Valtari

Valtari

Sigur Rós

15 / 20 2012 EMI Album / CD  Vinyle

Chronique de Billyjoe (Xsilence) 15 / 20

Posté le 25/05/2012
Quatre années après leur dernier effort en date, et le temps d'une incartade en solo pour Jonsi, et revoilà Sigur Rós.
L'annonce un peu soudaine de la sortie d'un nouvel opus a été une relative surprise, et un soulagement pour les fans, puisque l'avenir du groupe s'était montré plutôt incertain à la fin de la dernière tournée en date.
Mais Valtari, même s'il semble avoir été le fruit d'un accouchement dans la douleur, est bel et bien là. Alors, renouveau ou album de trop ?

Ce qui est sur, c'est que cet opus marque une étape nouvelle dans la carrière de Sigur Rós, d'une part parce que son processus d'écriture fut moins naturel qu'à l'accoutumée, mais aussi car musicalement, il s'avère moins abordable que l'album précédent.
Concrètement, Valtari possède moins de "vraies" chansons que ses prédécesseurs. Chanson dans le sens classique du terme.
En effet, si le début de l'album sonne comme du Sigur Rós relativement convenu, il n'en demeure pas moins très bon, on citera notamment les excellents "Ekki Mukk" (premier single de l'album d'ailleurs) et "Varúð", à la fois intenses et délicats.
Mais progressivement, l'album va changer de tournure et plonger petit à petit l'auditeur dans une ambiance à la fois féérique et vaporeuse. Le chant de Jonsi finit par s'éteindre et "Valtari" ne finit par reposer que sur quelques cordes et pianos.
Si le voyage devrait plaire à l'auditeur chevronné, à ceux qui savent rester allongés, à s'imprégner totalement de la musique, les autres risquent en revanche de décrocher et de trouver la seconde partie du disque trop insaisissable.

Difficile de savoir comment Valtari sera accueilli par le public. Si ce dernier navigue en terrain connu sur le début du disque, il risque de se perdre assez vite par la suite, malgré la présence de seulement 8 plages.
Le format plutôt inhabituel des chansons, qui s'apparentent d'ailleurs souvent à de longs passages ambient, risque d'en décevoir certains. On pourra d'ailleurs avoir l'impression que seule une partie des membres du groupe a réellement participé au disque, le batteur notamment, étant quasiment au chômage technique ici.
Les autres se délecteront de quelques très bons morceaux qui devraient du reste bien s'intégrer au set live, ainsi qu'à quelques plages instrumentales paisibles et enivrantes.
Les plus motivés pourront d'ailleurs prolonger l'expérience puisque les islandais ont sponsorisé plusieurs artistes afin que chacun d'entre eux réalise une vidéo illustrant une des chansons de Valtari. Ce qui montre au passage que Sigur Rós croit toujours en ce qu'il fait, l'album ayant fait plus généralement l'objet d'une promotion importante et originale.
Un bon disque, mais à ne pas mettre entre toutes les oreilles.

Chronique de Laurent (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 11/07/2012

Qui aurait pu parier il y a maintenant presque vingt ans qu’un groupe islandais chantant en islandais deviendrait un des grands noms de la musique indé? Personne. Et quand on y pense, ce que Jónsi et son falsetto ont accompli est vraiment extraordinaire. Pour faire court, Sigur Rós est aujourd'hui le meilleur exemple de l’universalité de la musique, sans frontières ni barrières culturelles. L'escapade en solitaire de leur leader terminée, les Islandais sortent donc un sixième album peu après un double live sous forme de best of (ou le contraire on ne sait trop).

Premier constat: Valtari est clairement leur album le plus aérien (lisez: qui comporte le moins de percussions et d’envolées lorgnant vers le rock). A tel point que celui qui découvre le groupe via cet album pourrait, exception faite de "Varud", penser qu’il s’agit d’une formation mi-classique, mi-musiques du monde. Du coup, même si on reste attaché à l'entité SigurRós, même si on lui reconnaît un talent certain, même si on est heureux de la retrouver, on ne peut dissimuler une certaine déception devant l’absence quasi totale de percussions ou de guitares électriques. Surtout que les deux albums précédents étaient de bonnes illustrations de ce que peut être le rock progressif à la sauce islandaise. Déjà que le groupe figurait parmi les favoris des cinéastes, il semble ici vouloir donner encore un peu plus de morceaux de choix aux futures bandes originales, oubliant peut-être quelque part ses fans les plus authentiques. Voire sa raison première d'exister. Car l’univers de Sigur Rós évoque de telles images sonores que l’on pourrait être déçu, comme entre un bouquin et son adaptation en film. Le groupe ne l’a certainement pas fait exprès, car sa musique est aérienne depuis qu'on l'a découvert en 1999 sur Ágætis byrjun, mais elle devient de plus en plus banale à cause de ce processus.

Pour conclure, ou tenter de le faire, Valtari est un bon petit album qui ne tire malheureusement pas son épingle du jeu dans la discographie désormais bien fournie du groupe. Et si l'on devait conseiller des albums de la joyeuse troupe à un néophyte, celui-ci ne figurerait clairement pas dans le top 5. C'est dire s'il dénote. Peut-être est-il trop cérébral, trop difficile d’accès? Une chose est sûre: il ne plaît pas beaucoup au fan de base.


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