El Pintor

El Pintor

Interpol

11 / 20 2014 Matador Album / CD  Vinyle

Chronique de Machete83 (Xsilence) 11 / 20

Posté le 08/09/2014
El Pintor... Quel titre! Interpol se mettrait donc aux castagnettes et à la guitare flamenco?! Ils s'habilleraient en mariachis vengeurs?! En réalité, il n'y aura d'espagnol que la branlette que l'on aura pu se faire autour de cet album, coincés que nous sommes entre le désir de voir renaître le groupe qu'on a connu fulgurant mélodiquement et l'amertume d'entendre qu'Interpol se perd toujours un peu ailleurs, passe à côté de nous d'un discret signe de tête...

En fait, El Pintor est un anagramme d'Interpol (il m'a fallu un certain temps pour comprendre...), preuve que le groupe en est arrivé à ne plus se faire chier pour choisir ses titres (le prochain: "Le Portin" ?). Le groupe fut bousculé dans ses lettres de noblesse par le départ de Carlos Dengler (d'où la référence hispanisante?), bassiste emblématique de la grande époque, autant dire que le groupe était attendu au tournant.

"All The Rage Back Home", le premier single, pourrait laissait présager d'un groupe qui se dépasse à nouveau: intro classique mais refrain plus nerveux qu'à l'accoutumée, urgence de la section rythmique (Paul Banks se chargeant de la basse en studio), maturité... Tiens... Cependant, on ne retrouvera cette urgence et cette électricité que sur "Ancient Ways", la basse est moins mélodique, plus rentre dedans et cet Interpol a pu nous manquer.
Mis à part ces deux titres, le groupe continue d'évoluer dans un registre plus travaillé et mid-tempo, les parties de batterie de Samuel Fogarino sont toujours aussi intéressantes mais ne suffisent pas à rendre l'ensemble des morceaux complètement captivants.
Il y a toujours des riffs originaux comme sur "My Desire" ou "Same Town New Story" (et putain quelle intro ! Malheureusement, le morceau tombe en dépression passé ces quelques secondes magiques...). "Everything Is Wrong" tente de retrouver la magie de Carlos Dengler et reste quand même un beau morceau new wave et abyssal.
On sent que le groupe se cherche, se regarde dans un miroir déformé désormais, mais il s'éloigne de l'auditeur. Cet éloignement peut avoir quelque chose de beau, si on accepte de s'y résigner. Dans le cas contraire, les chansons vous passeront dessus, comme des petites vagues, la marée haute étant finie.

Attendrons-nous un 6e album? Y aura -t-'il toujours cette curiosité ? Il faut accepter qu'Interpol ne brûle plus, mais se consume de l'intérieur, à l'image de sa musique qui contient encore un peu de braise, mais qui est trop sous la coupe de vents contraires pour que le feu prenne véritablement.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 12/09/2014

Quand on s’appelle Interpol et qu’en 2002 on a sorti sur Matador un classique indémodable comme Turn On The Bright Lights, c’est autant une bénédiction qu’un cadeau empoisonné. Une bénédiction car depuis, la bande à Paul Banks cachetonne sérieusement sur la notoriété acquise à l’époque alors que la qualité des albums depuis pondus est inversément proportionnelle à la folie médiatique qu’ils déclencent. Mais un cadeau empoisonné également, car en se servant du premier album comme étalon-or, on enquille les déceptions depuis une bonne dizaine d’années, à un point tel qu’aujourd’hui, la sortie d’un nouvel album d’Interpol nous en touche une sans bouger l’autre. Pourtant, lorsque le premier single issu de The Pintor a fait surface, on a tiré une drôle de tronche. Ben ouais, c’était d’une efficacité redoutable et ça renvoyait à cette froideur qui nous avait fait tomber fou amoureux du groupe à l’entame des noughties. Ou comment rallumer la flamme post-punk en 4 minutes et 22 secondes. Ce cinquième album désormais rincé et analysé avec toute la distance qu’il mérite, on peut vous confirmer qu’Interpol nous a fait le même coup que les Kings of Leon avec leur Mechanical Bull l’année dernière: consciente d’être à bout de souffle et à court de bonnes idées, la bande new-yorkaise a opéré un repli stratégique, synonyme de retour en arrière et de frottement explicite de la corde sensible. Une choix de carrière qui résonne autant comme une décision frappée au coin du bon sens que comme un aveu d’impuissance créatrice. Ainsi, El Pintor, loin d’atteindre les sommets de Turn On The Bright Lights, tend à se rapprocher d’Antics, soit un disque bien écrit et bien produit, capable de tenir la route grâce à une poignée de singles plutôt redoutables, dont certains ressemblent à s’y méprendre à des choses qu’on a déjà entendues chez eux. A l’arrivée, il en ressort un sentiment assez paradoxal: car s’il est bien difficile de ne pas reconnaître à El Pintor des qualités certaines, il témoigne surtout de l’incapacité d’un groupe à se renouveler ou à élever un tant soit peu son niveau de jeu. Dommage, mais trop quand même donc.


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