Chronique de Thebluegoose (Xsilence)
La musique est tendue comme un fil post-punk mais l'attitude est décontractée comme un slacker. Avec ces guitares barbelées, cette voix éraillée et cette batterie tachycarde, on pourrait croire qu'on a à faire à un énième représentant du revival post-punk. Mais, on s'aperçoit vite qu'on est loin de l'aspect forcément sombre de cette vague. Si elle en reprend les ingrédients de base, la musique de ce Red, Yellow & Blue les détourne joyeusement en une partie de ping-pong frénétique où les trois membres de Born Ruffians se renvoient la balle selon un rythme imprévisible et des règles du jeu que seuls eux connaissent. Les instruments se répondent comme chez Television, la rythmique est certes rigide mais elle est aussi décontractée comme chez Talking Heads et affolée comme chez les Feelies, les mélodies sont loufoques comme chez Pixies ou Pavement. Le tout est porté par l'énergie communicative des jeunes canadiens. On sent tout au long de l'album que les membres de Born Ruffians n'en ont pas encore finis avec l'adolescence; les chansons transpirent ce mélange de candeur et de gravité propre à ce stade de la vie.
Bref, avec ce premier album original, joyeux et énergique, Born Ruffians prouve qu'il a tout à fait sa place sur le mythique label Warp aux côtés de !!! ou Battles. Born Ruffians? Born Genius, oui !
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Depuis quelques années, Warp a pris la bonne habitude d’élargir ses horizons et d’inclure de temps à autre un groupe ne faisant pas spécialement ‘couleur locale’ dans son effectif composé d’un sacré paquet de sommités du monde électro (Boards of Canada, Squarepusher ou encore Plaid). Ces dernières années, le label s’est ainsi fait remarquer par la pertinence de ses choix (couplés au bon goût habituel de ses têtes chercheuses) en faisant découvrir à un très large public une belle brochette d’artistes que l'idée de passer le plus clair de leur temps à triturer des machines n'enchante pas particulièrement. A ce titre, les noms de Maxïmo Park ou Gravenhurst suffisent amplement à étayer mes propos. Aussi, chaque nouvelle signature rock du label est attendue avec beaucoup d’impatience et pour le coup, c’est sur les épaules des Born Ruffians, trois jeunes gars originaires de Toronto, qu’ont été placés pas mal d’espoirs. Et quand on sait que ces gamins se sont attirés les faveurs des gens de chez Warp avec pour seul arme massive de séduction un EP, on se dit que l'on doit tenir là un groupe des plus enthousiasmants… et une fois de plus, la maison londonienne ne nous déçoit pas.
S’appuyant sur une charpente basse-guitare-batterie mais faisant du boucan pour dix, Luke Lalonde, Mitch Derosier et Steven Hamelin pratiquent un rock dont la clairvoyance n’a d’égal que la simplicité. A ce sujet, ne vous laissez pas tromper par un morceau d’ouverture qui pourrait laisser penser que ces trois lascars dont la moyenne d’âge dépasse à peine la vingtaine se prennent pour les nouveaux chantres d’un folk rêveur et vespéral. C’est tout le contraire : la musique de ces 'voyous nés' déborde de cette énergie et de cette spontanéité toutes adolescentes qui font de Red, Yellow and Blue le remède idéal contre la prise de tête – pensez à du Tapes ‘N Tapes carburant au Red Bull ou à du Vampire Veekend en moins intello. Bien aidé par une production pas trop soignée qui donne à l’ensemble un côté ‘live’ bienvenu, le groupe livre un album qui ne connaît pas le moindre temps mort – exception faite du premier titre mentionné plus haut, bien évidemment. On sent par ailleurs chez le trio le genre d’attitude désinhibée et limite je-m’en-foutiste qui manque à tant de groupes de l'hexagone ou du plat pays et qui permet à la formation canadienne de faire la différence tout au long d’un album impeccable. En appréhendant leur art comme un jeu et non comme un exercice de style imposé, les Born Ruffians signent donc un album chaudement recommandé et dont la fraîcheur se fera certainement ressentir tout au long de l'été.