Lost In The Dream

Lost In The Dream

The War On Drugs

18 / 20 2014 Secretly Canadian Album / CD  Vinyle

Chronique de Beckuto (Xsilence) 18 / 20

Posté le 18/03/2014
Lost In The Dream est ce qu'appelleraient les anglophones un "grower", c'est-à-dire un album qui s'apprécie de plus en plus au fil des écoutes. Il a beau durer une heure, vous n'aurez nullement la sensation de vous ennuyer, au contraire vous en redemanderez sûrement pour pouvoir continuer votre voyage rempli d'Americana.

Il semble que pour ce nouveau disque Adam Granduciel ait été influencé par son pote Kurt Vile et son dernier Wakin On A Pretty Daze; de longues compositions riches et aériennes qui s'entremêlent à merveille, pour donner un disque logique et de grande qualité. En fait l'un peut être l'accompagnateur de l'autre, et l'écoute des deux albums consécutifs est une expérience agréable à vivre. La seule véritable manière pour différencier ses deux univers semblables est de voir chez quel autre grand nom de la musique ces musiciens puisent leur inspiration: Neil Young pour Kurt et Bruce Springsteen pour Adam.

Ce disque, il faut le voir comme une longue traversée de l'Amérique en voiture. De l'Americana comme dit plus haut, ça sent le soleil, le désert, la liberté. "Red Eyes" et "An Ocean Between The Waves" en sont sûrement les meilleurs exemples, ça commence calmement et s'accélère au fil du morceau; suffit de fermer les yeux pour s'y croire. La country-folk s'invite aussi avec la belle ballade au piano "Suffering" ou les très influencés Bob Dylan "Eyes To The Wind" et la chanson titre. D'autres compositions sont plus hypnotiques et remplis d'échos, c'est le cas de "Disappearing" et de l'outro très aérienne de "Under The Pressure", single imparable. Mais aussi de "The Haunting Idle" qu'on pourrait considérer comme un interlude assez inutile, jusqu'à ce qu'on se rend compte qu'elle sert à préparer l'explosion qu'est "Burning" et là on se dit qu'ils ont parfaitement joué leur coup. Alors qu'on pouvait commencer à se reposer, voir s'endormir si vous écoutez ce disque la nuit, BOUM ils repartent de plus belles avec ce titre encore très inspiré Springsteen, et certainement un des plus réussis de ce troisième essai. En guise de conclusion, "In Reverse" est parfaite. Imaginez qu'après votre longue traversée, vous soyez arrivé près d'une falaise face à l'océan; que vous vous y posez et observez le soleil couchant à l'horizon... Vous vous sentez apaisé ? C'est l'effet qu'aura cette chanson sur vous.

Et là vous vous rendrez compte que vous avez lancé votre CD, votre vinyle ou autres, il y a de çà une heure et pourtant que le temps est vite passé. The War On Drugs vous aura eu et vous repartirez volontiers pour un autre road-trip.

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 20/03/2014

Le groupe d'Adam Granduciel chercherait-il à jouer dans la même catégorie qu’Arcade Fire? C’est en tous cas ce que l’on se dit avec le premier single ("Red Eyes") et l'entame de Lost In The Dream. Un rock héroïque qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ce que les Canadiens avaient pu produire sur The Suburbs, un disque sur lequel planait plus que jamais l'ombre de Bruce Springsteen. Cela s'entend en particulier dans la voix de Granduciel, dans ce phrasé, dans cette façon d'appuyer, d'accélérer et de tordre le rythme des mots.

Un changement somme toute logique quand on le compare à Slave Ambient, le précédent album, où synthés et aspirations plus "hi-fi" faisaient leur apparition sur quelques titres. Cependant, à l'écoute d'un morceau comme "Suffering", c'est surtout la capacité de Granduciel a avoir synthétisé une somme d'influences assez considérables et disparates qui frappe: Neil Young pour l'omniprésence de la guitare ("Red Eyes"), le krautrock pour les rythmiques motorik ("An Ocean In Between The Waves"), la new wave pour les claviers ("Burning"), l'ambient de Brian  Eno pour les longues plages minimalistes et synthétiques souvent en fin de morceaux, Bob Dylan pour le storytelling et l'art de ne pas respecter la métrique ("Eyes To The Wind"), le classic rock voire le soft rock californien pour les voix et certaines harmonies ("Disappearing").

Des influences totalement digérées et recomposées dans ce qui ressemble aujourd'hui à l'album le plus ambitieux du groupe où songwriting, chant et production sont parfois poussés aux limites du bon goût (dont il est bon de rappeler toute la relativité, notamment historique) mais pour un résultat on ne peut plus convaincant et qui, si on doute fortement que la troupe à Granduciel devienne un jour un groupe de stade, donne à entendre une oeuvre pour laquelle envies de grandeur ne sont pas nécessairement synonymes de musique au rabais.


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