Chronique de X_Lok (Xsilence)
Mis à part Blue Moods of Spain : A History, Part I&II sortis en digital en 2010 & 2011, le groupe n'a rien sorti de conséquent depuis...2001. Année de la séparation du groupe. reformé depuis 2007, le groupe a donné quelques concerts éparses, sorti ladite double compilation, puis...ce nouvel album, prouvant que rien n'a changé depuis...Ben depuis 1995 !
Le même slow-core enivrant, apaisant, la voix berceuse de Josh Haden, chantant toujours les mêmes amours déçus ("Only One"), en comptant, je pense qu'on retrouve autant de fois le mot "Love" que dans Blue Moods of Spain (même si on n'a pas que ça à faire non plus, écouter l'album et tendre l'oreille en faisant des croix). Le même spleen, tout en contenance, mise à part sur l'aérien "Because your Love", et le surprenant "Miracle Man" inspiré (ou pas) par Elastica, l'album s'écoule sans heurts, une atmosphère sépia, oeuvrant comme une madeleine pour qui s'est consolé de nombreuses fois sur Blue Moods dans les 90's, laissant la pluie sur le carreau embué de la fenêtre pleurer pour soi ( belle image surannée hein !), prenant pour soi les paroles de "Falling" : 'I tried a thousand times to get you out of my mind /Will I have to wait a thousant days to stop feeling these ways'...
Oui c'est un bonbon déprimant (ou dégoulinant c'est selon) que ce nouvel album de Spain, qui laisserai croire que Josh n'a pu garder l'amour, et qui nous assène ses peines sentimentales, d'autres le ferait de façon plus...virils, je pense à Arab Strap par exemple, mais Spain reste Spain, et une évolution radicale n'aurait pas vraiment plu aux fans de la première heure. Fallait il sortir ce Soul Of Spain ? Blue Moods ne se suffisait il pas dans l'épandage de chagrin ? La question peut se poser, mais quand c'est fait de manière aussi délicate, aussi ciselé, qu'il serait dommage de bouder son plaisir, alors attendons le prochain orage pour se caler devant la fenêtre....
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
A une époque où la moindre reformation fait l'objet d'un buzz en bonne et due forme, on s'étonne quand même du peu d'écho accordé au retour aux affaires de Spain. Et puis on se dit que lorsque le groupe américain a sorti son magistral The Blue Moods of Spain, on était en 1995: le ouèbe n'existait pas vraiment et il fallait plutôt se tourner vers le fanzine que la presse mainstream pour avoir vent de l'activité discographique de la troupe emmenée par Josh Haden, fils de la légende du free jazz Charlie Haden. Deux albums ont également suivi, jusqu'à l'implosion en 2001, un peu dans l'indifférence générale. Alors finalement, à l'écoute de The Soul of Spain, on se dit qu'en fait rien n'a vraiment changé, que les Américains seront condamnés à évoluer bien à l'abri des trop rares louanges dont ils font l'objet, que la fanbase est probablement restée intacte et que celle-ci se réjouira d'entendre le groupe reprendre les choses là où il les avaient laissées sur I Believe.
Il faut dire qu'il y a bientôt un an, "I'm Still Free" nous avait déjà rassurés sur la capacité de Spain à perpétuer un bien bel héritage. Toujours adepte d'un slowcore teinté de blues et rongé par le spleen, le groupe nous donnait là une nouvelle leçon d'élégance, renvoyant à ses gammes toute une génération de groupes désireuse de flirter avec le savoir-faire étalé à intervalles plus ou moins réguliers par des groupes adeptes des ambiances de type "fin de soirée" comme les Tindersticks, Lambchop ou Low. Car à l'instar de ces formations, Spain se plaît à nous servir une musique lente, hypnotique et capiteuse, qui prend le temps de se savourer et laisse constamment un goût doux-amer dans une bouche qui ne tardera pas à en redemander, trop heureuse de voir tant de sentiments humains mis en abîme par un Josh Hayden dont l'efficacité de l'écriture se résume en une forme de simplicité doublée de beauté, qui habite The Soul of Spain jusque dans ses moindres recoins. Et rend donc son écoute fortement recommandée.