Chronique de Gérard Cousin (Xsilence)
Posté le 17/07/2010
A l'écoute de ce disque, impossible d'oublier votre premier amour, qu'il disait l'autre...
Force est de constater que cet illustre tapait plutôt juste en terme d'appréciation musicale, même quand il ne s'agissait que de donner son avis.
1992. La période est propice. Alors que L7, Bikini Kill, Babes In Toyland et autres Lunachicks se lancent dans le rock'n roll Circus en revendiquant leur volonté manifeste d'en découdre avec les paires de couilles gonflées d'orgueil et omniprésentes sur la scène d'alors, les soeurs Deal livrent un album discret, en total contradiction avec la scène féminine d'alors. Kim, frustrée de la dictature mégalomane de Frank Black, avait déjà prouvé que son songwriting n'avait pas grand chose à envier à son mentor.
Alors que l'immense majorité de la scène "rock alternatif" s'évertue à faire plus de bruit que les désolants Metallica et autres Guns 'n Roses qui règnent en maître sur l'industrie musicale, et revendiquent les héritages plus ou moins légitimes des Sex Pistols, MC5, The Stooges, Minor Threat et autres gangs plus ou moins obscurs, déjà The Breeders est à contre courant. Plus que tout autre influence (Pixies en tête), c'est bien The Beatles et Neil Young qui hantent les morceaux de "Pod".
La reprise, parfaitement inutile, de "Happiness Is A warm Gun" en est l'illustration parfaite: au delà de la formule consacrée couplet-refrain-couplet, The Breeders est là pour faire de la musique, faisant fi de l'indie rock, de la powerpop et du grunge, et ce petit costard ajusté qu'est cette chanson des Beatles leur va comme un gant. Elles seront aussi à l'aise dans l'exercice que pour reprendre Guided by Voices, Hank Williams, ou Neil Young.
"Glorious" ouvre le bal, et en 3 minutes 24 la messe est dite: si l'électricité est là, elle ne sert pas l'énergie. Elle souligne le spleen, la lassitude, la lascivité parfois. Kim geint avec pudeur, elle semble errer dans ces textes imprégnés d'opium. C'est triste mais c'est beau. La chanson se déroule comme l'apprentissage de la marche: une succession de chutes rattrapées à la beauté lourde et secrète.
"Doe" confirme cet étrange clair-obscur; la musique est indéniablement mélancolique, même si l'énergie est là, contenue et cloisonnée, canalisée dans les entrelacs des voix jointes de Kelley et de Kim. Bien que plus que sa soeur jumelle, Kelley se manifeste comme l'émanation palpable de l'ambivalence de Kim, comme des calques à peine décalés.
En contrepoint discret, "Hellbound" et "When I Was A Painter" servent un mid tempo plus sautillant et laissent entrevoir la part hédonistes des chansons du duo. Il y a juste ce qu'il faut de glucose et de hochements de têtes, un soupçon de punk rock et la potacherie de Kim Deal en cerise sur le gâteau.
Mais que l'on ne s'y trompe pas. La fleur de pavot ornant la pochette est là pour nous le rappeler: on n'est pas là pour rigoler et elles nous le prouvent en 1 minute 46. "Fortunately Gone", probablement la plus belle chanson écrite et produite par les Deal arrachera éternellement la mélancolie enfouie au plus profond du plus blasé des auditeurs ( oui oui je parle de moi là...).
Aujourd'hui encore je m'interroge: comment est-il possible de combiner autant d'harmonie vocale, de mélodie pure et d'émotion en moins de deux minutes ? Et pourtant les candidats et candidates à ce malsain concours sont légion n'est-ce-pas ?
Et malgré les faiblesses évidentes ("Iris", "Metal Man", "Only in 3's") qui émailleront les futurs et trop rares albums des Deal, elles prouvent ici, sans maniérisme, ni militantisme de comptoir ou grossièreté ostentatoire, que leurs chansons sont de délicates pièces d'artisanat enamouré, dans lesquelles, parfois, se niche un diamant brut.
