One Life Stand

One Life Stand

Hot Chip

16 / 20 2010 Parlophone Album / CD

Chronique de Thebluegoose (Xsilence) 16 / 20

Posté le 28/01/2010
Dans quelques jours sort In Our Heads, le cinquième album d'Hot Chip. Avant de se plonger dans cette nouvelle livraison, un petit retour sur le dernier album en date: One Life Stand.
Les trois premiers albums marquaient une montée en puissance où le groupe est passé d'un électro-funk bricolée à une musique beaucoup plus physique, presque rock dans l'approche. Restait toujours cette volonté de télescoper des genres musicaux qui n'ont d'habitude pas grand chose à faire ensemble. En effet, sur Coming On Strong (2004), The Warning (2006) et Made In The Dark (2008), on pouvait aussi bien entendre la new wave loufoque de Devo, le hip-hop 2.0 des Neptunes, le funk sexuel de Prince, l'électro minimaliste de Kraftwerk, la disco atomique de LCD Soundsystem ou la folk intimiste de Bonnie Prince Billy.
Avec ce One Life Stand, le volonté affichée par le groupe est de dépasser cette image de laborantins expérimentant des substances plus ou moins légales pour mettre en lumière les qualités intrinsèques du songwriting de leur musique.
"Thives In The Night" ouvre ce quatrième album. Un orgue et la voix fluette d'Alexis Taylor débutent calmement avant que des coups de caisse donnent un coup de fouet au morceau. Une orgie de synthés, puis une guitare viennent se greffer à la mélodie transformant ce premier titre en machine à danser. La première chose qu'on remarque est, au-delà du plaisir de constater qu'Hot Chip a conservé cette espèce de mélancolie décalée qui fait sa force, c'est le nouveau son du groupe. Leur musique sonne beaucoup plus claire, plus pop, plus clinquante.
On rentre de plein pied dans le deuxième titre "Hand Me Down Your Love" avec sa batterie et son piano énergiques. Les synthés apparaissent petit à petit permettant une montée en puissance efficace. Le refrain est beaucoup plus mélodique et même des violons apparaissent.
On entend des violons aussi sur "I Feel Better" mais ici ils ont synthétiques. D'ailleurs, on nage en pleine dance surtout quand quand on s'aperçoit que la voix de Joe Goddard est auto-tunée. On est habitué chez Hot Chip à des plaisirs coupables mais là, on est vraiment décontenancé par tant d'effets spéciaux kitchs. Tellement qu'on se croirait au beau milieu du titre n°1 des clubs bulgares. Pourtant, l'énergie de la musique et surtout les paroles d'un romantisme désarmant emportent tout et on est presque déçu que le morceau se termine. Un véritable tour de force!
La chanson titre renoue avec un Hot Chip plus traditionnel, soit du funk bricolo-rigolo. "One Life Stand" n'est pas aussi réussi qu'un "Ready For The Floor" mais on remarque là encore le romantisme des paroles d'Alexis Taylor (One Night Stand - coup d'un soir - est remplacé par One Life Stand).
"Brothers" est plus calme. Une espèce de ballade électro où le groupe semble célébrer l'amitié qui règne entre ses membres ainsi que son amour pour les synthés.
"Slush" est aussi une ballade mais là, je n'adhère pas du tout. Des vocalises zarbis couvrent un piano-voix. Le morceau ne décolle jamais vraiment. Le morceau le plus faible de l'album.
"Alley Cats" peut aussi être qualifié de ballade mais ici on ne peut être que conquis. Joe Goddard, dont la voix ressemblait jusque là à celle d'un nounours bourru, se révèle ici être aussi meilleur pour la mélancolie que son collègue Alexis Taylor. Les synthés sont quasiment absents de la musique (un exploit pour Hot Chip) laissant place à une structure guitares-basse-batterie et un accompagnement à cordes. Ce morceau pourrait laisser penser que si Hot Chip décidait de laisser tomber l'électro (une sorte de Kid A inversé), ils resteraient tout aussi doués pour produire leur musique mélancogeek (la chanson parle des pauvres petits chats de gouttières).
La dance "We Have Love" ressemble à "I Feel Better". Il en reprend tous les éléments mais en moins réussi.
Sur "Keep Quiet", on entend la chant de Joe Goddard et des synthés minimalistes donnant un aspect Brian Enoesque au morceau. Cependant, là aussi, on est très déçu, le morceau souffre d'un calme plat surprenant pour Hot Chip.
"Take It In" a la tâche d'achever cet album et il le fait très bien. Les synthés et le rythme très physiques nous réveillent. L'aspect plutôt sombre des couplets s'effacent devant un refrain lumineux très disco.
On peut conclure que cet album réussit la mission de démontrer que la musique d'Hot Chip est plus que de l'électro décalée. Le ton général de ce One Life Stand est très mélancolique. La musique est mélodique et fait encore plus de place aux instruments organiques. La production y est clinquante, très 80's mais cela ne rend jamais l'album mièvre. Simplement, il semble que Hot Chip a changé de référence. On est passé de Devo à New Order et avec cet album, Hot Chip prolonge avec talent ce passé glorieux de l'électro-pop britannique.
Maintenant, reste à découvrir ce qu'Hot Chip nous réserve pour le prochain album ...

