Bankrupt!

Bankrupt!

Phoenix

18 / 20 2013 Loyauté/Glassnotes Album / CD

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 8 / 20

Posté le 26/04/2013

Parfois, la différence entre un très bon groupe et un grand groupe peut se révéler particulièrement difficile à établir – un peu comme celle qui sépare le bon du mauvais chasseur en somme. Dans le cas de Phoenix, si l'on se base sur la campagne promotionnelle qui a mené à la sortie de Bankrupt! (et l'engouement un peu disproportionné qui allait avec), les louanges qui ont suivi la sortie d'un Wolfgang Amadeus Phoenix pourtant pas bien renversant, ou la place qu'occupait il y a quelques jours encore le groupe à l'affiche de Coachella, force est de reconnaître que l'on tient là l'un des groupes les plus importants de sa génération.

Pourtant, les Versaillais ont depuis Wolfgang Amadeus Phoenix un très gros problème: ils nous sortent quelques titres impeccables sans l'album solide qui devrait les accompagner. En effet, aujourd'hui, le public retient de la bande à Thomas Mars "1901" et "Lisztomania" en oubliant deux choses, aveuglé qu'il est par le matraquage de ces deux titres: que le reste du disque était quelques crans en dessous de ces parfaites saillies, et qu'avant cela, le groupe a aligné les albums impeccables et cohérents – mais on parle de la longue période de désamour entre Phoenix et son public français, celle du nerveux It's Never Been Like That ou de l'ensoleillé Alphabetical. Certes, on connaît des groupes qui ont bâti des carrières sur base de quelques bombes imparables (et on pense tout de suite à Bloc Party), mais quand lesdites bombes commencent à disparaître des albums, cela devient gênant. Et c'est justement le gros problème auquel on est confrontés avec Bankrupt!.

Car si l'on met de côté la production clinquante et XXL d'un Zdar qui donne dans la débauche d'effets de manche jusqu'à l'écœurement, il ne reste pas grand-chose pour satisfaire les amateurs de pop raffinée et de mélodies finement ciselées. Au mieux des bribes d'idées, souvent égarées dans un refrain ou un pont, mais qui ne parviennent pas à sauver un titre dans son intégralité. Boursouflé et sans âme, Bankrupt! est un disque dont on ne retient rien, si ce n'est sa tentative désespérée de nous en foutre plein la vue alors que c'est quand il en faisait le moins que le groupe est le plus irrésistible. Il y en aura certainement pour vous dire que Bankrupt! est de ces disques qui s'apprivoisent, que Phoenix n'a pas lésiné sur les ambitions ou que derrière ces giclées synthétiques se cache l'habituel travail d'orfèvre des Français. On leur rétorquera quand même que malgré sa flamboyance de surface, Bankrupt! est un disque de pop tout ce qu'il y a de plus classique, et que cette musique ne nécessite pas une vingtaine d'écoutes pour être apprivoisée, sans quoi on rentre dans le domaine de l'endoctrinement de plein gré.


Chronique de Id3Y (Xsilence) 20 / 20

Posté le 23/04/2016
Il y a des albums que l'on apprécie avec le temps, qui se bonifient comme le vin. Je pense à Mezzanine de Massive Attack, Rock Bottom de Robert Wyatt ou Bankrupt! de Phœnix. Ce sont ces albums que je préfère car ils sont intemporels et nous collent à la peau...

La première fois que je l'ai écouté, Bankrupt! était difficile à aborder pour moi, car c'était inattendu, avec de nouvelles sonorités, avec plus d'électro, avec un rythme assez différent des précédents albums (j'ai adoré United et Wolfgang Amadeus Phoenix). Mais je n'ai pas été déçu pour autant, j'ai même ressenti une grande bouffée d'air frais ! Trois ans plus tard, je ressens une IMMENSE bouffée d'air frais !


Le début énergique et dépaysant d'"Entertainment" (place à l'Asie) nous met direct dans l'ambiance, et pour cause c'est la première musique que le groupe Versaillais passait à ses concerts de 2014. Le rythme effréné et les arrangements complexes nous montrent que le groupe a travaillé dur, qu'ils veulent encore nous surprendre, que c'est un vrai groupe obsédé par la création.

Puis vient "The Real Thing", difficile à aborder en terme de rythme au début, mais très poétique si on se penche sur son texte. De plus il y a un grand sentiment de "reviens-y", comme dans tout l'album d'ailleurs. Ce qui est génial avec les textes de Thomas Mars c'est qu'ils sont tellement "flous" que l'on peut facilement interpréter l'histoire chantée et même s'y identifier. J'adore le refrain : "Pour lava in the ocean, turn the eternal carousel on, follow follow follow me, holy father and so, it's odd enough for you to live on, so long so long Salomé..."

"S.O.S In Bel Air" redonne le punch que propose "Entertainment" avec un refrain très dansant. Je trouve d'ailleurs notable que cet album oscille entre punch et phase : un coup Bankrupt! nous fait planer, l'autre coup "Drakkar Noir" nous stimule avant de rephaser sur "Chloroform". Ce que j'aime dans "S.O.S In Bel Air" c'est sa mélodie en fait, c'est une de mes chansons préférées de l'album car elle s'accorde parfaitement aux paroles : le début est comme la respiration haletante d'un amoureux, le refrain "When you can't cross the line but you can't stop trying, alone alone alone" est comme l'hésitation à avouer son amour, puis la fantastique mélodie planante "crystal or bamboo, voyageur canoe" veut tout dire pour moi. L'amour c'est des montagnes russes (voyageur canoe) et on doit choisir entre superficiel et sain, ou même entre rare et commun (crystal or bamboo). Bref, l'union entre texte et mélodie est fantastique et ça donne le moral, surtout après une rupture amoureuse.

