Jean Louis Murat & The Delano Orchestra - Babel

Jean Louis Murat & The Delano Orchestra - Babel

Jean Louis Murat

18 / 20 2014 PIAS Album / CD  Vinyle

Chronique de TheKenoshaKid (Xsilence) 20 / 20

Posté le 25/08/2015
Il y a deux sortes de bons albums : ceux qui grandissent peu à peu et révèlent toute leur force après plusieurs écoutes, quand ils ont eu le temps de s'ancrer en vous, et puis il y a ceux qui attaquent sans attendre, et qui deviennent instantanément importants. Babel est de ces derniers.
Le concept d'album a beaucoup perdu de son sens : on ne les considère plus que comme des listes de dix ou douze chansons réunies sous un même titre et derrière une jolie pochette. Jean-Louis Murat (avec ses amis du Delano Orchestra) crée avec Babel un objet qui forme un tout, et dont la puissance dépasse la somme de ses constituants.
Vingts chansons, et des images à foison : on embarque sur les routes nocturnes et pluvieuses, les phares de la voiture qui interceptent les gouttes d'eau (les photos sont dans le livret), le son hypnotisant des essuie-glace... On visite des endroits qu'il nous semble déjà connaitre : Col de Diane, Sancy...
Le pouvoir hallucinogène de Babel réside dans l'osmose parfaite entre JLM et le Delano. Musicalement, ils se retrouvent dans ce mélange de folk/rock à la française, mais c'est au final bien plus que ça. Dès la première piste ("Chacun Vendrait Des Grives") le ton est donné : batterie syncopée, guitares à tendance blues, trompette envoûtante, tout est en place pour un grand voyage. Les grandes étapes ("Dans La Direction Du Crest" : 7min, "Mujade Ribe" : 9min, "Le Jour Se Lève Sur Chamablanc" : 7min) sont entrecoupées de chansons tantôt ouvertement Blues ("Blues Du Cygne", Col De Diane) ou de chansons plus habituelles chez Murat et son chant léger et grave : ("Tout M'Attire", "Frelons d'Asie", "Long John") et même d'un moment joyeux (oui, joyeux chez JLM, vous avez bien lu !) : "Camping à La Ferme". Dans ce double album, chaque seconde compte et n'existe que juxtaposée aux autres pour former cette étrange et fascinante architecture.

On ne revient à coup sûr pas indemne de ce voyage en Auvergne : c'est parfois sombre, entêtant, et on se retrouve parfois à répéter des phrases comme des prières païennes ("Arrête frère, c'est la poussière rien ne peut l'arrêter/où vont les morts, Mujade Ribe, arrête d'y penser"). Babel mérite qu'on l'écoute, qu'on le réécoute, qu'on y repense, qu'on y revienne de temps en temps pour retrouver ce plaisir et cette impression, indemnes, que c'est la nuit et qu'au pied de ce volcan, on n'est finalement pas si mal que ça.

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