Last Splash

Last Splash

The Breeders

15 / 20 1993 4AD Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Gérard Cousin (Xsilence) 18 / 20

Posté le 17/07/2010
"Cannonball" le seul tube des Breeders. 1993. Consécration du punk rock primal et défoulant. Ligne de basse géniale. Coolitude branchée. Soleil et agrumes. Méchamment dans l'air du temps et figé dans l'éternité musicale.
Voilà ça c'est fait on peut passer à la suite, parce que c'est bien d'un album incontournable, inoubliable, sous-estimé que l'on va parler. Une référence comme ne disent pas les jeunes.
Kim et Kelley Deal brillent ici à leur Zénith; là où Pod avançait en titubant à travers des volutes lourdes et parfumées, Last Splash s'éclate au Sénégal.

"New Year" nous fait croire un instant encore en la démarche claudiquante et grise du spleen électrique, mais au détour d'un gimmick vocal, nous voilà projeté en plein été californien , slackers en skate inclus. La première surprise : quel son ! Tout y est gonflé, la guitare claque comme une main lubrique sur une fesse bronzée, la basse ronronne de plaisir et la batterie encadre tout ce merdier acidulé avec la rigueur d'un banquier suisse.
L'été est là et durera toujours...

Et voilà-t'y-pas que "Invisble Man" déboule: sous le mid tempo musclé et la guitare investie, Kim glisse sournoisement une mélodie belle et simple soulignée d'une nappe de violon électrique, qui adoucira même le plus cocaïné des catcheurs mexicains. La pureté déchirante, la beauté sans fard frappe en plein visage, et à peine a-t-on le temps de s'en laisser submerger que la voilà repartie au loin. Enfin au loin, c'est sans compter sur un "No Aloha" à pleurer, probablement la plus belle chanson jamais écrite et produite par les soeurs Deal (tiens j'avais pas déjà dit ça de "Fortunately Gone" ?). A nouveau en moins de trois minutes, The Breeders condensent 30 ans d'Americana musical, de Young à Pollard en passant par ( évidemment ) Pixies.

"Roi" et sa reprise est un cas à part dans toute la discographie des Breeders; l'affiliation entre les Kim les plus connues du rock 90's (Deal et Gordon donc...) est ici évidente, tant l'expérimentation sonore restera marginale dans l'oeuvre des Breeders. C'est en tous cas réussi et inédit vous voulez quoi de plus nom de Dieu ?

D'accord, c'est vrai "Do You love me Now" est à ranger à côté des insupportables bluettes ratées du groupe. Et "I Just Wanna Get Along" est également un exercice de pur punk rock vide et absolument pas inspiré.
Mais quid du surf rock débile de "Flipside", qui donnerait envie à n'importe quel paraplégique de rivaliser avec Tony Hawk ?
Des errances sourdes et traînantes de "Mad Lucas" qui ferait pleurer Beth Gibbons ?
De la mélodie imparable qui rattrape de justesse un "Divine Hammer" de radio de campus américaine ?
Du je-m'en-foutisme magnifique de "Hag" ?
Et enfin de cette sublime "Drivin' on 9", première affirmation décomplexée de l'amour de Kim Deal pour les ballades country ringardes et touchantes comme un fado texan ? J'ai envie de dire que c'est probablement la plus belle chanson jamais écrite et produite par les Breeders, mais j'ai le sentiment que je me répète.

Bref on trouve une myriade de perles sur cet album injustement éclipsé par le succès d'un single, qui parait bien fade en comparaison du reste.
Mais bon, en 1993, ils en sont presque tous là non ?

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