Bloom

Bloom

Beach House

17 / 20 2012 Sub Pop Album / CD  Vinyle

Chronique de Michael (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 26/06/2012

Ce que l'on appelle le sens commun ou la sagesse populaire recèle parfois de bien belles conneries. Exemple type: la perfection n'existe pas. Eh ben merde, si elle existe. Et plutôt deux fois qu'une, et même plus encore. Pour ceux qui n'en sont pas convaincus, plutôt que de théoriser pendant des heures dans le vide, on va leur faire faire des économies de salive et leur en offrir une démonstration implacable qui tient en 4 minutes et 14 secondes. "Myth", premier morceau du nouvel album de Beach House, est la perfection incarnée, un jardin d'Eden à lui tout seul. Un morceau qui vous décroche la mâchoire et vous la laisse pendante, la bave commençant lentement à dégouliner, parce que forcément, vous allez l'écouter six ou sept fois d'affilée pour arriver à y croire. Tout ici est parfait : la musique et les arrangements, la voix, les paroles, l'interprétation, la construction, la production, le début, le milieu, le pont, le final instrumental. On pourrait écrire une exégèse sur ce morceau, en faire un hymne national, l'envoyer dans l'espace comme témoignage de l'espèce humaine dans ce qu'elle peut produire de meilleur ou la passer aux baptêmes, mariages, enterrements, déclarations d'amour, victoire du Portugal sur les Pays Bas, etc... Quant on accomplit ce petit miracle, à savoir écrire le titre après lequel tout le monde court, celui pour lequel nombre de groupes donneraient père, mère et première layette, on peut aisément se retirer l'âme en paix, certain d'avoir accompli quelque chose de grand dans sa vie et aller finir son existence dans un port des Açores en passant ses journées à faire des réussites dans un petit café miteux. 

Alors vous allez me dire, commencer un album par le titre d'une carrière, ça revient à se tirer une balle dans le pied. On ne pourra qu'être déçu par la suite. Et bien non. Pourquoi ? Parce que Bloom est d'abord un excellent album, qui contient d'autres très bons titres, même si forcément un cran en dessous, et parce que finalement, la suite nous permet de mieux digérer cette fabuleuse ouverture, comme une manière de mieux appréhender le "mythe" justement. Comme la petite mirabelle qui viendra diffuser et réchauffer le délicieux vacherin glacé que vous venez de déguster dans tout votre corps, de la tête au bout des orteils. Ainsi, "Lazuli", l'autre grand moment de Bloom, pas loin lui aussi de toucher le firmament argenté, mais aussi "Wishes", "Wild" ou encore "Other People" prolongent le plaisir et dessinent au final les courbes d'un album à la fois dynamique et éthéré. Un album où claviers, nappes et reverb débordent, mais pas dans une simple recherche d'effet de style, mais comme moyen de mettre en valeur des mélodies et des textes qui se prêtent parfaitement aux codes de ce que l'on dénomme vulgairement dream pop. La robe de soirée parfaite en somme.

Une mention spéciale est à porter à Victoria Legrand qui, sur les guirlandes d'arpèges déployées par Alex Scally, déploie une voix unique, qui prend au fil des albums une patine et une personnalité de plus en plus étonnantes. La progression du duo de Baltimore est d'ailleurs à cet égard également intéressante. Beach House suit depuis son premier album une courbe ascendante qui les conduit aujourd'hui à devenir autre chose qu'un petit groupe sympathique comme il y en a tant. Bref, on peut d'ores et déjà parier que Bloom figurera sans peine en bonne place dans la plupart des classements de fin d'année.  


Chronique de Jumbo (Xsilence) 17 / 20

Posté le 12/06/2013
Beach House, c'est le groupe qui s'est trouvé un son et qui s'y tient. Ce n'est même pas le son le plus original, tant il est inspiré (recopié ?) de la dream pop des années 90. Le duo franco-américain a pourtant de la personnalité, avec le timbre grave de Victoria Legrand, cette boîte à rythmes métronomique et les accords vibrants de la guitare d'Alex Scally. C'est aussi un groupe dont le nouvel album est toujours un peu meilleur que le précédent.

C'est donc six ans après le premier album que sort Bloom. Pas de surprise, on retrouve le son doux et lent du groupe. Je suis peut-être trop influençable par les pochettes d'albums, mais autant l'album précédent Teen Dream me donnait l'impression d'avoir le soleil dans les yeux et les mains dans le sable, autant Bloom me plonge dans une semi-torpeur nocturne un brin glacée. Il faut dire que le son des claviers passe ici de l'orgue '60s aux synthés froids '80s, très proches du son synthpop.

L'album démarre sur un enchaînement de trois titres sublimes, qui expédie déjà les trois premiers albums du groupe aux oubliettes. "Myth" est même leur meilleure chanson, je suis catégorique. Tout est parfait sur ces trois perles épiques, où le duo sonne presque mégalo, mais les mélodies sont si belles qu'on ne peut que s'y abandonner.
Je dois avouer qu'en comparaison de cette ouverture renversante, le reste de l'album pâlit un peu. Il est probablement plus inégal que Teen Dream... mais ses sommets sont plus hauts, et plus nombreux. "Wishes" est en effet un autre titre bouleversant, avec cette descente de guitare surf à vous donner des frissons. Enfin, le final "Irene" est aussi une pièce épique et vibrante à la progression tétanisante flirtant un court instant avec le drone.

En bref, Beach House creuse toujours son filon, et le fait tellement bien qu'on n'a aucune envie de les voir dévier de leur formule !

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