MCIII

MCIII

Mikal Cronin

16 / 20 2015 Merge Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de WillyB (Xsilence) 16 / 20

Posté le 04/05/2015
Mikal Cronin est un popeux, un vrai. Affilié à la bouillonnante scène de San Francisco, on aurait pu attendre de ses efforts solos de percutantes chansons rock garages brutes et délicieusement rétro. Mais depuis son premier album paru en 2011, on a compris que le Mikal, ami d'enfance et collaborateur d'un Ty Segall omniprésent, était un popeux, certes à tendance garage, mais popeux quand même.
MCIII nous amène sur les mêmes chemins que MCII c'est-à-dire une série de chansons pop parfois énervées et garage, parfois plus mélodieuses et reposantes, le tout agrémenté d'une orchestration riche comportant son lot de cuivres et de cordes. Cronin se fait même un petit plaisir coupable en nous calant au détour d'une chanson un solo de tzoura. Comme ça, pour le fun. Derrière cette richesse orchestrale, on devine clairement une envie de donner de l'épaisseur à ses compositions, de flirter avec une pop sophistiquée mais virulente. Mikal Cronin est un multi-instrumentiste accompli, cela se sent à l'écoute de ses compositions. Son travail est réussi et ses intentions font mouche même si on peut regretter quelques passages un peu trop pompeux qui nous font perdre le fil (notamment sur "Different"). Le bougre sait pondre des morceaux pop rock éternels qui auraient pu sortir à n'importe quel moment ces 40 dernières années et ça fait plaisir.
Cet album a deux faces. La face A comporte son lot de bons moments, comme le morceau d'ouverture "Turn Around" ou bien "Say" et son final haletant. Cependant, c'est sans doute la face B qui retiendra toute notre attention. Cette partie est présentée comme une suite de 6 pistes garnie d'excellents moments comme la fragile et intense "I) Alone", l'entêtante et furieuse "II) Gold" et la plus bruyante "IV) Ready". Toutefois les compositions en elles-mêmes ne sont pas liées de manière flagrante, le lien apparaît plus clairement dans les thématiques abordées, très introspectives, que dans leur mise en musique qui est au demeurant assez éclectique.

Sur cet album, Mikal Cronin montre une nouvelle fois son talent d'écriture et nous fait espérer que ce MCIII lui amènera la reconnaissance qu'il mérite. Pas facile de développer une carrière solo quand tout le monde ne cesse de tout rapporter à la galaxie Segall – moi le premier. On fait face à un album riche, prenant et qui s'accorde parfaitement avec une météo estivale. Facile d'écoute, MCIII s'impose comme un de ces albums qu'on prend plaisir à réécouter de temps en temps là où d'autres tombent dans l'oubli.

Chronique de Gwen (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 28/05/2015

Pour rappel, Mikal Cronin, c'est le pauvre biquet qui ne cesse de pondre des bons morceaux et que les badauds continuent à pointer du doigt en s'exclamant "Ce serait pas le type qui joue derrière Ty Segall?". Avec sa silhouette d'adolescent aux bras trop longs, le bougre se voit ainsi contraint d'orbiter autour de son meilleur pote alors qu'il a toujours fait de l'excellent boulot sans son appui. Chaque livraison sonne dès lors comme une nouvelle tentative de marquer son territoire dans la nasse des songwriters sensibles. Et notre homme bataille dur pour y parvenir.

"Et puis merde, vous me les emballerez aussi!", s'est-il d'ailleurs dit en reluquant les violons et les cuivres dans la vitrine. "Je vais gentiment les bercer avec du piano et des cordes en introduction et quand ils auront l'air bien détendu, je leurs confisque leur balançoire." Voilà à peu de choses près l'impression que donnent les deux chapitres distincts de ce troisième épisode MC.

Déjà bien à l'aise dans sa cour de récré power pop sans colorants ni conservateurs, Cronin commence par casser sa tirelire pour s'offrir davantage de nuances et la production adaptée. Ça passe crème. On y croit vachement, à ses textes sur la solitude et l'innocence perdue. Pas seulement parce qu'il a la gueule de l'emploi mais parce qu'il manipule ses nouveaux jouets avec tendresse et précaution. On se sent à peine coupable d'avoir l'oeil humide et le coeur en pagaille.

La transition avec la seconde partie est un peu abrupte mais pas forcément désagréable. On range les accessoires et on débride légèrement la batterie. Guitare au centre, retour aux fondamentaux. Seuls "ii)Gold" et "iv)Ready" se permettent d'injecter un peu d'électricité entre deux ballades dénudées. On le connait déjà, ce Cronin-là mais il serait indécent de faire la fine bouche.

"Un peu déçu par le skeud… On dirait un mélange de Ty Segall, de The Posies et d'Arcade Fire période Funeral." Cette description laconique du rédac' chef m'a fait prendre conscience (non sans une certaine appréhension) que mes oreilles n'avaient manifestement pas les mêmes critères d'exigence que les siennes. Sur papier, la combinaison Ty Segall/The Posies/Arcade Fire période Funeral me semblait tout à fait satisfaisante en ce début d'été paresseux. Après écoute, cela se confirme: l'écriture de Mikal Cronin se situe tout de même largement au dessus de celle de Taylor Swift. Mais je peux toujours me tromper…


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