Chronique de Machete83 (Xsilence)
Ainsi, on pouvait voir à la sortie de Holy Fire une partie de la critique autorisée proclamer que Foals était un des groupes les plus importants de sa génération. Tentons l'écoute alors. Le premier single "Inhaler" est effectivement très bon, groovy, avec ce qu'il faut d'agressivité, dansant, planant, en résumé un titre qui passe au shaker 5 décennies de bon rock en tous genres. O.K., allons voir plus loin. L'album commence par un "Prelude" introductif qui doit en jeter lors des concerts, parfait pour attendre que le groupe envoie son set, et créer ce qu'il faut de tension et d'expectations pour enchaîner avec le single déjà nommé. La troisième plage "My Number" est elle aussi groovy à souhait et a bénéficié elle aussi d'un certain succès ("My Number", le tube des soldes d'été 2013 ?). Reconnaissons que tout cela est très bien mené pour le moment : des rythmiques bien construites, solides, des guitares rêveuses, venant d'îles paradisiaques, un chant identifiable. Il y a bien une formule. "Bad Habit" promet le meilleur avec une intro métallique, mais on s'attend à un titre plus agressif. En réalité, c'est une chanson océanique, qui rappelle les mêmes territoires explorés par les Smashing Pumpkins avec des titres comme "1979" ou son faux frère "Perfect". Qui produit d'ailleurs ? Regardons. Ben tiens c'est Flood et Alan Moulder, anciens collaborateurs des citrouilles de Chicago. Ils montrent qu'ils en ont encore dans le bide pour proposer un son cohérent, ça fait plaisir de les réentendre. De leur côté les Foals poursuivent leur style, proposent des solos héroïques et tropicaux, sans que ce soit indigeste."Everytime" fend les mers, le groupe étant dans un navire à la dérive, il reste tendre, bien que les guitares se fassent plus conquérantes. Très sympa...
Puis il y a des albums comme ça qui ne vous paraissent convaincants que sur une face, ou sur une moitié. Ben là ça se passe aussi. Ce n'est en aucun cas mauvais, mais on s'en désintéresse vite, vous direz c'est con, ça partait bien, ben oui c'est con mais c'est comme ça. La production reste toujours exemplaire mais on s'ennuie sur "Late Night" malgré des côtés curesques qui auraient pu convaincre le chroniqueur de ces lignes. "Out Of The Woods" aux instrumentations encore intéressantes, au feeling groovy et océanique aussi, peine à provoquer le même enthousiasme que ces prédécesseurs. "Milk And Black Spider", "Stepson" et "Moon" se veulent des pauses pour créer une dynamique, mais peinent à captiver, autant que le plus bourrin "Providence", pourtant lui aussi très bien fait.
C'est dommage, ça ne doit pas empêcher d'aller voir plus loin, on veut y croire mais ça ne prend pas complètement. Un album qui mérite quand même qu'on y prête une oreille, qu'on se prend à écouter avec les deux et avec le casque à un volume réglé selon vos préférences, mais qui malheureusement ne tient pas en haleine. Sans qu'il en est une mauvaise cependant. On attendra alors pour que brûle le feu sacré.
Chronique de Maxime (Goûte Mes Disques)
A leurs débuts en 2008, les Foals étaient, un peu comme Bloc Party ou Franz Ferdinand quelques années avant, le groupe hype à la fraîcheur incontestable qui faisait remuer les boules dans les clubs, les festivals et les chaumières. Et à l'époque, comme tout le monde on a kiffé. Deux ans après ils nous ont fait le coup de l'album de la maturité, et même si toute la tracklist de Total Life Forever n'est pas impérissable, il faut bien avouer que l'écoute de l'inusable "Spanish Sahara" fout encore des frissons là où c'est bon.
En 2013, nous étions donc en droit d'attendre les yeux brillants et la truffe humide soit un disque de continuité, reprenant les choses là où Total Life Forever les avait laissées et déroulant son savoir-faire, soit un album de rupture, leur Kid A à eux, qui aurait emprunté des chemins de traverses pour filer tout droit vers la catégorie "grand disque". Pas de cul pour nous autres humbles auditeurs et commentateurs musicaux, le groupe d'Oxford a préféré sortir avant l'heure son (inévitable?) disque de la compromission. Le premier single "Inhaler" nous avait déjà mis la puce à l'oreille il y a quelques semaines, et il faut bien dire que la présence des deux mastodontes de la productions que sont Flood (Depeche Mode ou The Killers, entre autres) et Alan Moulder (Foo Fighters, The Killers également) au générique nous mettait comme un vilain doute en tête. Et effectivement Holy Fire est loin d'allumer chez nous le feu sacré. On comprend même très vite où l'on a mis les oreilles dès le doublet introductif "Prelude" et "Inhaler" donc, deux gros sons bien boursouflés.
Par moments, on se dit quand même qu'il ne faut pas tout jeter. Ainsi "My Number", le second single, s'écoute sans trop grimacer même si les paroles niaises ("You don't have my number, we don't need each other now") sont de rigueur. On passe même par quelques fulgurances rappelant les débuts du groupe, tout en puissance décontractée, comme la première minute d'"Everytime"... que le refrain vient tout simplement bousiller. Et pour être tout à fait honnêtes, "Milk & Black Spiders" nous a fait bouger la tête et le planant "Moon", qui conclut la galette sur une touche contemplative et originale pour le groupe, laisse un peu d'espoir pour la suite. Mais pour cette fois Foals a pris trop peu de risques, un Yannis Phillippakis globalement en petite forme et un son volontairement gonflé aux stéroïdes achevant de faire d'Holy Fire un album qui, sans être inécoutable, déçoit sur le fond comme sur la forme.