pas de dire qu'il voulait sa maman, le son était assourdissant, distordu, les murs vibraient, on aurait dit les cavaliers de l'apocalypse venu sur Terre pour tous nous punir par le son du diable" nous a raconté Mr X ; "Je l'ai rencontré plusieurs fois au pied de son appart', je lui ai demandé qui était le "Candy Man" dont il criait souvent le nom, il disait que c'était son meilleur ami, son héros, qu'il composait une ode à son nom ; si vous voulez mon avis, ce gars est complètement barré et je suis bien contente qu'il retourne là où il doit être... Même si sa musique ne me déplaisait pas trop !" nous a confié Mme Y ; "'Mr Face' ? Ouais j'ai trainé un peu avec ce blondinet, c'est un chic type ! Il m'a invité chez lui pour écouter sa musique, ça déménageait bien, pas toujours très audible, parfois complètement barré, y'a des mélodies même si elles ne sont pas toujours évidentes, mais justement c'est ce que j'aime dans la musique, quand y'a plusieurs couches comme pour un bon gâteau, y'a des saveurs qui se découvrent petit à petit. Si vous voulez mon avis, ce mec a du talent, là pour le coup il a peut-être été un peu trop loin ; c'est pour ça que les autres voisins ont gueulé, ce n'est pas pour tout le monde ce qu'il fait, pas pour la grande masse ; il s'éclate, il m'éclate, mes oreilles apprécient et c'est l'essentiel. Après faut nuancer son travail, par exemple il m'a fait écouter une chanson en 2 parties, je lui ai sincèrement donné mon avis, la 2è partie il aurait dû s'en débarrasser, pareil pour deux autres chansons avec le même titre, la deuxième aussi il n'aurait pas dû la faire... Mais bon, il m'a pas écouté et je ne suis pas LE gars qui a toujours raison... Puis j'ai quand même eu l'impression qu'il ne fallait pas trop le faire chier." s'est confié Mr Z.

Nous n'avons pas encore eu la chance de mettre la main sur la musique du jeune Garrett, mais un des policiers qui a participé à son arrestation nous a expliqué "Lorsque nous sommes entrés dans l'appartement de Mr S. il était en train de mixer des chansons, celle que l'on a entendu dès notre intervention, il l'appelait "W.U.O.T.W.S"... dès que je l'ai entendu, je savais que ce jeune avait des problèmes mentaux, ça n'avait aucun sens tous ces collages sonores, tous ces sons mis à l'envers, là je savais qu'il était temps pour lui qu'on le ramène à l'hôpital. Puis une autre s'est lancée, "The Magazine" et là je n'étais plus sûr de rien, j'étais comme figé, non de peur, mais de... je ne sais pas trop, c'était excellent, bien sombre, assez menaçant, mais sa voix me berçait. 'C'est comme ça qu'il opère, ne te fais pas avoir, il va te manipuler' me disaient mes collègues, mais j'avais l'impression qu'il était sincère, sa musique était sincère et si tout ce qu'il avait enregistré durant son année de cavale était du même acabit, je pense qu'on aurait là un Grand Artiste et non un jeune fou". Il semblerait que dans les jours qui suivent nous aurons peut-être la chance d'entendre ce que le jeune Garrett a enregistré dans son petit appartement.

Jeune fou ou jeune incompris, qu'il soit en liberté, interné ou en fuite, le jeune Garrett n'a jamais cessé de produire de la musique "pour son bien" comme il nous l'a murmuré lorsque nous l'avons croisé devant l'hôpital cette après-midi. Son transfert vers un centre plus sécurisé s'est déroulé sans accrocs, le jeune Garrett a seulement crié haut et fort face aux caméras présentes "Aucun Homme n'est bon 3 fois de suite !", doit-on le croire ? À méditer.

C'était B. envoyé spécial pour XS, à vous de vous faire votre propre idée !

Chronique de Pierre (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 18/02/2016

Plus vite qu'on le croit, on sera devenus des vieux cons fusionnant avec leur fauteuil devant le Tour de France. Mais du haut de notre sénilité, il nous restera au moins le plaisir de lancer n’importe quel album de Ty Segall sur notre bonne vieille platine en grommelant d’un air supérieur que « ça, gamin, c’était de la musique. »

Oui, Ty Segall est bel et bien l’un des artistes de la décennie. Mais pour le coup, écrire un papier à son sujet relève presque du calvaire. Premièrement, tout a déjà été dit, toutes les comparaisons ont déjà été faites et chaque adjectif plus ou moins farfelu lui a été associé. Et puis malgré son effarante capacité à mixer les tons et les couleurs dans ses différents projets, le prodigieux touche-à-tout injecte partout sa science toute subjective du riff éventreur et de la mélodie survoltée. Ainsi Ty Segall rajoute sans cesse son fameux ingrédient secret dans chacune de ses compositions et tel Tistou et ses célèbres pouces verts, transforme tout ce qu’il effleure en brasier infernal sans oublier bien sûr de signer en bas à droite. 

Alors en fin de compte, à quoi bon s’acharner à parler de ses disques maintenant que sa réputation le précède et que notre avis l’indiffère pas mal ? Et bien parce qu’à travers les pores de tous ses albums transpire la même constante : la qualité. Ce sens inéluctable du refrain qui fait mouche, de la saturation qui te choppe par les couilles pour en extraire le plus divin nectar.

Cependant, Emotional Mugger n’en est pas moins déroutant et ne se savoure totalement qu’après plusieurs écoutes : moins immédiats, les onze titres qui le composent sont pourtant loin d’être décevants. Mais si cet album est relativement difficile d’accès, il concentre et résume joliment l’art du Californien qui, une fois encore, voyage en terres inconnues. Ty Segall s’essaie cette fois à la musique expérimentale, et en tire une sorte de rage analogique où les machines rouillées hurlent face aux coups de médiator assassins et au despotisme de leur agresseur. De ce conflit permanent nait finalement une complicité, qui donne un album à l’image de sa pochette : inquiétant et hypnotisant. En quelques mots, Emotional Mugger surgit comme une version cradingue et électrifiée du Cold Hot Plumbs de son acolyte John Dwyer sous le nom de Damaged Bug

En toute honnêteté, on ne sait plus trop quoi vous dire, et vous vous foutez sans doute royalement de notre avis. Ty Segall ne s’explique pas, en tout cas pas de cette manière. Sans surprise aucune donc, Emotional Mugger est malgré ses airs hautains et inaccessibles de la même trempe que toute la discographie du géant à la gueule d’ange. Et d’avance à tous les soi-disant « puristes » qui s’opposeront à ce constat, allez bien vous faire voir. 


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