Worship

Worship

A Place To Bury Strangers

15 / 20 2012 Dead Oceans Album / CD  Vinyle

Chronique de Jumbo (Xsilence) 12 / 20

Posté le 23/06/2012
En deux albums, A Place To Bury Strangers avait réussi à s'imposer comme un bon héritier des Jesus & Mary Chain et compagnie, et pas seulement comme un de ces innombrables clones du groupe écossais. Grâce à quoi ? Grâce à une radicalité bruitiste proprement jouissive et décoiffante sur certains titres, et à un talent pour signer quelques petites perles lorgnant vers la pop (qui tape fort). Malheureusement, ce nouvel album ne semble capitaliser sur aucune de ces deux caractéristiques. Oui, APTBS fait toujours du bruit, joué à un volume suffisant, ce Worship fait mal aux oreilles. Mais n'espérez pas retrouver les orgasmiques coulées de lave bruitiste d'un "Don't Think Lover" ou d'un "The Falling Sun", ou encore l'explosion proprement assourdissante d'un "I Lived My Life to Stand in the Shadow of Your Heart", final épique du deuxième album Exploding Head. Le groupe new-yorkais semble se concentrer sur le son pur plutôt que l'avalanche de bruit, et pourquoi pas, malheureusement cette orientation se révèle bien austère quand elle n'est pas portée par des titres aussi efficaces que "In Your Heart", "Keep Slipping Away" ou encore "Ocean". Aucune mélodie véritablement accrocheuse ici, aucun rythme vraiment emballant. Le groupe ne semble sortir de sa semi-léthargie que sur un "Dissolved" plus progressif et où l'émotion ressurgit enfin avec ces légères effusions shoegaze puis cette deuxième partie empreinte d'urgence, mais le morceau ne semble pas totalement abouti. Pour qui n'est pas trop exigeant ou adore le groupe, ce recueil de chansons reste une offrande bienvenue, l'album n'étant ni ennuyant, ni trop long, et ne comportant aucun titre agaçant. La voix d'Oliver Ackermann, plus en avant et plus naturelle, est appréciable. Un album donc décevant car montrant le groupe peinant à se réinventer et proposant une musique plus plate, plus fade pour choisir un mot peut-être trop fort. Cependant, le groupe livre avec cette baisse de régime un pur joyau : le formidable "And I'm up". Titre un peu surprenant de la part du groupe, sorte de ballade tragico-romantico-gothique, posée sur une instrumentation vaguement surf, vaguement punk, vaguement shoegaze, où la basse court avec une liberté jouissive. Difficile de mettre précisément le doigt sur ce qui est si poignant dans ce bizarre déballage de sentiments d'une urgence et d'une frontalité presque déchirantes, mais Oliver Ackermann n'y a jamais sonné aussi émouvant, proche et humain. Un titre d'autant plus triste qu'il se retrouve coincé sur un album bien plus austère.

Chronique de Duke (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 02/07/2012

Pop! Le mot était lâché et je n’arrivais plus à m’en défaire. A la première écoute, certes très distraite et dans de mauvaises conditions, j’avais trouvé l’album gentil, propre et … pop! J’écoutais ça au boulot, en sourdine. Et à aucun moment je n’ai ressenti cette bouffée d’adrénaline qui te picote l’intérieur de la tête. La musique d’Oliver Ackerman est faite pour repousser les limites et exacerber les sensations, c’est lui qui le dit et j’étais jusque là d’accord.  Après Exploding Head, le néant?

Pas vraiment en fait. Il est vrai que le groupe a entamé un processus croissant de mise en évidence des mélodies. Processus qui s’est précisé avec Onward To The Wall, EP paru il y a six mois à tout casser. Et certains de ses titres étaient beaux à en pleurer. La colère n’étant jamais qu’un état particulier d’une tristesse avancée, ceux qui connaissent la discographie du groupe la trouveront, comme moi jusque là, tellement cohérente et évidente. Et je ne comprenais pas pourquoi j’avais l’impression, soudainement d’écouter un Worship un peu blême, un peu mononucléosé et qui faisait tache dans cette linéaire perfection d'albums.

Alors, comme j’adore ce groupe, j’ai persisté. Et j’ai surtout pris un bon casque et poussé le volume. Et BIM, j'ai réalisé qu'A Place To Bury Strangers était devenu un groupe adulte. Fini le bruit pour noyer la voix dans le mix. Il est à présent dompté, sculpté pour développer une palette de sonorités analogiques immense. Aucun synthétiseur n’a été utilisé durant la fabrication de cet album, c’est la seule contrainte que le groupe s’est imposé. Pour le reste, il semblerait qu’une certaine euphorie ait bercé nos musiciens pendant leur phase créative, même si l’album a pris du temps pour être enregistré.

Du coup, qu’est-ce qu’il en ressort ? Des voix mélodieuses, je l’ai déjà dit, une intro façon ballade, des guitares parfois « sunny shiny » sur les bords, toujours de la densité et de l’agressivité, des morceaux de bravoure, paroxysmes de furie a demi contenue, un single aigre-doux et puis cette assaut de plaisir interne, d’allégresse bouillonnante, les nerfs chauffés à blanc, la poitrine gonflée d’oxygène pur, les muscles branchés sur secteur à la façon d’une résistance électrique… Ouais, y a pas à chier, c’est bien le nouveau APTBS!


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