Policy

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Will Butler

14 / 20 2015 Merge Album / CD  Vinyle

Chronique de WillyB (Xsilence) 13 / 20

Posté le 08/03/2015
Au sein d'Arcade Fire, il y a deux Butler. Le premier s'appelle Win, c'est l'ainé, c'est le leader, c'est le chanteur. Et comme papa et maman Butler aiment bien les prénoms qui commencent par Wi (et je ne les blâmerai pas, les miens sont pareils), il y a aussi Will Butler. Dans le groupe, on le voit trainer derrière un synthé, une basse, une guitare ou une batterie. C'est lui le premier de la fratrie à se lancer dans l'aventure solo avec ce Policy-ci. On sent la volonté de Will Butler de se faire un nom dans le milieu et d'exister en dehors d'Arcade Fire. Il s'est notamment lancé avec un certain succès dans la BO du film Her avec l'ami Owen Pallett. Ce premier album solo n'est qu'une étape de plus dans son émancipation.
Hélas, malgré toute la sympathie qu'inspire ce petit trublion spontané et visiblement drôle, ce Policy ne sonne pas comme une véritable révolution et sur l'ensemble des pistes de l'album, beaucoup seront oubliées bien vite. On fait face à une suite de chansons rock classiques, certes assez bonnes, mais pas défrisantes, où l'impression de déjà-entendu se manifeste bien trop souvent. L'ensemble a même tendance à s'éparpiller. Pire encore, il rate son exercice sur les chansons posées comme "Finish What I Started" et "Sing to Me" où sa voix, notamment, ne convainc pas. Voix qui, par ailleurs, ressemble énormément à celle de son frère de manière plus que troublante.
Cependant, ne soyons pas si sévère avec ce premier essai. Dans Policy, il y a aussi des moments remarquables : Will Butler fait mouche quand il hausse le ton, s'enfonce un peu plus dans l'épique et dans une certaine folie : "What I want" s'impose comme la meilleure chanson – de loin – de l'album et demeure un tube imparable. On retiendra aussi "Anna" qui se démarque avec son côté humoristique et frais, et "Son of God" dont le refrain est des plus réussis.

L'album n'est donc pas indéniablement réussi, sans être carrément raté. Will Butler montre qu'il a la capacité de composer de grandes chansons, mais n'a pas réussi à imposer quelque chose de nouveau qui va agripper nos oreilles. Sans doute que ses compositions auraient mérité un peu plus de maturation et peut-être la participation plus active d'autres compositeurs talentueux de son entourage.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 16/03/2015

On imagine que vivre l’accouchement d’un album d’Arcade Fire ne doit pas être une expérience spécialement simple ou reposante. Pas qu’on parte du principe que les têtes pensantes du groupe sont une bande de pisseuses insupportables (à moins que...), mais plutôt que la musique du groupe, à tiroirs et strates multiples, fait généralement l’objet d’un travail minutieux - sans quoi l’ensemble prendrait rapidement des airs de bordel faussement grandiloquent (à moins que...). Dans cette configuration, on peut aussi imaginer qu’une pile électrique comme Will Butler se sente parfois à l’étroit. C’est en tout ce que l’on se dit à l’écoute de son premier album solo pour Merge Records. 

D’un naturel exubérant, le frère du frontman Win Butler trouve ici un exutoire rêvé, où il peut laisser parler un songwriting qui lui ressemble, qu’il veut simple mais efficace, direct mais pas frontal, sincère mais pas douçâtre. Et si le nom de Will Butler sera toujours associé au groupe qui lui offre un coup de pub aussi inévitable que bienvenu, Policy ne peut en rien être considéré comme un side project qui permet de dresser des parallèles évidents avec la discographie du mastodonte montréalais – même si l’on en trouvera en cherchant un peu, ne serait-ce que dans cette manière de se mettre à nu, ici par l’entremise de textes un brin névrosés et plein d’humour noir.

Disque extrêmement varié, Policy évoque la pop élégante des Talkings Heads (surtout sur « Something's Coming »), les fulgurances folk d’un Johnathan Richman ou à le groove énergique d’un groupe comme Spoon. Il y a des chœurs féminins aussi, des trucs de crooner désabusé, et même des ballades d’une beauté déchirante. Bref, y’a énormément de choses. Pourtant, 27 petites minutes, c’est peu. Mais c’est aussi bien assez pour laisser le Canadien nous montrer qu’il sait occuper l’espace sans devoir donner dans les gesticulations bidon ou les effets de manche pompeux. Bref, même si l’on se contentera amplement de ces huit titres, on en redemande. Et vite.


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