Abyss

Abyss

Chelsea Wolfe

17 / 20 2015 Sargent House Album / CD  Vinyle

Chronique de X_Lok (Xsilence) 17 / 20

Posté le 07/08/2015
Rien à voir. Non, ce nouvel album n'a aucun rapport avec le film de Cameron sorti en 89, même si la pochette pourrait prétendre le contraire. Une version glauque à la limite, sans scaphandre, dans laquelle tu visites les fonds marins les pieds sévèrement moulés dans une dalle de béton.

Dès les premiers beats flippants de "Carrion Flowers", on se dit que ce nouvel album de Chelsea Wolfe ne sentira pas la gaudriole. Oppressant, la noirceur des sons jurent avec la voix claire de la jeune femme, guitares hypnotiques omniprésentes ("Maw"), les riffs caverneux s'allongent jusqu'à devenir des drones malsains. Rejoints parfois par la pureté d'un violon, les quelques notes d'un piano ne font qu'accentuer le sentiment de mal-être, de souffrance contenue ressenti à l'écoute de ce disque. La répétition jusqu'à l'explosion, la voix de Chelsea samplée, bouclée pour ne faire qu'un tout avec les rythmiques saturées (le surprenant "After The Fall"), une poésie noire coule doucement le long des onze titres, penchant parfois vers l'indus, on imaginerait presque une poupée vaudou en guise d'album, & chaque titre en serait une aiguille savamment plantée. Moins flippante qu'une Margaret Chardiet (la blonde qui se cache derrière Pharmakon), Chelsea Wolfe sait aussi retrouver la candeur toute relative d'une guitare nue, mais ne peut s'empêcher d'y coller un violon gratté qui vire presque au shoegaze, cet Abyss est plein de petites trouvailles sonores, on va de vénéneuses surprises en macabres découvertes alors qu'on avance le long de ces pistes maculées de noir ("Survive"). On pourrait sans trop faire d'effort la comparer à une Polly Jean qui aurait sombré dans le côté obscure de la folk, mais Chelsea Wolfe est bien plus que ça.

Avec ce mélange bien particulier aux accents parfois métal/indus parfois folk, aux drones rampants jouxtant sa voix cristalline, Abyss est tout simplement une démonstration. Le morceau titre qui termine l'album en est la parfaite synthèse, un titre d'une richesse infinie, d'une candide noirceur, déconseillé aux enfants et aux âmes sensibles sous peine de cauchemars récurrents. Je vous aurais prévenu...

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 14/09/2015

Abyss arrive deux ans à peine après un magnifique Pain Is Beauty, qui voyait la belle brune aux yeux clairs sonder encore plus profondément une noirceur qui lui va si bien, le tout dans des atours plus électroniques. Ce nouvel album se devait d’être plus dépouillé, plus spontané, plus clair et moins chargé. Mais une fois en studio, ces premières intentions se sont se visiblement éloignées pour laisser place à une approche, certes plus organique, mais aussi et surtout bien plus rugueuse et bruyante. On assiste ici à un très bel alliage entre rudesse indus (dans les rythmiques, les quelques boucles qui forment le substrat de plusieurs titres), le tranchant des guitares et un traitement vocal parfait, qui vient se poser sur l'ensemble comme une plume sur un lit de barbelés.

Question ambiance générale, vous vous douterez bien qu’avec un titre tel que Abyss, ça va pas être la franche rigolade, en tous cas pas plus que cela ne l’avait été avec Pain Is Beauty. Même si le propos semble moins dur (la thématique du rêve et/ou de la paralysie du sommeil), l’album est musicalement beaucoup plus sauvage, bruyant, parfois même brutal. Les morceaux tournent globalement tous autour des 4-5 minutes, pour des descentes en apnées mouvementées, malgré quelques répits et respirations. Ce qui nous donne sans doute l'album le plus lourd et le plus dense de Chelsea Wolfe à ce jour. Vocalement c’est toujours un délice, la Californienne s’y montre plus à l’aise que jamais, déployant une palette d’une richesse peu commune. Maîtrisant aussi bien les chuchotements qu’une voix plus rugueuse, les ornementations et un élégant maniérisme que les harmonies subtiles.

On peut donc dire qu’Abyss est la confirmation de la confirmation. Autrement dit, un album qui en plus d’être déjà très bon et apportant une nouvelle flèche dans un carquois déjà bien rempli, nous promet de bien beaux lendemains. A coup sûr une artiste qui ne semble pas prête de nous décevoir.


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