Panda Bear Meets The Grim Reaper

Panda Bear Meets The Grim Reaper

Panda Bear

7 / 20 2015 Domino Album / CD  Vinyle

Chronique de X_Wazoo (Xsilence) 7 / 20

Posté le 09/01/2015
Est-il facile de faire de la pop ? Facile d'en écouter en tout cas. S'il y a un genre accessible par essence, c'est bien la pop (si on excepte bien sûr l'easy-listening, on ne peut plus clair sur ses intentions). Une petite chanson courte et puis s'en va ; de l'accrocheur, de l'efficace et surtout de la simplicité. Rien de plus facile que d'écouter de la pop. Maintenant, est-il facile de faire de la pop ? Si on en croit le dernier album de Noah Lennox alias Panda Bear, qui de toute évidence tâche ici de jouer dans cette cour, la réponse est non. Non, vraiment pas. Et j'ai du mal à ne pas crisser des dents quand je lis sur un site sérieux cette phrase : "who needs Brian Wilson?" (true story bro). On pourra dire que je suis biaisé, après tout je n'ai jamais pu écouter un album d'Animal Collective en entier, (peut-être Feels, me souviens plus) tellement tout cela m'emmerdait. Les bidouillages du groupe m'ont toujours paru dénués de toute passion, sans vrai bon morceau, juste des prétextes pour trafiquer leur bouillasse sonore. Pourtant j'aime l'expérimentation, mais rien à faire, je suis allergique.

En ce sens, Panda Bear Meets the Grim Reaper est un exploit, car c'est le seul album issu d'un membre du groupe que j'aurai réussi à m'enquiller d'un bout à l'autre, et même plusieurs fois - non par masochisme, mais pour le "bien" de cette chronique. Une première écoute vague apporte deux constats. Premièrement : ici, comme énoncé plus haut, on tente de faire de la pop. Beats à gogo pour nous faire remuer du cul, harmonies vocales à foison, en théorie c'est déjà pas mal pour une base. Deuxièmement : cette voix. Sûr qu'on trouvera pire ailleurs, mais ça n'empêche que Mr Noah chante comme un chewing-gum usé. Zéro passion, zéro charisme, juste cette distance désincarnée qu'on pourra à loisir prendre pour de la timidité du dédain. Difficile d'arriver au bout du disque en une fois, car notre attention n'est pas tant happée par les morceaux en eux-mêmes que par ce qui en constitue la périphérie. Les fioritures, les arrangements, la production. Tous ces petits bidules sonores bizarroïdes qui pullulent le long du disque. Le cachet "expérimental" en quelque sorte.

Mon humble impression est que le Panda s'est beaucoup plus éclaté à décorer ses morceaux qu'à les construire ou à les habiter. Et ça se ressent très régulièrement lorsqu'une mélodie répétée trente-six fois finit par tomber à plat faute de conviction. "Boys Latin", le single du groupe et loin d'être le pire titre, est l'exemple parfait de cette frustration qu'on peut ressentir à l'écoute d'un morceau de ce PBMGR. Le morceau débute avec des sons amusants, des bruitages qui fourmillent et plantent une belle atmosphère. Puis le chant débarque et voilà qu'une bonne idée de Lennox vient compenser ses évidentes faiblesse vocales ; le jeu d'écho vocal, de question-réponse harmonique, amuse et intéresse... Mais ne fait que se répéter sans que rien ne change vraiment dans le morceau, à part encore et toujours des bidouillages secondaires. Ce qui ne poserait pas de problème s'il n'y avait ce manque de passion ; au bout de la troisième monotone répétition, on a juste envie que la chanson se termine pour de bon. À ce titre je préfère encore aller m'écouter la B.O. du jeu Earthbound, au moins personne n'y chante.

Ce qui semble vraiment habiter Panda Bear, ce n'est pas la pop, c'est la bidouille sonore, l'expérimentation. Sur ce disque, on a l'impression qu'il se rêve en popeux mais sans en avoir l'âme... S'il y ressemble parfois, c'est parce qu'il y a des beats entrainants ou des harmonies omniprésentes. Enfin pour les beats entrainants, ce serait passer sous silence des pistes chiantissimes comme l'interminable "Tropic of Cancer", dans laquelle Lennox sort sa plus belle harpe et sa perruque de sirène pour vocaliser dans le vide, ou encore "Lonely Wanderer", même si dans cette dernière on saura apprécier le conclusion menaçante du morceau, preuve que c'est encore dans l'expérimentation ambiante que Panda boy s'en tire le mieux. Preuve en est la conclusion "Acid Wash" qui fournit un beau potentiel sonore tant que l'ami Noah se lâche à la console et lâche le micro. Dès que Lennox tente de construire quelque chose qui ressemble à une chanson, on tombe dans la redondance et l'insipide. Pour conclure, m'est avis que monsieur Bear serait plus inspiré de se muer en pur ingénieur studio, ou de publier un authentique album d'ambient, ou bien, s'il tient tellement à faire des chansons, de ne pas les écrire ni les chanter lui-même.

Chronique de Yann (Goûte Mes Disques) 8 / 20

Posté le 22/01/2015

En écoutant le dernier album de Panda Bear, je me suis fait la réflexion que la musique de certains artistes ressemble pas mal à des huitres. Objectivement, les huitres, c'est dégueulasse. C'est quand même une espèce de poubelle de mer visqueuse, salée, iodée, qui pue, demande des efforts démesurés pour être consommé et qui vous rend malade une fois sur deux. Pourtant, vous trouverez toujours des foodies pour vous les vanter comme un met des Dieux, pour louer la minéralité qui se dégage de leur fumet. Certains chefs tenteront de vous les préparer au gratin ou en carpaccio pour cacher derrière des épices leur goût immonde, derrière des artifices leur consistance peu ragoutante. Les plus doués réussissent à maintenir l'illusion les premières bouchées, mais très vite, la réalité putride de l'huitre rattrape leur plat.

Et bien, la musique de Panda Bear (et par extension celle d'Animal Collective), c'est exactement ça. Il y a quelques années, il était facile de tomber dans le panneau. On aura pu vous parler d'incantation chamanique, de trance psychédélique. Et même affirmer, avec Merriweather Post Pavilion, qu'Animal Collective, c'était la musique du futur. Sauf que le futur est là, et que la rencontre de Panda Bear avec le Grim Reaper débouche encore et toujours sur la même tambouille indigeste faite de boucles pourries, de voix monocordes et de claviers du plus mauvais goût. Si certains avancent que cet album est plus facile d'accès, et que l'effort est en soi louable, il faudra bien leur rétorquer que Panda Bear n'est accessible que si on n'écoute que de la pop expérimentale (ce qui est très bien, par ailleurs), et que cela ne change rien au fait que ce disque est ennuyant comme la pluie: il ne parle ni au coeur, ni à la tête, et encore moins aux jambes. Dans les meilleurs morceaux (ceux où un minimum d'effort a été mis dans la composition), cela nous évoque un mauvais Beck. Dans les pires, cela ne nous évoque rien, mais sans susciter la moindre curiosité pour autant.

Bref, cela fait bientôt 10 ans qu'on écoute Pitchfork essayer de nous vendre de l'huitre, mais ce dernier plat est celui de trop. La folie débridée et les talents de composition de Panda Bear sont perdus depuis longtemps (depuis Sung Tongs, probablement), et cette fois-ci, la posture moderniste et l'ambition entretenue par complaisance ne suffiront pas à nous faire oublier la pauvreté de ce qu'elle cachait, en fait bien mal, jusque-là.


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