Chronique de WillyB (Xsilence)
Eh bien non, ils sont bien de retour en 2015 comme si de rien n'était. Ceux qui espéraient que ces 5 ans de silence servent au duo New-Yorkais à explorer de nouveaux horizons, à se lancer dans des expérimentations aventureuses ou à renouveler un tant soit peu leur style seront profondément déçus. Dans Magnifique, vous retrouverez les mêmes ingrédients de base que Ratatat et l'indéboulonnable Classics.
Ainsi, rien de neuf sous le soleil. Les plus bienveillants d'entre vous diront sans doute qu'on fait face à un "retour aux sources". Personnellement, quand un groupe sort un cinquième album qui ressemble énormément aux deux premiers, j'appelle plutôt cela "faire du sur place". Au programme de ce Magnifique, toujours ce mélange de guitare et d'electro propret pour former des pistes exclusivement instrumentales. Le tout se base sur des boucles répétitives voire hypnotisantes et des riffs sages, où le guitariste ne cache nullement sa passion pour Brian May. Ainsi vous comprendrez bien que les albums de Ratatat sont des objets clivants : il est compréhensible d'être agacé par ces pistes baroques, presque grotesques, ces mélodies lisses pouvant lasser, cette propreté qui nous donne envie d'entendre de temps en temps un riff vraiment crade.
C'est pourquoi je n'ai jamais réellement considéré un album de ce duo comme étant quelque chose de plus qu'un simple album "fond sonore". Vous savez, ces albums que vous foutez en fond en soirée, ou bien pendant que vous faites le ménage ou que vous jouez au yams. Quelque chose qu'on écoute sans y faire attention et où on grappille au passage les quelques bons moments. Ici les bons moments sont les tubes évidents comme "Abrasive" ou "Cream On Chrome" ou la très Daft Punk "Nightclub Amnesia". Et j'avoue aussi avoir un petit faible pour "Rome". L'un des autres avantages de cet opus est de s'éviter les pistes insignifiantes et faibles. L'album tient la route sur la longueur et les morceaux sont savamment agencés. De ce côté-là, il n'y a rien à redire. La cohérence de cet album est sans doute sa plus grande réussite.
Au final, Magnifique ne se montre pas à la hauteur de son nom, mais le contraire aurait peut-être été étonnant. Cependant, pour ceux qui font tourner de temps en temps Classics sur leur platine, ce cinquième essai est un remplaçant tout à fait honorable. Un album sympa, tout simplement.
Chronique de Maxime (Goûte Mes Disques)
Oscillant depuis ses débuts entre rythmiques urbaines concassées et mélodies dancefloor, le son de Mike Strout et Evan Mast alias Ratatat a toujours eu tendance à éclabousser un peu les murs. Alors que la paire d'albums précédents (LP3 et LP4) suivaient tous deux la même dynamique gavée de synthés et de percussions tribales, Magnifique s'éloigne de ce côté brut pour retrouver une forme de facilité.
Est-ce cette apparente facilité qui fait qu'autant l'excitation est à son comble en France (papiers dithyrambiques dans Libé et les Inrocks), autant les critiques sont très mitigées de l'autre côté de l'Atlantique (à peine 5.0 chez Pitchfork, pourtant bon client)? Il faut dire que le Ratatat d'aujourd'hui sonne comme largement influencé par le Daft Punk des débuts (il suffit d'écouter "Countach" pour que la filiation éclate au grand jour), ce qui peut expliquer l'attirance de nos vertes contrées pour les deux souris de Brooklyn.
Moins expérimental donc, et beaucoup plus porté par les guitares que ses aînés, le disque contient son lot de tubes pour festival, à commencer par "Cream on Chrome" joué pour la première fois lors du dernier Coachella et que vous n'avez probablement pas fini d'entendre jusqu'à la rentrée. Quant à la triplette introductive en montagne russe formée de "Cream On Chrome" et son riff en rondeur, du très beau "Magnifique" et d'un "Abrasive" tout en groove décontracté, elle est particulièrement efficace. C'est après que ça se gâte un peu. En effet, le reste de ce cinquième album studio a plutôt tendance à osciller entre le très bon ("Nightclub Amnesia", le morceau le plus rugueux de l'album, rappelle les coups d'éclats de LP4) et l'anecdotique ("I Will Return" la cover finale de Springwater).
L'avantage de Magnifique, c'est que posé sur la platine en soirée il permettra au DJ fatigué de passer une heure accoudé au bar sans que l'ambiance s'en ressente le moins du monde. Il faudra quand même qu'il quitte de temps en temps du regard son écran d'iPhone pour zapper les titres les plus faibles ("Drift" et "Supreme"), dont la présence nous fait dire que la galette aurait gagné à être un peu plus courte et aurait surtout dû se concentrer sur ses deux points forts: le groove et le cool.