Chronique de X_Wazoo (Xsilence)
Plus on l'écoute, ce Star Wars, plus l'hypothèse du simple coup de sang sans arrière-pensées paraît tenir la route : le groupe a rarement sonné aussi fun et détendu qu'ici ; plus depuis Being There en fait. Et un Wilco qui s'amuse, ça ressemble à un groupe qui relâche la soupape et qui prend plus que jamais plaisir à détourner les différents styles. Est-ce d'avoir souffert de la catégorisation "alt. country" tout au long de leur carrière alors que ça fait plus d'une décennie déjà qu'ils ont ouvert leur horizon, d'avoir endossé bien malgré eux le dossard rock à papa tandis qu'ils se réinventent sans cesse ? Toujours est-il que plus le temps passe, plus ces gars-là prennent une approche de (gentille) déconstruction du rock pour mieux jouer avec ses codes. Qui d'autre aurait pu inventer un truc comme, au pif, "War On War" ? À savoir une répétition euphorique du même motif ad libitum, à l'image d'un enfant extatique qui chanterait une ritournelle créée à partir de mots d'adultes dont il ignore encore le sens mais dont les sonorités le ravissent. Sur Star Wars le " détournement " est bien plus explicite. Dès l'intro "EKG" on a droit à un court pastiche de noise-rock, qui ressemble à ce que ferait une bande de potes dans son garage pour rendre hommage à Sonic Youth ou Shellac. Et ça continue de plus belle sur le trio "More...", "Random Name Generator", "The Joke Explained", qui fait allègrement mumuse avec un son de guitare que n'aurait pas renié un T-Rex au sommet de son glam ! "You Satellite" s'impose comme un superbe crescendo propre à vous faire pousser des ailes, atteignant des sommets quasiment psychédéliques dont le sens de la répétition nous forcera à esquisser des lèvres le terme si galvaudé de "krautrock" ; tandis qu'un "Pickeld Ginger" foule un territoire stoner-pop du plus bel effet.
Vous voyez bien qu'il y a à boire et à manger ! Ce qui fait de Star Wars un excellent disque de Wilco – oui monsieur – c'est que le groupe ne se contente bien sûr pas de proposer un pastiche dans le simple de but de se voir offrir un diplôme d'éclectisme, mais qu'il revisite tout ce qu'il emprunte pour jusqu'à nous convaincre que ce son est fait pour eux. Et puis il y a cette voix quoi... cet organe de Tweedy qui n'a l'air de rien au premier abord, mais qui devient vite un ami proche, une constante rassurante. Cette voix qui semble émerger directement des migraines de Jeff, l'air de dire "Si j'ai fait le chemin jusqu'ici c'est qu'il y a une bonne raison alors tais-toi et écoute". Si les pistes sont brèves, comme l'album en lui-même, cela ne fait que garantir une certaine efficacité, une belle force d'impact à chacun des morceaux, et donner à l'album un goût de reviens-y. Sans compter que ça n'empêche pas le groupe d'y cacher des surprises en cours de route, comme la deuxième moitié de "Where Do I Begin" où la partie de batterie est inversée, ou le crescendo implacable de "You Satellite". Ou encore la progression de la sublime "Magnetized", qui conclut le disque en se muant petit à petit en véritable outtake de Deserter's Song, alors que viennent de poser la guitare, puis la scie musicale, et vas-y le mellotron qui débarque... Bref, ces montées en puissance qu'on a l'habitude de savourer avec Wilco, au même titre que ces perles de nostalgie dont ils ont le secret : "Taste the Ceiling" tout simplement.
De toute évidence, Star Wars n'est pas une farce, même si je ne comprends toujours pas pourquoi il se nomme ainsi. Il s'agit peut-être d'une série de chanson enregistrée d'un coup d'un seul et aussitôt lâchée en pâture au public, je n'en sais rien mais certainement rien de bâclé. Quant à savoir la place qu'il se fera au sein de la discographie hétérogène du groupe difficile de le prédire, mais il se présente en tout cas comme une bouffée bienvenue d'insouciance de la part d'un Wilco en pleine forme, prenant plaisir à jammer sur un peu tout et n'importe quoi tout en se montrant capable d'éditer ces sessions en un album court, compact et qui se laisse bien volontiers tourner en boucle... Quoi demander peuple ?
Chronique de Michael (Goûte Mes Disques)
Comme le résumait le boss dans la news annonçant la mise en ligne de Star Wars, le coup de la sortie sans prévenir est plus fréquent dans le monde du hip-hop que dans celui du rock indé. C'est clair: le stratagème permet d'économiser sur une onéreuse et laborieuse campagne de pub pré-sortie, évite une fuite malheureuse trois semaines avant la sortie de l'album et génère un retentissant effet tsunami, pour peu que l'on soit un duc hautement bankable. Il va de soi que la manoeuvre ne fonctionnera pas pour le dernier EP du pauvre groupe de crust-emo de Joinville-le-Pont.
On devine que la démarche de Wilco s’inscrit dans une voie plus subtile et, au risque de nous avancer, plus honnête. Comme l’explique un fan sur la page FB du groupe, « That’s what I love about Wilco : it’s all about the music ». On est assez d’accord avec lui. Si Wilco n’est pas Beyoncé (même si le groupe a une très solide fanbase, notamment aux States), sortir 11 titres gratuits en plein mois de juillet sur son propre label (ils seront ensuite dispo de manière payante), c’est surtout pour le fun.
On ne saurait d'ailleurs douter de cette intention à l’écoute de l’album. Histoire de dissiper d’éventuelles attentes irréalistes, sans que l’on puisse véritablement parler d’album au rabais, on est clairement dans le récréatif. Ne vous attendez pas ici à tutoyer les sommets himalayens de Being There, Yankee Hotel Foxtrot, ou plus récemment Sky Blue Sky. On n’est pas dans le trek de haute montagne, mais plutôt dans la rando pépouze en bord de rivière. Un album dont la principale ambition semble avoir été celle du plaisir à jouer, en captant rapidement les étincelles qui auront jailli au passage. La production est nettement plus épurée qu’à l’habitude et ce qui surprend d’ailleurs dans cet aspect brut, c’est l’immédiateté des morceaux, qui se goûtent avec plaisir dès la première bouchée alors qu'on était habitués à devoir prendre le temps de les apprécier à leur juste saveur.
Clairement, le groupe a placé la barre moins haut sans pour autant bouder son plaisir. Et ça s’entend. C’est peut-être d’ailleurs à l’écoute de ce qui sera sans doute leur album le plus « simple » et dépouillé que l’on se rend compte à quel point Wilco maîtrise son sujet, et combien ses musiciens exceptionnels ne se reposent jamais sur leurs lauriers émotionnels, sonores ou techniques. Musicalement, ce n'est pas une révolution. On ne jugera certainement pas Star Wars à l'aune de ses prédécesseurs. Cependant, après deux albums de fort bonne facture mais clairement un cran en dessous de ses plus belles réussites et plusieurs projets annexes, on peut émettre l’hypothèse que le groupe essaie de revenir à l'essentiel : le jeu, non pollué par les délicats exercices de la composition et de l’enregistrement.