Chronique de Popop (Goûte Mes Disques)
On peut trouver le terme galvaudé, poussif, inutile, mais The New Pornographers est un supergroupe, un vrai. Le trio de têtes pensantes à lui seul a de quoi faire fantasmer tout amateur de pop digne de ce nom : A.C. Newman dans les bottes du leader, la charmante Neko Case aux vocalises et au charisme, et Dan Bejar (leader de Destroyer à ses heures perdues) dans le rôle de l’éminence grise. Ajoutez à cela une poignée de musiciens plus ou moins connus mais tout aussi talentueux pour les épauler, notamment Nora O’Connor (fréquemment croisée du côté de chez Andrew Bird), et vous comprendrez aisément que ce collectif qui compte désormais 9 membres permanents n’a pas usurpé son appellation d’origine non contrôlée.
Alors, quoi de neuf depuis Mass Romantic (2000) et Electric Version (2003) ? Ben pas grand-chose en fait, et c’est ça qui est bon ! Il y a bien quelques membres de plus, à commencer par la propre nièce de Newman aux claviers, Kathryn Calder (membre du groupe Immaculate Machine), mais on ne peut pas dire que cela se ressente particulièrement dans le son du groupe. On retrouve donc cette pop fiévreuse, chargée, agressive, portée par des voix tantôt masculines, tantôt féminines, souvent les deux. Sans trop s’éloigner de sa ligne directrice, le groupe parvient même à se réinventer dans la continuité, à l’instar de ce final quasi-gospel sur "The Bleeding Heart Show", l’un des tous meilleurs morceaux écrits par Newman. Et puis quand la fatigue se fait sentir, quand la surcharge menace l'auditeur, intervient alors Bejar, seul autre songwriter du collectif, pour redonner un peu de souffle avec son univers bariolé, à peine moins contenu ici ("Streets Of Fire") qu’au sein de Destroyer.
De toute façon, The New Pornographers, c’est l’histoire d’un équilibre bancal, toujours prêt à rompre, mais de manière peut-être un peu plus flagrante sur ce Twin Cinema (mieux produit et plus lisse que ses prédécesseurs). C’est sans doute pour ça que les supergroupes sont si peu nombreux et ne durent jamais longtemps. Mais comme ici chacun poursuit sa carrière de son côté et ne rejoint la troupe qu’à intervalles réguliers pour jeter quelques merveilles sur bandes et donner quelques concerts, on ne devrait pas trop avoir à craindre pour l’avenir de nos pornographes préférés.
Chronique de WillyB (Xsilence)
Puis vint Twin Cinema, troisième album du groupe. On pourrait croire qu'on se plonge dans un Mass Romantic III ou un Electric Version II avec le tonitruant morceau d'ouverture "Twin Cinema" mais on est vite détrompé avec l'étonnamment calme "The Bones Of An Idol" qui apporte la pommade nécessaire pour ne pas se lancer dans un nouvel album qui met à mal nos nerfs auditifs. La réussite de l'album est son équilibre enfin trouvé sans pour autant tomber dans un album qui multiplie les passages mornes. On reste dans un album de power pop bourré de pistes exubérantes avec leur lot de d'harmonies vocales survitaminées. Carl Newman, à qui on doit la quasi-totalité des chansons, réussi son numéro d'équilibriste et varie sensiblement ses compositions. On alterne des moments de frénésie bien costaude ("Twin Cinema", "The Jessica Numbers" entre autres), des slows ("These Are The Fables"), des hymnes rocks jouissifs ("Use it"), des incartades aux allures gospel (la fabuleuse "The Bleeding Heart Show", une des meilleures de Newman) et j'en passe (notamment "Sing Me Spanish Techno", un des gros coups de cœur de cet opus). Cet album est une véritable collection de tubes. A chaque écoute, je ne peux m'empêcher de me dire 'Tiens, il faut que je parle à tout prix de cette chanson, ah et celle-là aussi' pour au final me retrouver à évoquer la totalité de l'album...
Notons que Dan Bejar signe quant à lui trois titres sur les quatorze qui composent l'album, apportant un son un peu plus foufou, rappelant ses compositions pour Destroyer. On regrettera sa "Jackie, Dressed In Cobras", suite de "Jackie" parue sur Mass Romantic, peut-être pas assez aboutie. Cependant "Steets of Fire", qui est largement acoustique ( !), mettra tout le monde d'accord et demeure un des temps forts de la seconde partie de l'album avec sa montée en puissance qui nous renverse comme un raz-de-marée.
Mieux produit, moins rugueux, cet album ne nous épargne pas son lot de chansons tendues et rythmées comme on les aime. La musique a toutes les caractéristiques des compositions canadiennes : mélodies emphatiques, orchestration riche et colorée, chœurs à profusion... Twin Cinema a le bon goût de poursuivre les voies empruntées par le groupe en réussissant à se bonifier avec le temps. Ici, on laisse l'auditeur le temps de respirer sur quelques passages. Moins immédiat et tapageur que ses prédécesseurs, cet album les bat sur la longueur et va venir squatter durablement vos platines vinyl, vos lecteur CD ou autres mp3.