MBV

Chronique de Maxime (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 05/02/2013

Il serait faux de dire que ce troisième opus de My Bloody Valentine nous l'attendions, car en vérité il y a bien longtemps qu'on n'y croyait plus. Pour être complément honnête, on n'en avait même un peu rien à foutre d'un disque annoncé depuis des plombes sans aucun véritable indice laissant présager sa sortie. D'ailleurs le terme d'arlésienne que les médias ont largement repris ce week-end pour le qualifier après sa sortie surprise (même Le Monde y est allé de son papier, c'est dire) est plus que justifié : plus fort que Chinese Democracy que les Guns N' Roses ont mis "seulement" 15 ans à sortir, le troisième opus de MBV est annoncé depuis 1992. Autant dire que Dr. Dre peut encore prendre son temps pour Detox s'il veut battre le record de l'album le plus longtemps repoussé.

Mais au delà de l'attente suscitée puis dépassée et finalement ravivée par les annonces de ces dernières semaines, ce disque, que vaut-il ? Le son de MBV, novateur à l'aube des nineties, a-t-il encore du sens aujourd'hui ?

Une chose apparaît clairement dès la première écoute : ce n'est pas un raté. C'est peut-être trivial à noter mais pour un groupe séparé depuis dix-huit piges et qui n'a rien sorti depuis vingt-deux, c'est déjà un bon point. On peut même dire que le résultat est inespéré : les premières mesures de "She Found Now" nous replongent directement dans un shoegaze noisy inimitable, essence du son de My Bloody Valentine. "Only Tomorrow" et "Who sees you" convoquent la brume et l'orage qui faisaient la sève de Loveless. Nul doute qu'il y a du travail dans le son, et une volonté de reprendre les choses là où elles on été autrefois laissées.

On se demande alors furtivement ce qu'il en est de ce souffle, de cette rage voilée qui portait le propos dans Isn't Anything et Loveless, si aujourd'hui ces guitares toutes en furie contenue, ces nappes et ces voix enveloppantes font toujours sens. Ecouter My Bloody Valentine en 2013, n'est-ce pas comme prêter attention à un écho de cette jeunesse qui s'est fait la malle il y a un bail, notre jeunesse à nous qui avons troqué nos colères et nos rêves contre des costards froissés et des regards fatigués dans le RER ? À moins que ce ne soit justement ça le propos et l'enjeu du disque, la lente dérive et soi-même dans le temps. Car si la musique de MBV n'est pas assez facile d'accès pour être qualifiée d'universelle, elle paraît aujourd'hui, pour autant que l'on puisse le mesurer à notre échelle, presque intemporelle.

Déjà quand Kevin Shields avait repris du service pour la bande originale de Lost In Translation de Sofia Coppola, il y a dix ans (et oui déjà), les rythmes de "Sometimes" sonnaient toujours juste, comme sonne juste aujourd'hui cette pulsation sur "Is This and Yes" qui semble nous dire qu'il faut avancer coûte que coûte. Mais avancer vers quoi ? Quels sont ce "New You", cet "Another Way" ? C'est justement à partir d'"In Another Way" que la fin du de l'album s'égare un peu, changeant légèrement de braquet, augmentant le volume, frôlant le trop-plein de nappes et de riffs. Shields veut-il simplement envoyer la sauce pour nous prouver qu'il en a encore sous la pédale à disto, où est-ce le signe que sa musique sait évoluer et qu'elle va le faire ? Impossible à dire aujourd'hui, incertains que nous sommes d'être face à un retour unique, un simple rappel et puis s'en va, ou alors au début d'une nouvelle ère pour le groupe. Et vu le personnage, gageons que toutes les options sont sur la table. Quoi qu'il en soit, ce troisième opus ne dénature pas la discographie de My Bloody Valentine, loin de là, la magnifiant plutôt en lui rendant un bel hommage


Chronique de Rebecca Carlson (Xsilence) 17 / 20

Posté le 21/04/2014
Les ados qui ont découvert Loveless (1991) à sa sortie ont eu le temps de voir leur crâne se dégarnir quelque peu et des cheveux blancs apparaître au niveau des tempes avant qu'un successeur au disque ultra-culte n'atterrisse dans les bacs... ou plutôt sur la toile (eh ouais, on est en 2013 maintenant). Vingt-deux ans. Vingt-deux ans d'attente ont en effet été nécessaire : Kevin Shields et sa bande ont livré un samedi soir de février sur leur site internet ce MBV à la pochette abstraite couleur bleu nuit. Maintes fois annoncé, maintes fois reporté, voire abandonné, le nouvel et troisième opus des Irlandais, véritable petite Arlésienne du rock indé, se laisse enfin découvrir. Qu'en est-il alors ? Chef-d'oeuvre ? Pétard mouillé ? Disque inégal ? Album pour les nostalgiques ? Album du renouveau ?

Ce qui tout d'abord est certain, c'est que MBV pouvait difficilement réussir le pari de rassembler tout le monde. D'abord parce qu'il suit Loveless et qu'il s'ajoute à une discographie très courte mais irréprochable. Ensuite parce qu'il est attendu depuis – on l'a dit – plus de deux décennies. Et, enfin, parce que chacun a eu durant ces deux décennies le temps de se construire l'Album Idéal ("le digne successeur de Loveless" en quelque sorte) qu'il voulait entendre de la part de My Bloody Valentine. Certains le voulaient dans la continuité de l'album rose, d'autres espéraient qu'il définirait le futur du shoegazing, d'autres encore l'imaginaient totalement en rupture avec ce que le groupe avait proposé par le passé ou bien alors dans une veine plus expérimentale.

Ceux qui attendaient une évolution aussi significative que ce que vingt-deux années auraient pu ou auraient dû logiquement impliquer seront forcément déçus. MBV s'ouvre sur un "She Found Now" au charme lovelessesque : un titre assez proche d'un "Sometimes", par exemple. "New You", probablement l'un des morceaux phares de l'album, a un côté délicieusement dansant et funky qui le rapproche de "Soon". Quant à "If I Am", il n'est pas sans rappeler "To Here Knows When". L'ensemble des (neuf) morceaux que composent la galette 2013 de My Bloody Valentine a le goût incontestable des années 1990, comme un volume deux qui serait ajouté à la bible du shoegazing que constitue Loveless. Même "In Another Way" et son synthé et la pièce instrumentale "Nothing Is", qui s'écartent un tout petit peu des sentiers battus du shoegaze à la Valentine, revêtent tous deux une coloration "jungle" qui évoque les 1990s.

Outre la pointe de déception qui peut être ressentie par l'absence réelle de prise de risque et par le manque d'évolution, on ne peut que constater que MBV s'avère être un très, très bon album. De "She Found Now" au superbe et vibrant final "Wonder 2", en passant par le poppy "New You" ou par le puissant "In Another Way", le groupe déploie les très belles couleurs qui ont fait et qui font aujourd'hui My Bloody Valentine en ancrant sa musique dans le présent.

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