Chronique de Beckuto (Xsilence)
Le "tout acoustique", voilà ce que prônent les Australiens pour cette nouvelle et habituelle seconde livraison de l'année. Guitares, contrebasse, batteries, harmonica, sitar (ô divination), flûte traversière, clarinette, piano et différentes percussions sont de sortie.
"Sense" démarre le disque tout doucement, sans trop brusquer, imaginez-vous gamin enroulé dans une chaude couverture avec Papa et Maman à vos côtés sur le canapé en attendant que Morphée vienne petit à petit vous accueillir dans ses bras. C'est dimanche soir et vous ne voulez pas que le week-end s'achève, demain il y école, pitié encore un peu d'amusement ! Puis vous vous rappelez que le dimanche soir il y a "Ça Cartoon" à la TV (oui, cette chronique est écrite depuis un temps révolu) et là vous redevenez ce gamin tout excité et plein de joie. Et puis zut, le lendemain matin et les suivants vous retrouverez quand même vos dessins animés préférés avant d'aller à l'école, alors ce n'est pas trop grave. En plus, tous les jours vers 10h il y a le moment le plus important: la récréation ! "Bone" résonne comme la cloche qui l'annonce. "Ô joie -booone-, ô excitation -booone-, j'arrive et ne vous avisez pas de repartir de sitôt, -booone- je veux ma demi-heure de récréation ! Qu'elle soit douce ("Dirt" / "Most Of What I Like") ou loufoque ("Paper Mâché Dream Balloon") je veux prendre mon pied, m'évader un instant, rêver, jouer avec mes potes et danser comme l'enfant foufou que je suis !".
Mais il y a une chose que vous oubliez trop vite, il y aura toujours une brute dans la cour et si elle ne vous agresse pas physiquement, elle le fera psychologiquement de toute façon – "Trapdoor" résonne – vous êtes pris au piège, aucun moyen d'y échapper; vous détestez ce moment, mais lui, vous le voyez dans ses yeux, il ADORE ça ! Et il répètera ses actes dangereux encore et encore car c'est délicieux la malice pour lui. Heureusement l'école ne dure pas toute la journée; en sortant vous ne pensez qu'à une chose, prendre votre goûter – celui que l'autre ne peut vous racketter – en restant scotché sur vos dessins animés préférés. Là ce sont ceux avec les super-héros bien classes, les plus forts, les moins enfantins, ceux que Papa et Maman (surtout Maman) ne veulent pas que vous regardez car ils ne font que se taper dessus – "The Bitter Boogie" se fait entendre ; le boogie qui arrive sans prévenir qu'ils disent –. Putain que c'est bandant ! Je veux du blues, du blues et encore plus de bluuuuues !! Euh désolé je me reprends... Je disais donc que vous adorez la baston, mais il faut surtout qu'il y ait de l'aventure. Ceux-là ils se reconnaissent tout de suite avec leurs génériques qui vous donnent irrémédiablement l'envie de bouger dans tous les sens (vite l'épisode de "N.G.R.I (Bloodstain)" va commencer), pas le genre à vous faire tenir à carreau et vous donnez envie de vous mettre à vos devoirs, pour sûr !
Et enfin, revient le soir et le sommeil comme tout le temps – foutu ennemi de l'enfance –, Papa et Maman viennent vous dorloter; vous vous endormez tranquillement en faisant un récapitulatif dans votre tête de tout ce que vous avez réalisé dans la journée ("Paper Mâché"). Et le rêve qui part dans tous les sens peut commencer. FIN.
Paper Mâché Dream Balloon va obligatoirement vous faire revenir en enfance, ses mélodies pourront même s'inscrire dans vos esprits comme les génériques de dessins animés l'ont fait – l'instrumental récapitulatif "Paper Mâché" le prouve, à la fin de la première écoute on s'étonne de déjà reconnaître les différents bouts de mélodies jouées -. C'est folk, c'est pop, le côté jazzy, bluesy et d'autres trucs en "y" sont toujours là, c'est enjoué, ça donne le sourire, ça donne envie de bouger (vivement un album 100% Rhythm 'n' Blues), ça égaye une journée, on ressent l'amusement et le bonheur qu'ils ont dû avoir en l'enregistrant. Ce disque fait tout simplement rêver !
Chronique de Pierre (Goûte Mes Disques)
Rien ne va plus au sein du vivier psychédélique. Jusque là pourtant, tout se passait bien: tout le monde batifolait dans son coin et la mare lysergique était paisible. Ca grouillait de partout mais le plus gros, c’était Tame Impala. Et c’est vrai que les Australiens avaient frappé un grand et magnifique coup, définissant quasiment à eux seuls le psychédélisme des années 2010. Pourtant, pendant ce temps-là grandissait dans les profondeurs du plan d’eau celui qui allait à nouveau tout chambouler. Mais personne ne s’en souciait encore.
King Gizzard & The Lizard Wizard a déjà sorti 4 albums lorsque paraît I’m In Your Mind Fuzz en 2014, coup de maître où les compatriotes de Kevin Parker proposent pour la première fois la véritable alternative au psychédélisme de Tame Impala. Atmosphères sombres, presque oppressantes, dépeintes par une musique violemment acide aux singulières touches krautrock : voilà la réponse du Roi Gésier au formidable Lonerism de ses grands frères. Directement, le disque est encensé par la critique. La mare devient alors trop petite, les deux géants trop opposés. Parce que KG&LW et Tame Impala sont clairement l’alpha et l’oméga de la musique psychédélique actuelle, le yin et le yang. Et puis, par l’odeur des dollars alléché, Tame Impala vise de plus grandes étendues. Ras le bol de cette flaque d’eau, le groupe rêve plus grand avec Currents. A grands coups de synthés raccoleurs, de bricoles d’ingé-son entendues des centaines de fois auparavant et de mélodies fédératrices, le groupe saute hors de l’eau et rejoint ainsi le cercle très (mé)prisé des groupes ultra-bankables.
Et une fois de plus, lorsque Tame Impala sort l’artillerie lourde, les gros billets et le marketing herculéen, que fait King Gizzard ? Tout le contraire. Simple hasard ou bien véritable pied de nez, les sept compères nous offrent un album totalement acoustique et étrangement intimiste où la bande de joyeux tarés délaisse les pédales fuzz pour le piano et la flûte. Après nous avoir bien giflé la tronche avec I’m In Your Mind Fuzz, ce Paper Maché Dream Balloon est donc en quelque sorte le bisou qui guérit, un antidépresseur plus que bienvenu - ou un échec commercial annoncé. Ambiance chocolat chaud, fête du village et feu de bois, l’album en déroutera plus d’un tant il est différent de ce qu’a proposé le collectif australien jusque là. Le Roi Gésier nous plonge désormais dans une musique ludique, enthousiasmante et dépeint avec une sacrée dose d’humour sa version des paradis artificiels. Un foutu spécimen tant cet album pourrait être la B.O. des Sims au pays du LSD.
Car plutôt que de se cramer le cortex et voir leurs neurones en fumée s’en aller, les gars de Melbourne se remettent sans cesse en question, fourmillent d’idées et découvrent donc continuellement de nouvelles contrées acides. En bons conquérants, ils n’oublient certes pas de marquer leur territoire et laissent leur patte, reconnaissable entre mille, un peu partout. Et on ne peut que respecter un groupe réussissant à placer un nom aussi con en haut de l’affiche. Tout en haut.