Leave Me Alone

Leave Me Alone

Hinds

10 / 20 2016 Lucky Number Album / CD  Vinyle

Chronique de Pierre (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 11/01/2016

Hinds, c’est un peu le groupe qu’on aimerait tous détester. Ce côté hipster à la con déjà, comme si pour aimer la musique des quatre Espagnoles il fallait automatiquement retrousser son pantalon jusqu’aux genoux et se trimballer en fixie. Et puis c’est parfois à se demander si elles savent réellement jouer de leurs instruments ou ont déjà pris ne serait-ce qu’un cours de solfège. Mais voilà, ces filles-là ont le truc et le nier serait une absolue connerie. Si on comptabilisait les points, Hinds serait sans doute juste en dessous du pape de la coolitude Mac DeMarco.

Pourtant, Hinds divisent et en laissent certains sceptiques, voire carrément insensibles au charme des quatre gonzesses - pas de considération purement physique, promis. Car ce côté je-m’en-foutiste non feint, c'est l’essence même de la musique du groupe. Pour cela, Leave Me Alone est presque un album punk, aux antipodes d’un rock boursouflé issu de la masturbation collective d’une bande de musiciens. Ici tout est simple : les guitares semblent hésitantes, la section rythmique est d’une banalité terrifiante et l’accent anglais des deux chanteuses est si lamentable qu’on a parfois du mal à identifier la langue chantée - on ne comprend toujours rien au refrain de "Chili Town". Mais contrairement à beaucoup d’artistes, Hinds met tout ça au service des mélodies et celles-ci s’immiscent instantanément dans notre matière grise pour y loger un bon bout de temps. Ce côté nonchalant, cette musique énergique qui pourtant traîne des pieds et les voix qui se cherchent sans cesse font tout l’attrait de Hinds. Alors même si la formule est fragile et paraît relativement casse-gueule, on ne boudera pas notre plaisir à l’écoute des douze titres d’un Leave Me Alone ruisselant de confiance.

En somme, la mayonnaise prend sans qu’on sache trop comment. Mais voilà, c’est ça Hinds : quatre nanas au crâne bourré de rêves, bien dans leur sneakers et qui parfois décident de s’en payer une tranche en jouant un rock décomplexé parce qu’ignorant la rigueur. Cet album donc, si on en connaissait déjà la saveur (la plupart des titres étaient déjà parvenus à nos oreilles), c’est finalement ni plus ni moins qu’un grand bol d’air frais, un plaisir pas si coupable que ça. Et puis merde, les chanteuses sont franchement canons. 


Chronique de X_Wazoo (Xsilence) 10 / 20

Posté le 18/01/2016
C'est l'histoire de quatre nanas espagnoles. Quatre filles dans le vent qui aimaient bien faire la bringue avec leurs potes toute la nuit en écoutant leurs idoles du rock indé (tous les Black Lips, Ty Segall, Strokes, Vaccines, Pastels, Mac DeMarco etc). Un jour le petit combo hispanique se mit une idée en tête : faire leur propre rock pour composer elles-mêmes la bande son de ces soirées folles. Ni une ni deux, Carlotta, Ana Garcia, Ade et Amber s'achètent un set wock'n'woll, guitares basse batterie, louent un garage et commencent à faire du bruit. Aucune d'entre elle ne sait vraiment jouer mais peu importe, elles savent bien qu'une partie de leurs modèles n'avaient pas la moindre idée de comment tenir un instrument. Elles chantent pas juste non plus, mais après tout ce bon vieux Stephen Malkmus, king of cool, savait-il chanter lui ? Le truc, se disent-elles, c'est d'avoir l'air d'en avoir rien à foutre, de ne pas se prendre au sérieux et de faire cracher l'ampli sur le magnéto tout pourrave (car leçon n°1 : le bon petit indé adore la lo-fi).

Problème : comment se débrouille-t-on pour faire une musique volontairement inconséquente qui ne finisse pas par être involontairement oubliable ? Voilà une question que Hinds rechigne de toute évidence à se poser.

Soyons bien d'accord sur un point : tout ce qui est écrit ci-dessus est inventé de toute pièce. Je ne sais fichtre rien de l'histoire du groupe, il ne s'agit que de l'image d'elles que je me fais d'après leur musique. Très concrètement, Hinds joue un garage-rock très orienté surf-music, aux forts accents twee-pop. Et le tout passé à la moulinette lo-fi, donc. Très bien, pourquoi pas ; le soucis c'est que Leave Me Alone présente tous les signes d'une maladie très répandue dans le milieu du spectacle : la sensation éphémère. On a ici une recette éprouvée depuis maintenant quelques décennies, le rock criard nonchalant joué à la cool sans véritable technique, de quoi faire danser dans les soirées de monsieur Durand. Mais rien de plus... Là où le bât blesse, c'est que Hinds ne montre pas vraiment un quelconque talent de songwriting. De vous à moi, les douze chansons de Leave Me Alone c'est un peu toujours la même chose. Deux accords, trois si on est chanceux et puis c'est marre. Sans véritable matière à proposer derrière leurs gimmicks, Hinds ne subsiste que grâce à ces derniers ; c'est grâce à la bonne humeur et aux hooks (riffs, cris en choeurs, lo-fi croustillante) qu'on sort plutôt jouasse du premier contact. Mais dès la seconde écoute on se lasse.

Et un constat tragique : je sais pertinemment que je ne reviendrai plus vers Leave Me Alone une fois rédigés les derniers mots de cette chronique. J'aurais aimé finir sur une note plus positive en spéculant sur une musique qui rendrait mieux en live grâce au côté fun, énergique et tout, mais comme je suis tombé tout à l'heure sur une session KEXP sur laquelle le groupe débarrassé de ses atours lo-fi devenait carrément mollasson, je n'en ferai rien et préfère me contenter de leur conseiller à toutes les quatre de revenir avec leur garage twee quand ce sera la saison. Parce qu'on est en janvier et qu'on se les pèle bordel.

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