Force est de constater que cet illustre tapait plutôt juste en terme d'appréciation musicale, même quand il ne s'agissait que de donner son avis.
1992. La période est propice. Alors que L7, Bikini Kill, Babes In Toyland et autres Lunachicks se lancent dans le rock'n roll Circus en revendiquant leur volonté manifeste d'en découdre avec les paires de couilles gonflées d'orgueil et omniprésentes sur la scène d'alors, les soeurs Deal livrent un album discret, en total contradiction avec la scène féminine d'alors. Kim, frustrée de la dictature mégalomane de Frank Black, avait déjà prouvé que son songwriting n'avait pas grand chose à envier à son mentor.
Alors que l'immense majorité de la scène "rock alternatif" s'évertue à faire plus de bruit que les désolants Metallica et autres Guns 'n Roses qui règnent en maître sur l'industrie musicale, et revendiquent les héritages plus ou moins légitimes des Sex Pistols, MC5, The Stooges, Minor Threat et autres gangs plus ou moins obscurs, déjà The Breeders est à contre courant. Plus que tout autre influence (Pixies en tête), c'est bien The Beatles et Neil Young qui hantent les morceaux de "Pod".
La reprise, parfaitement inutile, de "Happiness Is A warm Gun" en est l'illustration parfaite: au delà de la formule consacrée couplet-refrain-couplet, The Breeders est là pour faire de la musique, faisant fi de l'indie rock, de la powerpop et du grunge, et ce petit costard ajusté qu'est cette chanson des Beatles leur va comme un gant. Elles seront aussi à l'aise dans l'exercice que pour reprendre Guided by Voices, Hank Williams, ou Neil Young.
"Glorious" ouvre le bal, et en 3 minutes 24 la messe est dite: si l'électricité est là, elle ne sert pas l'énergie. Elle souligne le spleen, la lassitude, la lascivité parfois. Kim geint avec pudeur, elle semble errer dans ces textes imprégnés d'opium. C'est triste mais c'est beau. La chanson se déroule comme l'apprentissage de la marche: une succession de chutes rattrapées à la beauté lourde et secrète.
"Doe" confirme cet étrange clair-obscur; la musique est indéniablement mélancolique, même si l'énergie est là, contenue et cloisonnée, canalisée dans les entrelacs des voix jointes de Kelley et de Kim. Bien que plus que sa soeur jumelle, Kelley se manifeste comme l'émanation palpable de l'ambivalence de Kim, comme des calques à peine décalés.
En contrepoint discret, "Hellbound" et "When I Was A Painter" servent un mid tempo plus sautillant et laissent entrevoir la part hédonistes des chansons du duo. Il y a juste ce qu'il faut de glucose et de hochements de têtes, un soupçon de punk rock et la potacherie de Kim Deal en cerise sur le gâteau.
Mais que l'on ne s'y trompe pas. La fleur de pavot ornant la pochette est là pour nous le rappeler: on n'est pas là pour rigoler et elles nous le prouvent en 1 minute 46. "Fortunately Gone", probablement la plus belle chanson écrite et produite par les Deal arrachera éternellement la mélancolie enfouie au plus profond du plus blasé des auditeurs ( oui oui je parle de moi là...).
Aujourd'hui encore je m'interroge: comment est-il possible de combiner autant d'harmonie vocale, de mélodie pure et d'émotion en moins de deux minutes ? Et pourtant les candidats et candidates à ce malsain concours sont légion n'est-ce-pas ?
Et malgré les faiblesses évidentes ("Iris", "Metal Man", "Only in 3's") qui émailleront les futurs et trop rares albums des Deal, elles prouvent ici, sans maniérisme, ni militantisme de comptoir ou grossièreté ostentatoire, que leurs chansons sont de délicates pièces d'artisanat enamouré, dans lesquelles, parfois, se niche un diamant brut.