Chronique de X_YoB (Xsilence)
Exit les sons nouveaux, ciao les inventions et les risques, et autant de titres au-dessus de trois minutes que sur le disque précédent pour moitié plus de tracks. Ce coup-ci, c'est droit au but. Les riffs gras nirvaniens donnent le ton ("Psychomatic" !), greffés avec la même justesse à une humeur Beatles mélodique. Les coups de griffes saturés ont ici définitivement la vedette, au point de se noyer les uns dans les autres. Problème qui ne peut aller qu'en grandissant dans le répertoire de The Vines : à force de se suivre en se ressemblant, les chansons sont de plus en plus difficiles à distinguer. Des fourberies rageuses efficaces qu'on aimerait retenir plus facilement. "Love Is Gone" ou "Girl I Want" valent le détour, mais ne nous laisse, encore une fois, pas le temps de nous attarder.
Grande première par ailleurs, il faut passer la moitié du premier skeud pour se taper une petite ballade saveur guitare folk, et le peu de ses camarades seront si inodores qu'on aura également l'impression de se coltiner les mêmes mélodies calmes sur tout le disque, voire depuis plus de dix ans... A un "Into The Fire" près, les arrangements bridés (certainement en partie pour convenir à la formation désormais réduite) auront raison de notre patience. Malheureusement, domine à nouveau et comme jamais la sensation de ne rien avoir sous la dent alors qu'on nous gâte à mort. Qu'on nous abandonne un peu trop vite alors qu'on vient de se taper deux fois plus de riffs que d'hab'.
A coup sûr, le prochain album sera bien meilleur... not.
Chronique de Amaury L (Goûte Mes Disques)
A 37 ans, le génial (mais toujours aussi atteint) Craig Nicholls est à un tournant de sa carrière. Après un Future Primitive (2011) boudé par la critique, le cerveau dérangé des Vines a dû repenser sa façon de concevoir de la musique suite aux départs successifs du guitariste, bassiste et batteur d'origine, désireux d'explorer de nouveaux horizons. On ne va pas se mentir, connaissant l'état mental de Nicholls (il souffre du syndrome d'Asperger, un trouble autistique), on n'aurait pas parié une sucette sur son groupe après ce séisme émotionnel. Pourtant le groupe est de retour, et le moins que l'on puisse dire, c'est que le sieur Nicholls ne semble pas prêt de jeter l'éponge. Loin s'en faut, c'est avec un double album (22 titres!) que le groupe australien nous revient, et dont le second disque est produit entièrement, chose nouvelle, par Craig Nicholls en personne. Par ailleurs, c'est également le premier disque que les Vines sortent sur leur propre label, Wicked Nature Music, en faisant appel au crowdfunding (décidément en vogue ces temps-ci) via le site PledgeMusic. Cette toute nouvelle liberté créative, on ne va pas se mentir, on ne la ressent pas nécessairement tout au long des 54 minutes que durent Wicked Nature. On pouvait s'attendre à ce que Nicholls profite d'être seul maître à bord pour libérer toutes les élucubrations soniques qui encombrent sa tronche de cake, mais il n'en est rien. Ce nouveau disque des Vines est conservateur, mais dans un sens qui n'est pas péjoratif. Nicholls y donne libre cours à son imagination, que certains pourront juger limitée, mais qu'on ne peut dissocier de son amour porté au Beatles, et à John Lennon en particulier. Ainsi, l'on ne peut que se souvenir de sa reprise de "I'm Only Sleeping" lorsqu'on entend le titre "Clueless" du second album, chanson loin d'être réussie mais qui offre à l'auditeur toute l'étendue du talent vocal de Nicholls. Evidemment, on retrouve ici tout ce qui constitue les soubassements du son des Vines, même si les mauvaises langues diront que ce n'est que du Nirvana pour émasculés : refrains chantés en chœur (enfin, avec plusieurs Craig Nicholls multipistés, quoi), gros accords de puissance (rappelant plus L7 que Nirvana, mais chacun ses portugaises) pour les refrains, s'imbriquant parfaitement avec des couplets qui mettent en jeu une guitare indie so 90's et surtout, CETTE VOIX. Si un morceau de Wicked Nature devait illustrer toutes les caractéristiques précitées, ce serait sans doute "Psycho-matic", un grunge lourd comme une bille de chemin de fer. Tout ce matos est bien sûr entrecoupé de plaisantes ballades langoureuses, domaine dans lequel Nicholls excelle, à l'instar des sublimes fragments du titre "Autumn Shade" éparpillés sur ses précédents albums. Ainsi, on a droit à pas moins de six morceaux plus calmes répartis sur cette double galette, pour la plupart bien conçus. En définitive, bien que peu inventif, on peut dire que ce double album des Vines est plutôt une bonne nouvelle puisqu'on tient la preuve que Nicholls pourra continuer à accoucher de bons gros morveux insolents jusqu'en 2050. Car, merde, qui va aller se plaindre d'un cocktail Nirvana/Beatles sans se faire passer pour l'empereur des pisse-vinaigres ? On n'invente plus rien quand on tient la formule. Nicholls tient la sienne et la garde bien enfouie au creux de son âme désaxée, produit magnifique d'une nature tordue qui l'aura mis au monde 10 ans trop tard...