Chronique de X_Lok (Xsilence)
Quadrupède n'est clairement pas dans la performance. Ok, ils jouent vite, le batteur se mue en pieuvre par endroit, mais c'est toujours au service du morceau. Les rythmiques se font ethniques, la guitare se la joue africaine par moment (Ali Farka Touré fait des émules lui aussi), les titres prennent vie, et se remplissent de sens en même temps. Un titre comme "Mambo Pomelo", morceau à tiroir par excellence, résume bien l'idée qu'on peut se faire de Quadrupède. L'album en entier s'écoute comme un seul morceau, avec ses breaks noisy & succint ("Via Là" ne dure presque pas plus d'une minute), & "Rhododendron" reprend presque là où le précédent s'est terminé. Avec ses nombreux effets de manche analogiques, Togoban s'écoute d'un trait, il faut presque l'écouter les yeux rivés sur le chrono du lecteur cd pour en distinguer les pistes. Ce qui ôte une bonne part de de magie à l'ensemble, vous en conviendrez. Bien sûr, on retrouve par moment du math-rock bête & méchant, mais quand c'est bien amené, et avec parcimonie, on en redemande. Surtout l'album à la bonne idée de se terminer avec la perle "Adulthood".
Pour un premier album, Quadrupède a vraiment visé juste, et même si fatalement, l'association batterie/synthés/guitare fait penser aux Montpelliérains de Marvin, ces deux gars de la Sarthe n'ont rien à leur envier, ce Togoban est une vraie bonne surprise, addictive juste comme il faut.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
L’intérêt même des sous-genres musicaux, c’est qu’ils peuvent se permettre d’évoluer en vase clos, en marge des modes ou des hypes. C’est d’ailleurs cette tendance au repli identitaire qui les pousse à végéter parfois longtemps dans un certain anonymat, pour le plus grand bonheur des fans qui traînent dans ces cercles d’initiés pour la sécurité et la quiétude médiatique qu’ils garantissent. Dans cette optique, la communauté math-rock fait son petit bout de chemin sans se préoccuper des autres, consciente du talent de ses forces vives et de l’amour que portent ses fans au genre. Evidemment, il y en a toujours pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, pour tenter des expériences diverses et variées. Comment ne pas évoquer les cas de Battles, qui ont repoussé les limites de l’expérimentation sur Warp, ou de Foals, dont les accointances avec des formats plus pop leur ont offert une notoriété immense. On peut ajouter dans cette catégorie de bidouilleurs géniaux les Manceaux de Quadrupède, qui font exploser quelques barrières avec leur premier album, qui débarque une grosse année après un premier EP bordélique et mal dégrossi. C’est d'ailleurs quand on écoute ce trois titres sorti en 2013 que l’on prend conscience du chemin parcouru par le duo français, qui nous balance à la tronche ce TOGOBaN d’une énergie dingue et d'une précision chirurgicale. Cet album de math-rock qui tire sa spécificité d’un mariage de raison avec l’electronica, il s’amuse à faire exploser les murs de la chapelle dans une ambiance fiévreuse, à démonte la guinguette pièce par pièce sans que personne ne pipe mot. En même temps, vu comment le duo français nous attrape par la gorge d’entrée de jeu, difficile d’ouvrir la gueule pour avoir quoi que ce soit à y redire. On devient alors la victime impuissante (mais on vous rassure, c’est plutôt plaisant) d’une tornade qui arrache tout sur son passage. Et comme toute bonne tornade qui se respecte, les dégâts sont maximums en un minimum de temps. C’est une évidence: les mecs de Quadrupède ne sont pas venus pour beurrer les sandwiches. Leur TOGOBaN, il ne passe même pas le cap de la demi-heure, et ne compte au final que quatre ‘vrais’ morceaux - les trois autres font plutôt office d’interludes. Mais on s'en bat plutôt les steaks, vu le dosage parfait des ingrédients et la qualité du produit fini. Gros taf donc.