Chronique de Rebecca Carlson (Xsilence)
La surprise était donc très agréable quand Peaches a twitté son retour en studio : après moult digressions et quelques chansons semées ci et là, nous laissant toujours sur notre faim, un nouvel album studio était en préparation. Durant les sessions qui ont conduit à la parution de Rub, l'électro-punkette a collaboré avec des artistes dont la seule évocation sonne comme une promesse d'excellence : Kim Gordon, Feist, Vice Cooler, Planningtorock, mais aussi Nick Zinner (des Yeah Yeah Yeahs) et Sean Yseult (de White Zombie). La présence de musiciens résolument rock, voire hard rock, laissait imaginer un retour plus rugueux et quelques guitar tracks explosifs – I Feel Cream avait totalement délaissé le côté Def-Leppardien de Peaches. Pourtant, quelques mois avant la sortie de l'album, Peaches a indiqué qu'elle n'avait pas retenu les morceaux rock pour Rub car ils ne fonctionnaient pas sur un disque qu'elle voulait électro et minimal. Le très sympa "Bodyline", titre enregistré avec Nick Zinner, a été dévoilé entre temps, quelques semaines avant la sortie de Rub, afin d'avoir un avant-goût de... Ce qui ne serait pas sur l'album.
On ne va pas se mentir, à la découverte de Rub, on est un peu déçu. Rien n'est mauvais, mais rares sont les morceaux qui impressionnent. Le morceau d'ouverture, "Close Up", en featuring avec Kim Gordon, étonne par sa fadeur tant cette géniale (sur le papier) collaboration laissait présager au moins un très bon titre. Au final, le titre ne décolle jamais et Kim Gordon chantonne ses trois-quatres petites phrases sans conviction. Le featuring avec Feist, "I Mean Something", est plus sympa, mais manque un peu de relief. Leurs précédentes collaborations, sur "Give 'Er", par exemple, séduisaient bien plus. Le troisième featuring de l'album (avec Simonne Jones), "Vaginoplasty", est peut-être le meilleur, mais est presque trop classique, tant il semble sorti tout droit de I Feel Cream.
C'est sur les morceaux en solo que Peaches plaît le plus. Le premier single, "Light In Places", ode à son arrière-train ("so much beauty comin' out of my ass"), tient parfaitement la promesse du son minimal qu'elle voulait pour l'opus. L'instru, répétitive et hypnotique, rappelle le "I Feel Love" de Donna Summer et le phrasé de Peaches sur les couplets rappés est particulièrement entêtant. Les deux pièces maîtresses de Rub sont, cependant, le tonitruant "Pickles" – un morceau fou et addictif sur lequel il est impossible de rester impassible – et le très dark "Free Drink Ticket" sur lequel le traitement de la voix est excellent, la rendant très grave, idéale pour déblatérer pendant quatre minutes une diatribe imprégnée de rage et de violence contenue.
À l'exception de quelques morceaux, sur Rub, Peaches fait du Peaches un peu terne et propose peut-être son album le moins convaincant. C'est assez efficace, c'est (toujours aussi) décalé, c'est fun et rafraîchissant, sa plume n'a pas pris une ride (les paroles de "Light In Places", "Rub" ou encore "Dick in the Air" sont un régal), mais pour être honnête, on aurait aimé prendre plus. Est-ce que ce sont ces six années de patience qui nous ont rendu trop fine bouche ? Ou est-ce que Peaches commencerait un peu à perdre son doigté ? On espère ne pas devoir attendre six ans supplémentaires pour connaître la réponse.
Chronique de Yann (Goûte Mes Disques)
Un éminent membre de la rédaction m'a dit un jour: "En fait, t'es vachement plus intéressant quand tu ne parles pas de cul." Malheureusement, quand on parle de Peaches, on ne parle pas vraiment de musique, mais de provoque féministe et queer hyper-sexualisée sur fond de musique aux vagues relents punk. En tout cas, quand c'est bien.
La bonne nouvelle, c'est que c'est exactement ce que Rub propose. En cela, il s'éloigne de son disque précédent I Feel Cream, où la Canadienne s'était métamorphosée en chanteuse électro-pop, certes sans abandonner complètement ses intentions, mais en mettant bien plus l'accent sur les mélodies qu'auparavant. Ici, on retrouve un résultat plus proche des deux premiers albums The Teaches of Peaches et Fatherfucker. Les thèmes centraux de l'album sont le féminisme, les identités de genre, la libération sexuelle, mais sont abordés de manière frontale, provocante, sur fond de musique DIY combinant beat basique et chant scandé.
Les comparaisons avec ses morceaux précédents sont parfois frappantes sur Rub. Ainsi, "Dick in the Air" confronte la différence de traitement du corps de la femme et de l'homme comme le faisait "Shake Yer Dix", "Free Drink Ticket" recrée l'ambiance vénéneuse de la vengeance song "Operate", "Rub" est une ode au plaisir féminin aussi frontale que l'était "Diddle My Skittle". Au niveau son, la majorité de l'album est construit autour du beat et des quelques sons électroniques d'habillage, loin des approches mélodiques de l'opus précédent, même si le dernier tiers y replonge volontiers (notamment avec le très mauvais "Dumb Fuck" dont on se demande ce qu'il fait là). On n'y retrouve toutefois pas les guitares et sons punk-rock qui étaient fort présent au début de sa carrière. Dans l'ensemble, ça sonne "plus propre", et ce n'est pas nécessairement une bonne chose.
Mais bon, au final, même si on pourrait fustiger Peaches pour refaire ce qu'elle faisait déjà il y a plus de 10 ans, tant au niveau des thèmes que du son, on est bien forcé de constater que le tout reste pertinent. Globalement, on n'a pas beaucoup avancé sur ces sujets depuis The Teaches of Peaches et, contrairement aux ruminements des vieux cons que nous sommes parfois, nous sommes toujours aussi prudes quand il s'agit de parler de sexualité de manière frontale. Bien sûr, on préférerait que ce genre d'albums soit devenu inutile en 2015. Mais en attendant, du haut de ses 46 ans, Peaches a sorti un album bien plus provoquant que tous les twerks de Miley Cyrus et de Nicky Minaj réunis. Ca vaut bien une demi-molle.