Songs For The Deaf

Songs For The Deaf

Queens Of The Stone Age

18 / 20 2002 Interscope Album / CD  Vinyle

Chronique de Remix (Xsilence) 18 / 20

Posté le 18/05/2011
Août 2002, annonce la troisième attaque d'un des groupes les plus virulent, entrainant et emblématique du Hard-Rock moderne, Queens Of The Stone Age.
L'album éponyme était animé par la volonté de Josh Homme de concevoir un son différent de son ex groupe Kyuss. Rated R se voulait comme un projet plus versatile et ambitieux que son prédécesseur. De ce fait, Songs For The Deaf est clairement l'opus qui repousse les limites de ce que le groupe a pu composer jusqu'à présent, tout en gardant ce qui fait sa marque de fabrique, à savoir, un son ultra-saturé et tonitruant, mais incroyablement planant. C'est de là que l'appellation stoner-rock prend tout son sens.
Pour s'atteler à l'élaboration de cette galette explosive, Homme à appeler à la rescousse son pote de toujours, Dave Grohl, batteur emblématique de Nirvana et frontman attitré des Foo Fighters.
De plus, le duo magique n'est pas en reste et peut compter sur l'apport de Nick Olivieri à la basse et pour les chants les plus incisifs, mais également sur celui de Mark Lanegan qui se mû en songwriter et vocaliste du groupe, le temps de quelques pistes.
Oui, l'effectif de QOTSA fait bien penser à celui d'un super groupe, d'une Dream Team, aux 4 fantastiques, ou simplement à 4 artistes respirants le rock à pleins poumons. Trêve de bavardages, focalisons-nous sur le cocktail explosif qu'ont réussi à nous concocter ces chefs 3 étoiles du rock moderne.

Tout d'abord, il est important de relever l'originalité de l'album, qui se caractérise par de brèves coupures radios au ton drastiquement décalé, s'intercalant à la fin ou au début de certaines pistes.
Homme souhaitait inclure une telle idée dans un album, depuis la formation du groupe. Ce principe permet de conserver une certaine cohérence entre chaque chanson, mais également le second degré général du LP. On peut aussi y voir, comme le dit Olivieri, une attaque directe aux programmations infectes des radios les plus plébiscitées, qui n'ont jamais daigné passer une quelconque chanson du groupe. D'un autre côté, la musique d'Homme et ses acolytes est difficilement accessible aux auditeurs lambda, ce qui n'est pas non plus pour nous déplaire.
En ce qui concerne le contenu de la galette à proprement parler, elle démarre en trombe avec "You Think I Ain't Worth A Dollor, But I Think I Ain't A Millionaire", aux riffs ultras lourds et puissants et aux paroles empreintes de l'esprit "sex, drug & rock'n'roll" du groupe, littéralement hurlé par Olivieri. La seconde piste "No One Knows", nous offre tout ce que le groupe sait faire de mieux : un groove entrainant, des riffs et une rythmique simple, mais terriblement efficace. En ce sens, la fusion entre hard-rock et stoner-metal est quasi parfaite. "First It Giveth" est une ode aux substances illicites et autres opiacés les plus appréciés par le groupe. Là encore, l'alchimie entre les différents membres s'opère à merveille, même si elle est un cran en dessous de celle constatée sur "No One Knows". "A Song For The Dead" brille en particulier par l'incroyable travail à la batterie qu'a abattu Dave Grohl. L'atmosphère se fait plus lourde, plus pesante et la voix rauque de Lanegan se voit comme naturellement désignée.
On continue sur une vague grave et un peu moins enjouée avec "The Sky Is Fallin'". On peut, cependant, déplorer un léger sentiment de répétition tout au long de ces 6 minutes. "Six Shooter" est une sorte d'interlude visant à nous mettre une bonne petite claque king-kongesque, avant de nous laisser porter par la suite. En résumé, les 3 premières pièces du disque sont, pour ainsi dire, épiques et les 3 suivantes, d'excellentes factures. Cependant, la deuxième partie manque un peu plus de consistance en alternant le bon et le correct par intermittence.
"Hangin' Tree", "Go With The Flow" et "Gonna Leave You" ne marquent pas autant qu'on pourrait s'y attendre. La première, bien portée par Lanegan, devient vite monotone de même que la seconde, trop soft, linéaire, dotée d'un faible refrain et portant de façon trop ostentatoire la marque du single. La troisième, une girl song, ne suffit pas à convaincre avec ses paroles et sa musique un tantinet désuète.
Malgré cette courte dépression auditive, les hostilités reprennent de bon train avec la suave "Do It Again" et "God Is On The Radio", qui pourrait sans aucun doute faire concurrence à n'importe quel bon cuvé de l'âge d'or du hard-rock. "Another Love Song" peut aisément faire partie de la B.O. d'un film de Rodriguez ou de Tarantino. "A Song For The Deaf" reprend la même trame que son homologue dédié aux défunts, avec une ligne de batterie qui ferait pâlir un Josh Bonham dans ses grands jours.
Cette odyssée stoner-rock s'achève sur la magistrale "Mosquito Song" qui se démarque des autres par sa composante orchestrale et symphonique. Fini les saturations à outrance, laissons place à la chaleur du son de guitares acoustiques, accompagnées par l'appel lancinant de violons et le résonnement affirmé de cuivres. C'est sur cette dernière note qu'on voit où le groupe en voulait en venir, par rapport à ses travaux antérieurs.

Au final, Queens Of The Stone Age n'atteint peut-être pas la perfection sur Songs For The Deaf, mais réussit clairement à se transcender et à repousser les limites de sa formule détonante. Un disque qui fait assurément office de pierre angulaire à l'histoire du groupe.

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