Vient maintenant "Trying To Be Cool", l'un des titres les plus remixés de l'album (et de bons remixes d'ailleurs, cf. Breakbot et A-Trak). Cette chanson est parfaite pour se sentir en été, pour se sentir cool, pour sourire quoi. Mon passage préféré "Mint julep testosterone" me rappelle que ma testosterone c'est cet album. C'est toujours aussi génial au niveau du texte, ça parle de thèmes différents (le monde du travail) du coup ça m'évoque "Too Young" de l'album United. Il y a un truc super frais dans cette chanson, même 3 ans après sa sortie. J'adore la chute du morceau quand finalement le chanteur se rebelle : depuis le début il dit "Tell me that you want me", puis à la fin il se révolte "Tell me what they want is...... Gruesome, I don't care where you're from". Ça me fait rire à chaque fois. Pour finir, la transition vers le morceau "Bankrupt!" est super fluide (ça montre bien que chaque morceau doit être écouté dans l'ordre de l'album, car tout est pensé en ensemble).

"Bankrupt!", parlons-en. C'est le nouveau départ, tout recommence, magnifique track. Ça me rappelle bien sûr le génie du morceau "Love Like A Sunset" du précédent album, qu'ils avaient là aussi commencé au début du projet et terminé à la toute fin. Ce genre de morceau est toujours celui que j'attends le plus chez les Phœnix, car c'est le plus space, on le trouve dans chacun de leurs albums ("North" dans It's Never Been Like That par exemple). Mais avec "Bankrupt!" on atteint un tout autre niveau : une première partie avec une basse pesante (comme si on se la coulait douce dans la vie), puis un synthé transcendant en deuxième partie (comme si on avançait à vive allure dans la vie mais dans la mauvaise direction), et un final délivrant (mais surtout ironique dans le texte je trouve). Le texte explique tout l'album : la richesse ne fait pas tout, on est seul, l'amour est faux. C'est en quelque sorte le piège qu'ont évité les Phœnix après l'immense succès de leur précédent album, ils n'ont pas voulu assister à leur Banqueroute ni à la mort de leur talent, ils se sont renouvelés en choisissant leur propre direction.
A chaque écoute, je commence un nouveau voyage, je renais de mes cendres comme un Phœnix car c'est ultra purgatoire, c'est une sorte de catharsis.

Comme dit précédemment, l'oscillation poursuit son chemin et on repart donc sur "Drakkar Noir" au rythme effréné. Il faut voir son clip produit par The Creators Project, il vaut le détour ! Ce que j'aime avec ce morceau c'est son côté un peu baroque dans ses sonorités (entre 1:05 et 1:20 notamment), c'est une fois de plus très recherché et entrainant. Ils sont forts. Le refrain et le final sont entrainants, et la transition vers "Chloroform" est extrêmement fluide.

En effet, place à "Chloroform" : envoûtant, nostalgique, beau. Je me suis identifié au texte, ça fait du bien, car je comprends la musique à ma façon. Le piano donne de petits frissons quand il résonne, et la fin du morceau m'évoque beaucoup les pubs Kinder Maxi car dedans les gens se détendent sur un petit nuage (c'est le passage préféré du guitariste Laurent Brancowitz). D'ailleurs le clip du morceau réalisé par Sofia Coppola est exceptionnel. Il y a un truc d'inexplicable dans "Chlorofom", vraiment un morceau agréable à écouter. Même dans le texte je le trouve intéressant car j'ai l'impression que pendant tout le morceau le chanteur imite son amoureuse cruelle ("Why would I long for you ?"), et que seulement dans le refrain il exprime sa propre peine ("My love is cruel").

"Don't" c'est le titre le plus énergique de l'album, un pur courant électrique qui traverse le corps juste après la relaxation de "Chloroform" (ce qui confirme l'idée d'oscillation qui est en elle-même une forme d'énergétique). Elle me donne un punch incroyable et le refrain puissant me reste dans la tête comme je l'aime. Jusque là l'album n'est pas ennuyeux, on ne voit même pas le temps passer, et ça ne va pas s'affaiblir par la suite.

"Bourgeois", que dire... C'est ma chanson préférée, c'est un chef-d'œuvre, il n'y a pas d'autre mot. Elle est belle, c'est un hymne à l'amitié, à la jeunesse, à la liberté. Je l'ai chantée je ne sais combien de fois avec mes amis. Les musiciens ont trouvé une mélodie parfaite, elle est très mélancolique mais très puissante aussi. Quand on crie 'Bourgeois!', on critique et on salue à la fois, on s'exprime, on hurle, on est jeune. C'est ça la plus grande force de Phœnix, comme le dirait Philippe Zdar leur producteur, dans chaque musique ils essaient d'exprimer l'émotion de leurs 17 ans.

Leur dernier morceau, "Oblique City", est un final époustouflant. Les paroles sont belles, les instruments quasi oniriques et le refrain très punchy. La dernière minute est émouvante je trouve, il y a simplement une guitare et une voix puis on profite comme si on était à la plage un soir d'été. C'est la fin d'une aventure, la fin d'un amour, la fin des vacances peut-être... Mais on a le sourire. Alors on écoute les dernières notes nous bercer avec la voix de Thomas Mars puis on s'endort dans notre ville oblique, avec le sentiment d'avoir passé un bon moment.

Chaque écoute de Bankrupt! est différente, c'est un voyage toujours plus puissant et qui propose diverses émotions à mesure que l'on explore le travail de Thomas Mars, Deck d'Arcy, Laurent Brancowitz, Christian Mazzalai et Philippe Zdar. Le plus beau dans tout cela, c'est qu'on peut l'écouter encore, encore et encore... Et chanter encore, encore et encore...

Bourgeois !

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