Chronique de X_Wazoo (Xsilence)
Il faut dire que There's No Leaving Now en 2012 avait déjà vu Matsson s'éloigner de l'épure acoustique de ses débuts pour commencer à incorporer dans sa formule des arrangements piano, guitare, batterie, etc. L'initiative m'avait fait hausser un sourcil circonspect, car par moment la belle gratte acoustique du bonhomme passait complètement à la trappe tandis que la voix était toujours aussi présente dans le mix (voire trop) jusqu'à en éclipser tout le reste. Mais là les choses sont passées à un tout autre niveau. Cette fois-ci, c'est une ribambelle d'arrangements en pagaille qui nous déboule sur la tronche dès l'ouverture "Fields Of Our Home". Violons, cuivres, synthés, pianos, percussions, overdub vocaux, beats... Tout y est. Cette fois c'est définitif : le Tallest Man On Earth sonne comme n'importe quel chanteur variétoche à la mode sans personnalité. Je sais que je joue le puriste sur ce coup là, mais comme c'est désolant d'entendre Kristian nous délivrer une tambouille sonore aussi fade ! Tout ce qui faisait son charme rustique est passé à la trappe, ça n'est d'ailleurs plus vraiment du folk. Mais il ne s'agit pas uniquement d'un cachet d'authenticité ou je ne sais quoi d'autre – si ce n'était que ça, cela ne nécessiterait qu'un temps d'adaptation – mais vraiment de la gestion calamiteuse d'un certain parti pris esthétique. Je ne reproche pas au Tallest Man d'arranger ses morceaux ; je me désole de la piètre qualité de ces arrangements qu'il ne maîtrise de toute évidence pas du tout.
Tous ces ajouts semblent complètement hors de propos, collés là sans talent pour plomber un morceau qui ne demandait qu'une interprétation simple. Matsson brillait lorsqu'il était seul à sublimer ses compos dépouillées. Sur Dark Bird Is Home, l'accompagnement va du plan-plan au carrément vulgos – dans cette dernière catégorie, placez à l'aise la totalité des beats pourraves, les cuivres dégueux de "Timothy", et les hululements à la Phil Collins période Tarzan de "Sagres", entre autres. C'est d'autant plus dommage que le corps du disque n'est pas mauvais loin de là. Le Tallest Man on Earth demeure un bon songwriter capable de composer de beaux morceaux – en témoignent par exemple la balade "Little Nowhere Towns" et son simple piano/voix (on n'y croyait plus...) ou la première moitié du morceau-titre, seulement sa manière de les habiller a atteint un point qui commence à nuire à ma capacité de les apprécier comme tels. En somme Dark Bird Is Home aurait pu être un très bel album, si la ribambelle de musiciens de studios avait eu le bon goût de succomber à une intoxication alimentaire la veille de l'enregistrement. En attendant, si le titre du disque interprété littéralement laisse entendre une volonté de sédentarisation du Suédois dans cette voie, alors je risque de me mettre à bander mou ces prochaines années...
Chronique de Amaury L (Goûte Mes Disques)
Sorti trois ans après There's No Leaving Now, Dark Bird Is Home fait partie de ces albums qui fait du bien quand il s'arrête. Détail digne de mention pour un disque qui ne dépasse pas les trois quarts d'heure, tant l'écrasante majorité des titres gazouillent dans le vide. Un peu comme ces petits piafs gris effroyablement quelconques, qui ont pour seule mission de nous réveiller à 5h30 du mat' avec leur piaillement terne et strident. En entendant leurs vaines psalmodies, on regretterait presque le grossier merle qui les a précédé dans le même bouleau, nous gratifiant parfois d'envolées lyriques imparfaites et chancelantes, certes, mais teintées d'une insolence et d'une audace qui nous faisaient dresser l'oreille et suspendait le temps un instant.
C'est avec le même effarement qu'on se prend en pleine tronche l'inanité de la plupart des titres concoctés par Kristian Matsson sur ce nouvel album. Oubliées, les productions lo-fi de ses premiers morceaux; diluées, les perles intenses déclinées en litanies boisées, à la fois intimistes et fédératrices... Pire, les splendides ballades jouées en fingerpicking qui étaient sa carte de visite ne sont plus qu'au nombre de deux sur ce nouvel album ("Beginners" et "Singers", largement oubliables). Parfaitement intolérable lorsqu'on connaît les talents de guitariste du folkeux suédois, farouchement dylanologue à l'origine.
Pour ne pas se retrouver totalement à poil lors de la composition de ses nouvelles chansons, Matsson les pare de nappes de cordes, de volutes de synthé (bien que discrètes, ce n'est pas non plus Duran Duran,qu'on se rassure), de choeurs multipistés et de rythmiques convenues qu'on adore détester chez Mumford & Sons. Ce n'est pas que ce genre de formule me débecte d'habitude. Mais elle est particulièrement casse-gueule quand les mélodies et la créativité sont en berne, ce qui est bel et bien le cas avec ce Dark Bird Is Home.
Il y a bien quelques fulgurances gentillettes, comme la très jolie ballade au piano "Little Nowhere Towns" et la vaguement entêtante "Timothy". Mais c'est à peu près tous les titres capables de nous rapprocher d'un micro-poil du Tallest Man On Earth qui labourait notre âme avec ses magnifiques "Love Is All", "The Drying of the Lawns" ou encore "Lion's Heart", purs éclairs de génie qui nous rappelaient au bon souvenir d'un Dylan période Freewheelin', l'expressivité vocale en plus. Et dire qu'on pensait tenir notre barde du 21e siècle...