Chronique de X_Wazoo (Xsilence)
La parenté est indéniable, ne serait-ce qu'au niveau de la voix. Butler tient en Colin Huebert un bel héritier de son style particulier, sur le fil entre la fausseté et une touchante maladresse, entre le geignard et l'affecté. Dans le lyrisme aussi, Siskiyou trahit ses influences ; Nervous est rempli de crescendos enflammés et de chœurs style chorale. Mais il s'agit de ne pas s'arrêter à cela, ce serait manquer quelques beaux moments de songwriting qui, s'ils ne paraissent certes pas originaux, ne manquent pas d'une certaine beauté fragile. La même beauté qui animait parfois le Deserter's Song de Mercury Rev ou plus récemment les albums de Cascadeur (on retrouvera les similitudes les plus frappantes sur le final de "Babylonian Proclivities"). Siskiyou parvient même à se faire menaçant sur "Jesus In The 70's", qui depuis un riff inquiétant finit par exploser en un formidable agrégat lo-fi de distorsions et de cris. La musique de Siskiyou, malgré ses envolées lyriques, a quelque chose d'intime, et c'est un plaisir que de découvrir de nouveaux détails à chaque nouvelle écoute. Dommage cependant que le disque, si finement composé et arrangé qu'il soit, affiche des faiblesses sur la deuxième partie de l'album. Moins entrainante, plus lente à démarrer, le plaisir d'écoute en prend pour son grade. Il faudra attendre la fameuse fin de "Babylonian Proclivities" pour retrouver la douceur épique dont est capable Colin Huebert.
Alors ce bilan, mission accomplie ou merde ? A moitié dirons nous... S'il parvient par moment à transcender ses influences, Nervous demeure très référencé et on peut passer les trois quarts d'heure du disque à compter les artistes qui nous viennent à l'esprit (une bonne partie de la scène indé canadienne pourrait y passer à l'aise – avec un peu de vaseline). Mais en dépit d'une deuxième partie en demi-teinte, le groupe accouche là d'un beau disque qui en plus de contenir quelques perles constitue en soi une belle promesse ; l'ascension de Siskiyou ne fait que commencer.
Chronique de Yann (Goûte Mes Disques)
Quoi qu'en disent mes amis, j'ai toujours été un dilettante en musique. Je picore sans jamais approfondir, avant de me lasser et de passer à autre chose.
Et il faut bien dire que je me suis très rapidement désintéressé de la vague indie-folk: Fleet Foxes m'a toujours fait chier et je n'ai jamais été capable d'écouter un album complet de Timber Timbre malgré quelques excellents titres. Du coup, je n'avais jamais entendu parler de Siskiyou, en partie parce que sorti sur le très respectable Constellation Records, un de ces labels dans lesquels je butine avec beaucoup de parcimonie. Il a fallu que l'ennui et la lassitude me poussent à explorer la pile de CD qui traîne sur mon bureau pour que je jette une oreille au troisième album du groupe.
L'ennui et le picorage ont du bon. Car si j'avais écouté le premier disque à l'époque de sa sortie, j'aurais sans doute été encore moins enclin à me pencher sur Nervous. Dans ce disque, Siskiyou réussit à trouver un bel équilibre entre guitares folk et une certaine influence pop dans les arrangements et les compositions, le tout saupoudré de quelques fulgurances rock. On s'éloigne de la dépression solitaire des forêts canadiennes pour des morceaux parfois lumineux (l'excellente ouverture "Deserter" et son chœur), dégageant parfois une violence sourde ("Jesus in the 70s"). L'interprétation du front man Colin Huebert (également à l'écriture et à la production) est excellente, amenant parfois ses titres au niveau des bons morceaux pop de Sophia (en particulier "Bank Accounts and Dollar Bills").
Tout n'est pas parfait, bien sûr. Je suis moins convaincu lorsque les guitares reprennent des gimmicks americana. Certains titres manquent par ailleurs un peu de personnalité. Mais l'ensemble se tient et trouvera une place confortable à côté du Awayland de Villagers dans la catégorie "influences folk bien digérées". Certains évoqueront plutôt l'Arcade Fire des débuts et rapprocheront cet album du rock indie nord-américain, mais franchement, on ne va pas se battre sur des étiquettes...