Dumb Flesh

Dumb Flesh

Blanck Mass

18 / 20 2015 Sacred Bones Album / CD  Vinyle

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 29/05/2015

L’année 2014 ayant été particulièrement chargée pour les gars de Fuck Buttons, une certaine forme de pause était tout à fait méritée, vu les nombreuses sollicitations consécutives à la sortie du très bon Slow Focus. Et par pause, on entend ici la possibilité de vaquer à leurs occupations chacun de leur côté. Pour un résultat qui ne manque pas de surprendre, qu’on parle d’Andrew Hung ou de Benjamin John Power.  

En effet, le premier cité a temporairement quitté le circuit de la grande distribution pour nous pondre un EP intégralement réalisé sur Gameboy. Quant au second, après un premier album très aventureux sur le label Rock Action des Écossais de Mogwaï, il a été l’objet d’un des gros transferts du mercato musical de 2014, puisqu’il a atterri sur le label new-yorkais Sacred Bones Records. Une traversée de l’Atlantique qui, si l’on y réfléchit un peu, fait sens pour toutes les parties intéressées. Prenez Sacred Bones. Après plusieurs années à truster les sphères rock, la structure a progressivement élargi son portfolio, par exemple en sortant le nouveau John Carpenter. Quant à BJP, on comprend qu’il ait difficilement résisté à l’appel du pied lancé par un label désireux de se diversifier. Par contre, là où l’on tique, c’est quand on le voit rejoindre une maison d’habitude très exigeante avec sous le bras des titres qui sont beaucoup plus accessibles que ce qu’il nous refourguait en 2011. 

Après, n’allez pas croire que l’Anglais a viré dubstep-pouet-pouet ou EDM-caca-prout. Par contre, on s’étonne presque de le voir livrer une musique qui s’inscrit dans le droit fil des dernières productions de Fuck Buttons, là où son premier album, sous l’alias Blanck Mass, avait plutôt tendance à évoquer les comparaisons avec les premiers travaux du groupe, résolument plus abrasifs et audacieux (on pense évidemment à Street Horrrsing).

Avec Dumb Flesh, on est dans une musique qui recycle le côté dansant des meilleurs singles de FB, tire avec intelligence les ficelles maximalistes déjà explorées sur Taro Sport et Slow Focus et impose une dimension presque didactique pour le fan de musique « indé », à la recherche d'une porte d’entrée idéale vers des objets plus couillus ou obliques. Dans cette masse bouillonnante de collages vocaux et de beats frontaux, Benjamin John Power s’en sort avec les honneurs. Mais à trop vouloir singer Fuck Buttons, à trop recycler des recette déjà connues, il ne prêche plus trop pour sa paroisse. Après qu'il signe sa musique sous le nom de Blanck Mass ou sous celui de Fuck Buttons, on vous avouera qu'on s'en bat un peu les steaks, tant que la came est bonne. Et force est de constater qu'avec Dumb Flesh, le contrat est rempli. 


Chronique de Jetjet (Xsilence) 19 / 20

Posté le 27/07/2019
Ben Power a réussi son premier album solo, Slow Focus des Fuck Buttons est le chef d'oeuvre du duo. Que lui reste t-il à prouver ?

S'engageant dans une toute autre direction, Ben Power livre un album à la pochette indéfinissable d'un corps passé sous les focales de David Cronenberg. Ce sera la New Flesh ou la nouvelle chair de Videodrome à glisser entre les oreilles.
Le voyage sera rude et parfois pénible mais il en vaudra la peine. "Loam" est un morceau qui sera progressivement trituré comme on pétrit une pâte. Les choses sérieuses arrivent avec "Dead Format", le second morceau qui donne envie de danser tel un pantin désarticulé. "No Lite" et ses 10 minutes vont continuer sur la même voie : une dance robotique atypique avec quelques arrangements crades. "Atrophies" continue d'épater la galerie comme il faut avec sa mélodie entêtante et ses voix issues du Zoolook de Jarre. "Cruel Sport" est une version apocalyptique de Tarot Sport des Fuck Buttons.
On ne voit pas le temps passer dans le monde barré de Dumb Flesh. Difficile d'en dire du mal, même sur un morceau plus mineur comme "Lung" ou "Detritus" qui achève définitivement nos oreilles malmenées comme rarement.

Dumb Flesh est probablement le chef d'oeuvre de Blanck Mass et la preuve évidente qu'il est l'élément clé des Fuck Buttons dont il peut à présent s'acquitter sans se retourner.

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