Chronique de X_Wazoo (Xsilence)
Sur son disque, Eleanor cherche l'universalité. L'homonyme d'une des plus grandes chansons de McCartney tient justement à s'adresser au coeur de tous ces 'lonely people'. Elle confie en interview vouloir que n'importe qui puisse s'identifier à tel ou tel morceau. L'ambition est louable, mais le résultat sur bande ne convainc pas autant qu'on le voudrait. Le concept de vérité universelle mute tristement en une tranquillité bien trop confortable pour séduire. Ça commençait pourtant si bien ! De "I Don't Want to Bother You" au sautillant "Stare At The Sun" inclus, on sent renaître une partie de la magie de la miss Friedberger et de sa belle voix de professeur de diction. Quatre pistes, plus très nostalgiques mais brillantes de bonne humeur et d'un dynamisme pop rappelant les belles heures des Fiery Furnaces. Mais les choses se gâtent dès le très downtempo "Echo Or Encore". La transition est rude, de quoi retomber dans son fauteuil, décontenancé, coupé dans un bel élan. Une guitare acoustique bossa-nova, une contrebasse légère, un piano zen... Pas déplaisant en soi, mais quelle baisse de rythme par rapport à la première partie du disque ! Malheureusement, la tension ne remontera pas vraiment (à part pour "She's A Mirror"), et on errera du solo de flûte rétro du bien nommé "I Am The Past" aux synthés de "Singing Time", sans vraiment parvenir à accrocher à l'ensemble.
Le plus terrible, c'est de constater avec les écoutes répétées que les chansons prises à part sont bien faites, construites avec un savoir-faire pop que la frangine Friedberger avait déjà prouvé posséder dans le dernier Last Summer. Mais pas de cohérence en vue, à l'échelle du disque. C'est là que le bât blesse. Eleanor n'a pas l'excuse du premier album ; on sait très bien ce dont elle est capable en solo, d'imprégner trois quarts d'heure de musique d'une couleur bien particulière. Pour Last Summer, une fois de plus, cette couleur était une nostalgie baignée d'un charme désuet. Rien de tel sur Personal Record, qui demeurera une collection sympathique de jolies chansons, sans que le tout dépasse la somme des parties. De quoi devenir à notre tour nostalgique de l'ancienne Eleanor Friedberger...
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Si il y a bien une critique qu’on n’a jamais pu formuler à l’adresse des Fiery Furnaces, c’est de ne pas avoir d’idées. Le problème, c’est que le binôme composé de Matthew et Eleanor Friedberger a toujours un peu trop bien porté son nom de fourneau incandescent: leurs albums bouillonnaient tellement de trouvailles et de couches qu’encore aujourd’hui et malgré les écoutes répétées et éprouvantes, un disque comme Blueberry Boat (pourtant considéré comme leur meilleur) reste à peu près aussi facile à digérer qu’un milkshake de figues. De fait, pour un peu de légèreté – toutes proportions gardées avec la famille Friedberger -, c’est sur leur EP de 2005 pour Rough Trade qu’il faut se ruer : inventifs et facétieux, les dix titres qui le composent vont à l’essentiel et livrent quelques grands moments de pop indé sans prétentions mais tellement efficace. Un vrai classique qui s’ignore en somme.
Cette efficacité et cette simplicité, Eleanor Friedberger semble en avoir fait un de ses leitmotivs depuis qu’elle a entamé sa carrière en solitaire. Ainsi, après un premier disque solaire et solitaire pour Merge en 2011, la native de l’Illinois remet le couvert, toujours pour Merge, avec un disque tout bêtement intitulé Personal Record. Une quarantaine de minutes pour continuer à rendre un hommage bien appuyé mais tellement élégant à tout un pan de la culture (soft) rock américaine des années 70 – le site du label nous avance les noms de Donovan, Todd Rundgren et Ronnie Lane, sans qu’on ait quelque chose à y redire.
Une quarantaine de minutes où la donzelle ne donne l’impression de ne jamais se prendre le chou. Sûre de son songwriting, sûre de ses capacités vocales, sûre de ses influences. C’est dans cet état de confiance que Eleanor Friedberger avance, semblant se foutre des imperfections de son disque. C’est peut-être même là qu’elle va y tirer toute sa force. Car Personal Record est loin d’être une réussite sur tout la ligne. On peut même penser qu’avec un peu plus de moyens, il aurait pu être énorme. En même temps, le veut-on vraiment ? Car Personal Record est de ces disques qui ne révolutionnent pas une vie, mais qui en facilitent grandement la traversée. Une existence faite de disques indispensables serait, on ne peut en douter, d’un ennui mortel, déchirés que nous serions par d'incessants choix impossibles. Alors c'est vrai, Personal Record n’est peut-être pas un candidat évident lorsqu’on se retrouve paumé devant l’immensité de sa discographie, physique comme virtuelle. Pourtant, chacune de ses écoutes saura se révéler aussi réjouissante que gratifiante.