If I Had A Hi-Fi

If I Had A Hi-Fi

Nada Surf

6 / 20 2010 MarDev Compilation d'inédits / CD

Chronique de X_YoB (Xsilence) 6 / 20

Posté le 30/04/2010
On savait Nada Surf les pieds en éventail dans un hamac pop-rockounet tout confort qui fait des bulles et-tout depuis son troisième album, le voilà qui nous prouve à quel point sa formule n'a pas de saveur. Rien de mieux qu'un album de reprises pour constater, comparaisons à l'appui, que la patte d'un artiste peut être aussi importante que ses chansons.

Nada Surf, c'est "clairement" de l'estompe : douze titres durant, notre trio s'acharne à vider une poignée de ses titres fétiches de leur caractère. On s'en doute sur le "Electrocution" de Bill Fox, ça paraît évident avec le "Love Goes On" de The Go-Betweens, et définitif au "Love And Anger" de Kate Bush. Le groupe ne fait aucun effort pour surprendre, ne prend strictement aucun risque en restant dans les limites et durées des originaux. Il rejoue simplement les titres à sa sauce sucrée, chargeant les plus dénudés de guitare-basse-drums-arrangements inutiles mais obligatoires pour ne pas qu'un membre du groupe s'ennuie ; ou ne se sert que des paroles, ou les deux à la fois. Le monolithe "Enjoy The Silence" se fait raboté à la girafe pour finir en soupe tiédasse dans laquelle tout piment émotionnelle a été expurgé. Parvenir à faire de son motif et son incroyable refrain des gimmicks pop irritants est en soit un exploit... Il est même possible que les gus se soient mélangé dans leurs partoches tant le traitement de "Question" ressemble davantage à "I Wanna Be Your Dog" qu'à une chanson hippy des Moody Blues.
Extirper toute substance punk-garage intéressante des stimulants Soft Pack, imiter Arthur Russell, réparer la déglingue magique de Spoon... Non. Faut vraiment que le groupe soit mauvais ou insupportable pour trouver un moindre intérêt aux versions mièvres qu'on nous propose. Les mollassons Silly Pillows (ZzzZZzzz), la popinette boborgeoise de la frangine Biolay (beurk!), les semi-amateurs hispanique Mecromina (presque meilleur n'empêche...) ne pouvaient finalement pas rêver mieux comme tremplin promotionnel. Toute la sympathie que nous inspire le groupe nous remplie de tristesse à l'écoute d'un album aussi vain et compromettant. La seule chose de réellement adroite sur cet album, c'est le palindrome.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 14/06/2010

Un petit "Popular" et puis s'en va. Voilà comment les esprits chagrins et les mauvaises langues résument depuis toujours la carrière de Nada Surf. Pourtant, depuis que ce titre est sorti en 1996, le groupe américain n'a jamais cessé de prêcher la bonne parole pop-rock, et avec classe et efficacité s'il-vous-plait. Depuis le très médiatisé High/Low, quatre autres albums sont ainsi venus garnir la discographie d'un groupe jamais pris en défaut, et qui a préféré s'en tenir à sa ligne de conduite plutôt de capitaliser sur une hype qui lui aurait probablement coûté sa carrière. D'ailleurs, le public ne s'y est jamais trompé, et malgré une exposition médiatique finalement limitée, le plus francophile des groupes US continue de remplir les salles et de séduire les organisateurs de festivals. Forcément, vu leur popularité, Matthew Caws, Daniel Lorca et Ira Elliott peuvent aujourd'hui se permettre quelques "caprices", comme celui qui consiste à sortir sur un petit label un album de reprises.

On le sait, cet exercice compte parmi les plus casse-gueules de la profession et a causé par le passé bien des critiques et des éclats de rire. Mais c'était sans compter sur le savoir-faire de Nada Surf qui, une fois de plus, parvient à séduire grâce à cette simplicité et cette énergie qui en ont fait un groupe si attachant. Et alors que les trois New Yorkais auraient pu enquiller les réinterprétations pantouflardes de standards vendeurs, ils ont opté pour des titres souvent peu connus du public. En fait, la seule fausse note commise sur If I Had a Hi-Fi intervient lorsque Nada Surf se casse la gueule en tentant d'offrir sa relecture, pourtant pas si inintéressante que cela, du "Enjoy The Silence" de Depeche Mode, le genre de titre dont la reprise devrait être proscrite tant ce monument se suffit à lui-même. En festival, c'est certain, le morcequ fera un tabac auprès d'un certain public pas toujours regardant sur la qualité. En ce qui nous concerne, on préférera à cette petite faute de goût tout à fait pardonnable le reste du disque, fait de reinterprétations de titres moins connus écrits par des artistes qui n'ont rien de manches (Spoon, The Moody Blues, Kate Bush, The Soft Pack, The Go-Betweens, etc).

Mais ce qui rend If I Had a Hi-Fi particulièrement intéressant, c'est le fait que ces titres bien souvent obscurs donnent finalement l'impression d'entendre une nouvelle galette de Nada Surf. En effet, plutôt que de coller au derche des orginaux, le groupe a préféré appliquer la recette de son succès à des titres couvrant une large palette de genres et d'époques. Au final, on se retrouve ainsi avec un disque extrêmement agréable qui aligne les morceaux joliment écrits et intelligemment restitués à la mode power-pop par un groupe qui s'inscrit au fil des ans comme un exemple parfait de force tranquille.


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