Green Naugahyde

Green Naugahyde

Primus

17 / 20 2011 Prawn Song Album / CD  Vinyle

Chronique de X_YoB (Xsilence) 17 / 20

Posté le 13/09/2011
Douze années ! Douze années que Primus n'avait pas pondu de ses véritables petites bizarreries que d'aucun se sont risqué à appeler un "album de rock normal". Et encore, Antipop n'avait pas convaincu tout le monde par son côté "Primus and friends" altérant sa patte/pâte (huhu!), entre un petit encas hermétique et un disque de remodelage (huhu! bis) un peu fastoche. Ce jusqu'à diriger Claypool vers une soi-disant carrière solo expérimentale bien plus irritante que stimulante. Green Naughahyde est donc davantage à rapprocher du Brown Album, par son contenu comme son humilité... En mieux...
Comme toute bande de glands qui s'est absentée suffisamment longtemps pour réapparaître dans un univers sonore ayant depuis changé en partie grâce à elle, on pouvait s'attendre à un album à la remorque. Et si Primus reprend bel et bien tous les ingrédients qui ont fait la saveur et l'épaisseur de sa formule de savant fou, son aspect intemporel fait qu'il n'est à aucun moment à la ramasse. C'en est habile au point de paraître bipolaire, car justement au nez et à la barbe du Claypool solo des années 2000... Débauche de riffs cartoons, de titres tordus, d'effets inventifs ou jouissifs, d'exécutions de vrais musiciens... De quoi prouver que cette musique reste moderne et difficilement émulable. Même les petits malins funky d'Incubus ont rendu depuis longtemps le butin qu'ils avaient pillé pour passer à du rock bien plus casual destiné à la ringardise...
Ici, ça shebam-pow-blop-wizze dans tous les sens, la mécanique fait des étincelles, les coups de crayons fluos en collent pleins les mirettes, et la pâte à modeler sculpte des formes tendancieuses. Toute cette profusion créative est trempée dans une cuvette de chiottes aux allures de fontaine de jouvence... On redécouvre alors un rock organique expérimental gavé sans être gavant, alimenté par une configuration de trio épuré à l'énergie étonnante. On est saisit par l'impression qu'après une si longue absence, tout empoussiéré et quasiment laissé à l'abandon sur la grande étagère des références rock, un groupe tout frais nommé Primus avait tout à prouver. Comme sortis de nulle part, d'une force amusante et d'un élan d'enthousiasme communicatif, voilà un retour aux affaires comme on en voit peu...

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 24/11/2011

Voilà un retour aux affaires qui fait plaisir. Là où nombre de groupes capitalisent sur des reformations qui n'ont d'autre objet que de renflouer les caisses lors d'interminables tournées pour hordes de nostalgiques - dont nous faisons parfois partie, il faut bien le reconnaître - peu sont ceux qui ont osent le nouvel album. Primus, qui a été l'un des premiers groupes à inaugurer la mode des albums classiques rejoués entièrement sur scène, est également l'un des rares à avoir sauté le pas avec ce Green Naugahyde, septième véritable album.

Pour ce nouvel opus, la bande à Les Claypool à eu la bonne idée de revenir à une production plus légère et moins tape-à-l'oeil que sur un Antipop qui lorgnait parfois vers le métal bas du front avec ses guitares démultipliées. On notera aussi un détail de taille : le remplacement de Tim Alexander, le batteur historique qui avait déjà quitté le groupe à deux reprises par le passé, par Jay Lane, premier batteur de la formation. Selon les dires de Claypool, Alexander était davantage préoccupé par les tournées de reformation et le culte de la nostalgie évoqués plus haut que par la composition de nouveaux morceaux, condition sine qua non posée par Claypool pour continuer à faire vivre le groupe. En définitive, les sceptiques dont je faisais partie se rallieront pourtant à la cause Jay Lanesque et à ce gambit risqué mais finalement salutaire. Le jeu de Lane s'avère à première vue moins spectaculaire que celui d'Alexander mais joue davantage sur la finesse et le sens du groove. 

Le Primus cuvée 2011 se révèle quant à lui dans la rupture au niveau du son mais dans la continuité des derniers albums au niveau de l'esprit : on est en ce sens plus proche de Rhinoplasty que de Frizzle Fry et les histoires de freaks et de white trash sont toujours les thèmes favoris de Claypool ("Moron TV" ou "Last Salmon Man"). Si la première écoute de Green Naugahyde nous laisse sur notre faim, les suivantes contredisent cette première impression en révélant le statut de grower d'un album qui ne se laissera totalement appréhender qu'avec le temps. Certes il n'y a pas de tubes à la "Wynona's Big Brown Beaver", "Tommy The Cat" ou "Electric Uncle Sam" et il sera difficile d'écouter des titres de manière isolée (si ce n'est les excellents "Tragedy's A' Comin'", "Moron TV, "Eyes of the Squirrel",  "Extinction Burst" et l'hommage au meilleur méchant de western de tous les temps, "Lee Van Cleef").

Les titres de Green Naugahyde s'enchaînent dans une logique de déroulement qui montre que l'album ne s'est pas construit à la va-vite mais qu'il a été mûrement réfléchi. Green Naugahyde montre donc l'exemple en prouvant par A + B qu'une reformation peut produire de bons résultats discographiques en plus de satisfaire les fans de la première heure par des tournées qui n'en finissent pas de finir.


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