Here And Nowhere Else

Here And Nowhere Else

Cloud Nothings

17 / 20 2014 Water Music Album / CD  Vinyle

Chronique de Blackcondorguy (Xsilence) 17 / 20

Posté le 01/04/2014
Comme beaucoup, j'ai découvert Cloud Nothings grâce au buzz qu'a fait l'excellent Attack On Memory. Et oui, je n'étais pas des fans de la première heure du projet de Dylan Baldi. Au temps pour mon indie credibility.

Avec la claque que nous a mis le précédent disque, autant dire qu'on était nombreux à l'attendre de pied ferme, ce successeur. Le groupe qui au départ n'était qu'une façade pour jouer en live s'est véritablement formé et joue maintenant ensemble sur les albums également. Il s'agit donc ici, à proprement parler du deuxième album de Cloud Nothings en tant qu'entité. Et comme il parait que l'étape du deuxième album est particulièrement casse-gueule, cela faisait une raison de plus d'attendre Here And Nowhere Else au tournant.

D'un point de vue strictement formel, on est assez proche d'Attack On Memory : 8 morceaux pour une trentaine de minutes. Même la pochette consiste en une photo de paysage en noir et blanc (sauf que là, il y a un cadre noir). On peut donc craindre que le groupe se soit contenté de reprendre la même formule à l'identique, crainte d'autant plus grande que les 2 morceaux d'ouverture sont loin d'avoir la force de "No Future/No Past" et "Wasted Days". En même temps, ils sont beaucoup plus courts. Et, l'un dans l'autre, plutôt bien foutus. Après les craintes et, n'ayons pas peur des mots, la déception que peut procurer la première écoute en comparaison, on en vient très vite à constater que :
1) Here And Nowhere Else n'est pas une pâle copie de son prédecesseur.
2) l'album est bien construit et réussit même à palier aux défauts du précédent.
Car le gros problème d'Attack On Memory, c'était précisément de commencer par ses meilleurs morceaux, et de loin. Les autres, bien que tenant la route, paraissaient donc fades et on en venait vite à n'écouter que les deux premiers morceaux pour délaisser le reste. Ici, le tout est d'une qualité équivalente, et chaque morceau ou presque s'apprécie pour ce qu'il est. L'album ne s'essoufle pas, ou peu et repart après.

L'autre crainte, quand on lisait les interviews de Baldi, c'était que ce nouveau disque plonge dans un délire bruitiste. Celui-ci aimait à répéter qu'il avait pris plus de plaisir dans la déconstruction des morceaux et en s'éloignant des structures pops. C'est bien gentil sur le papier, mais ça peut vite devenir usant pour les oreilles (un peu comme un concert solo de Lee Ranaldo). Au final, c'est même l'inverse. Les morceaux sont mélodique et plutôt concis, ce qui en décevra peut-être certains, mais tant pis pour eux. Il y a plusieurs tubes en puissance sur ce disque ("Psychic Trauma", "No Thoughts", "Now Hear In", "Giving Into Seeing" ou "I'm Not Part of Me"*), et on ne va pas s'en plaindre.

Au final, deux déceptions seulement : "Pattern Walks", qui pour le coup semble vouloir refaire du Attack On Memory, mais en moins bien. Malheureusement, c'est la plus longue chanson de l'album. L'autre déception, c'est la longueur du disque. 2 ans d'attente pour 8 petits morceaux, je ne dis pas qu'il faudrait imposer à la créativité des objectifs de rentabilité, mais ça fait quand même un peu court. Et c'est un peu frustrant.

L'un dans l'autre, ce nouvel album de Cloud Nothings est une bonne nouvelle, et un concurrent sérieux pour le top de 2014!


*n'en déplaise à McNulty

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 14/04/2014

On peut dire que Dylan Baldi ne chôme pas: quatre albums en cinq ans et un Attack on Memory qui reste encore dans les mémoires comme un des grands crus de 2012, ayant fini en très bonne place dans les sempiternels tops de fin d’année - le nôtre y compris. Pour cette nouvelle livraison, on garde peu ou prou la même formule: on attaque pied au plancher pour à peine 30 minutes et neuf morceaux dont la plupart dépassent à peine la barre des trois minutes. L'Américain fait donc partie de cette école pour qui les plus courtes sont toujours les meilleures, et il est vrai que 75 minutes de cette frénésie et de cette rage, on aurait probablement du mal à digérer. On peut d’autant moins le blâmer pour ce parti pris tant ses albums y gagnent en cohérence et en efficacité, sans pour autant qu’on ait l’impression de s’être fait avoir sur la marchandise.

La question que tout le monde se posait était donc: sera-t-il capable de reproduire la claque et la magnitude sismique du précédent album ? On a eu un petit élément de réponse lorsque le groupe a dévoilé, il y a quelques semaines, le dernier titre de l’album. Un « I’m Not Part of Me » qui, entre punk mélodique et power pop sous amphétamines, faisait tintinnabuler le bandit manchot du premier coup, et sans hésitation. Une chanson à la fois immédiate et longue en bouche, moins simple qu’il n’y paraît, notamment au travers de sa structure non-conventionnelle - définitivement une des marques de fabrique de Cloud Nothings, et qui place Baldi dans une catégorie de songwriter plus ambitieux que la norme. Et quel plaisir que de retrouver ce sens de la mélodie allié à une rage toujours aussi intacte (on a du mal à envisager ce groupe s’assagir un jour) et à une voix dont on guette toujours avec délice les éruptions et éraillements.

Here and Nowhere Else est ainsi un album auquel on trouvera peu à redire, si ce n’est rien. La différence majeure avec Attack on Memory venant de la densité de la galette qui, de la première à la dernière seconde, ne laisse aucun répit à l’auditeur, démarrant en trombe et ne décélérant à aucun moment, l’aiguille en permanence dans le rouge. Même la production de John Congleton, pourtant plus habitué à des mises en sons plus précieuses, n’altère en rien la rudesse du propos. Rien ici n’est poli, tout juste a-t-on parfois l’impression d’un son plus ramassé, là où le précédent effort, bien que jouant constamment sur la tension, offrait tout de même plus de respirations.

On répondra cependant à la normande à la question posée en ouverture de second paragraphe. Oui et non la claque d'Attack on Memory est ici reproduite, mais l’effet de surprise en moins. Une construction et un choix de morceaux qui demandent une appréhension plus longue feront certainement que, si l’on devait dans quelques années se poser la question de quel album de la discographie du groupe il faudrait conseiller à sa petite sœur ou nièce, ce  sera à coup sûr Attack on Memory qui viendra à l’esprit et non Here and Nowhere Else. Le complexe du frère cadet qui souffrira éternellement de la présence envahissante de son glorieux aîné. Ce qui en soit n’est pas nécessairement un problème, l’histoire du rock regorgeant de ces albums de l’ombre dont les fans transis peuvent parler pendant des heures se rengorgeant au passage du prestige de leur connaissance sur ces masses abêties ne connaissant que « l’album phare ».  


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