Chronique de Palikao (Xsilence)
L'album commence par "Cherokee", une chanson d'amour, optimiste, heureuse, très pop, avec une voix bien chaude, très légèrement saturée mais conforme à ce qu'on pouvait attendre de sa part. Les chœurs sont au rendez vous, un top ! Vient "Sun", avec ses synthés, une réussite également, et on rentre dans l'inédit, un champ de découverte auquel elle ne nous avait pas habitué. "Ruin" succède à "Sun", dans la même veine, clavier entraînant, un morceau pour dance floor (on hallucine, c'est vraiment Chan Marshall ????). "3-6-9" arrive, plus calme, plus groovy, avec des accents du sud, parfait. "Always On My Own", plus sombre, un peu triste, mais plus comme une balade sous la pluie. "Real Life" interpelle l'auditeur, elle nous parle de ses sentiments, de la vie de tous les jours, de ses rencontres. Chan apprécie les contacts, on la trouve même active sur Facebook et Instagram. "Human Being", avec son riff, donne l'impression de se retrouver dehors, sous les étoiles, avec le bruit des cigales, étrange... Très plaisant aussi, sa voix nous emporte. Fini la période "Free" et "Name".
"Manhattan" arrive enfin, et c'est peut-être le morceau avec lequel j'ai le plus de mal. Une sorte de mélopée monotone qui débouche sur "Silent Machine", un des meilleurs morceaux de l'album. On la retrouve ici dans ce qu'elle sait faire de mieux. "Nothing But Time" est dédié à la fille de son ex, pour qui elle voulait chanter avec Bowie et l'Iguane. Bowie s'est excusé, ça reste un morceau étrange, décalé, un hommage à la période Berlinoise des deux icônes. Enfin, "Peace & Love" conclu l'album de la plus belle manière.
Chan Marshall est en forme et tient à ce qu'on le sache. Pour la peine elle nous gratifie d'une nouvelle coupe de cheveux sur la pochette, très court, garçon manqué, ce qu'elle n'a au fond, jamais cessé d'être.
Chronique de Pauline (Goûte Mes Disques)
On l’a lu partout: Cat Power va mieux. Réalité ou tentative désespérée de se défaire de son image d’alcoolique chronique dépressive et bipolaire ? Aucune idée, mais quelque chose a bel et bien transformé la star des indie-folkeux des années 90. En témoigne cet ovni étrange, ce Sun qui tient dans la main mais moins facilement dans les oreilles. Sa pochette bleue, montrant un portrait de Chan Marshall se ressemblant à peine, les cheveux courts, l’air absent, est déjà en lui-même un premier point d’interrogation. Que la première écoute du disque ne fait que confirmer. Lourds arrangements, circonvolutions autour des mêmes rythmiques, coups de coudes lourdement appuyés à des styles musicaux allant du hip hop au r’n’b. Bref, Sun est un casse-tête.
Mais on dirait que Cat Power s’en amuse. Reine de la mutation, ce n’est pas d’avoir attrapé pour la première fois un coup de soleil qui lui fait peur. Ce nouveau disque est presque bling bling, il prend toutes les directions à la fois, et il le fait avec cette insolence qui semble désormais être la marque de fabrique de l'Américaine. La cassure n’est pas aussi nette que celle qui a eu lieu à la sortie de The Greatest; Sun est plutôt une mue douce et délicate. On ne sait plus si Cat Power tient les notes mystérieuses de What Would the Community Think ou si elle va revêtir les paillettes de diva soul fatiguée du triste Jukebox. Et cette hésitation est agréable. La prise de risque de Sun est telle que l’album déroute, ennuie, mais finit par émouvoir. Après quelques écoutes, la beauté de l’effort apparaît, et certains titres percent comme le soleil à travers les nuages.
Le lyrisme amusé de "Nothin But Time" est peut-être la première percée du disque, qui permet de réévaluer tout le reste. Dix minutes entre complainte, arrangements chiadés, chœurs masculins en forme de clin d’œil à des débuts de carrière à fleur de peau, cassure abrupte en milieu de chorus… Un titre qui ne se refuse rien. Et c’est bien ça, Sun: un disque qui tente, qui arpente et qui, finalement, réussit. Il n’y a rien de superflu chez Cat Power, rien qu’une beauté sauvage qui a appris à s’apprivoiser sur cette belle maturité. La grâce de "Cherokee", de "Always on my Own" ou de "Manhattan" s’apprécient aussi bien isolés ou au milieu de ce tout étrange et beau. Cat Power, elle, fait ce qu’elle veut. À nous de suivre le rythme.