Chronique de Julien Gas (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 22/02/2010

Il y a tout juste dix ans, nous échappions de justesse au bug de l'an 2000, nous dansions, insouciants, sur "One More Time" de Daft Punk et Hot Chip foulait les salles de concert glauques de Londres dans un relatif anonymat. Une décennie plus tard, Daft Punk a déserté notre quotidien, au même titre que l'insouciance qui pouvait caractériser l'époque, et Hot Chip trône désormais fièrement en tête de gondole de toutes les Fnac et autres Saturn. En quelques années, les geeks sont devenus la norme et l'électro-pop des Londoniens leur plus fidèle représentante. Méfiez-vous donc de leurs tronches négligemment affûtées de lunettes XXL car, sous leurs airs de premier de classe un peu niais se cache l'un des plus grands groupes de "dance" mélancolique de ces dix dernières années. Chronique d'un succès.

Les joyeusetés discographiques d'Hot Chip ne comment véritablement qu'en 2004, puisque c'est à cette époque qu'ils s'attaquent au long format, après avoir sorti de nombreuses auto-productions et quelques maxis sur Moshi Moshi. Leur premier album, Coming on Strong, augure déjà d'énormes choses, puisqu'il mélange, de façon ahurissante, tout ce que ces passionnés ont pu écouter et aimer. Sur cette première plaque, le funk de Stevie Wonder se heurte à l'électro hip-hop de N.E.R.D pour rebondir sur la pop de New Order. Une somme d'influences parfois difficilement canalisable qui n'aura pas l'impact espéré sur le public. L'album n'est pas parfait, mais on tient déjà quelques délicieuses réussites de pop-électronique comme "Take Care" ou "Playboy". 

Leur deuxième disque, The Warning, débarque avec fracas et place nos nerds londoniens au centre de toutes les attentions. Les singles "Boy From School" et "Over & Over" squattent dancefloors et bandes FM et la presse musicale ne cesse de parler d'eux. The Warning est signé sur DFA pour les Etats-Unis et Hot Chip voit réellement sa carrière internationale décoller. Leurs prestations "live" confirment leur domination, grâce à une électro-pop efficace, toujours contrebalancée par une mélancolie solaire. Nous sommes en 2006, Hot Chip est au sommet, sa musique devient celle d'une génération et The Warning se classe parmi les albums pop de la décennie. 

La suite voit débarquer un hymne, un "Ready For The Floor" survitaminé, qui se transforme rapidement en tube planétaire. Une chanson que même pépé peut reconnaître à la radio et qui fait basculer le groupe dans l'ultra-popularité. L'album qui l'accompagne est une merveille: plus rock, plus lisse et beaucoup plus varié. Les perles se suivent et ne se ressemblent pas ; du pop-rock "One Pure Thought"au secoué "Shake A Fist", en passant par les ballades "Made in The Dark" et "We're Looking For A Lot Of Love". Made in The Dark offre au groupe un succès populaire et se hisse même jusqu'à la 4e place des charts anglais. Par ailleurs, certaines critiques commencent à fuser, considérant la pop synthétique d'Hot Chip comme vulgaire, kitsch et futile. Nous, on y voit surtout une pop dansante, mélancolique et fabuleusement belle. La bande originale des années 2000, sans aucun doute. 

Changement de décennie et nouveau chapitre pour Hot Chip: One Life Stand est dans les bacs et l'album est déroutant. Nos premières écoutes inattentives du disque auraient pu nous pousser vers un jugement sévère, voyant dans ce quatrième opus une pop trop brillante, trop facile et souvent tape-à-l'œil. C'est sans savoir que quelques écoutes et jours plus tard, la véritable facette de One Life Stand se révélera. Sous ses allures ultra pop, One Life Stand est un grand disque, peut-être même le meilleur du groupe. La cohérence de l'album est fascinante, la production est prodigieuse et, une nouvelle fois, le vrai talent d'Hot Chip  est de créer, à coup de beats percutants, un songwriting parfait au spleen envoûtant. La voix d'Alexis Taylor gagne encore en beauté et s'égare, parfois, vers des harmonies proches d'un Denis Wilson - la marque de fabrique des grands, sans aucun doute. L'album a été enregistré au Larnak studio de Londres, bâtiment froid et industriel, alors que la galette qui en est sorti est une des plus chaleureuses du groupe : une succession de tracks électro-pop autour du thème des relations amoureuses, qu'elles soient envers un frère, "Brother", une épouse, "Slush", ou même un chat, "Alley Cats".

Hot Chip, dont tout le talent réside dans la capacité à écrire de fabuleuses chansons, s'impose incontestablement comme l'un des meilleurs groupes de pop en activité.  Une nouvelle décennie qui, on en est certains, s'écrira, une nouvelle fois, au son d'Hot Chip, grâce à des chansons pour danser, pleurer ou s'embrasser ; des chansons qui trôneront fièrement en tête de gondole de toutes les Fnac mais surtout de nos plus beaux souvenirs. Hot Chip, le coup d'une vie.


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