Chronique de Bona (Xsilence)
Cependant, il faut noter la fascination qui s'exerce autour du personnage et sa notoriété toujours grandissante malgré le fait qu'il n'ait jusqu'alors pas produit un album vraiment convaincant. Et encore une fois, je me retrouve à écouter le dernier album de Tellier, après une écoute très agréable du surprenant "Pépito Bleu". Un morceau coincé entre les plus pompeux choeurs celtiques, la chorale païenne et Christophe sur Les Paradis Perdus, référence assumée du barbu. Alors, ce My God is Blue ? Variété pompeuse et nouveau délire avec peut-être un ou deux morceaux potables et une grande chanson ? Ou véritable première pierre d'un édifice qui va aller en grandissant et en s'améliorant nettement ?
Éliminons tout d'abord le concept ou l'histoire, incompréhensibles. Je ne suis pas bilingue, mais hormis le Métal assez guttural, je comprends généralement l'anglais. Ici, j'ai rien bité. Hormis quelques 'I yove iou I yove iou' sur "Russian Attractions", j'ai vraiment pas pigé un foutre mot d'une seule putain de chanson de cette saloperie de disque et c'est franchement frustrant, merde ! Après cette première déconvenue qui, comme vous avez pu en juger vous-même, m'avait plutôt indisposé, j'ai réécouté l'album un nombre de fois assez important sur les dernières semaines. Comme fasciné. Il est vrai que la musique est particulièrement belle. Pour une fois Tellier compose toutes ses chansons comme de véritables chansons, et si les délires sont parfois encore assez nombreux, que ce soit dans les titres, les clips ou son Alliance Bleue, ainsi que dans certaines chansons comme l'excellent et très dansant "Cochon Ville" ou dans "Against The Law", électro-pop grandiloquente plutôt réussie, et sa phrase sur les coiffeurs ...
Fasciné donc. Je ne sais pas si c'est le concept. Je ne sais pas si c'est un coup marketing franchement réussi. Mais cet album a une signification. Probablement pas celle que Tellier voulait lui donner, mais plus personnelle. Je pense que chacun peut apprécier cet album de la façon qui lui plait. La façon qui le touche. Certains y verront une saloperie marketing. Certains y trouveront leur compte dans une épopée lyrique maitrisée. Certains y trouveront l'apaisement. Car après tout, qu'est-ce que vous évoque le bleu ? Pour moi, ce n'est pas la spiritualité n'en déplaise à Tellier. Pour moi, le bleu, c'est le repos, l'apaisement, le refuge dans la rêverie et même les morceaux les plus épiques sont synonymes de rêves et de lyrisme. J'ai l'impression de nager dans une grande mer de synthés, de guitares et de sentiments peut-être bas du front ou puéril, mais si vrai.
Vous avez probablement remarqué que la critique devient de plus en plus personnelle. Oui, c'est subjectif. Mais c'est là toute la force de cet album. Il s'éloigne de son créateur, s'en détache. Il se suffit à lui-même et dépasse le cadre de la bouffonnerie de son géniteur. Ou en tout cas, de son géniteur public. Le Tellier gourou. Cet album échappe au Tellier gourou. Il est une communion entre le véritable Sébastien et un auditeur conquis, ravi, qui trouvera son compte dans la plupart des morceaux de cet album. S'il y a spiritualité, elle est bien dans la communion entre l'auditeur et Tellier. Le vrai Tellier.
Alors prosternez vous devant "My Poseidon" dansez sur "Cochon Ville", rêvez en écoutant "Magical Hurricane. Entre électro-pop-prog, ballades symphoniques, chansons presque acoustiques, Tellier ne réussit pas son pari de vous faire rejoindre l'Alliance Bleue. Il fait beaucoup mieux.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Depuis que la sortie de My God Is Blue a été annoncée à grands renforts de coups de pub, on ne peut pas vraiment dire que l’enthousiasme débordant ait prévalu. Par contre, en matière de WTF intersidéral, on a pu compter sur Sébastien Tellier pour alimenter le buzz à grands renforts d’interviews plus démentielles les unes que les autres, notamment dans un long papier signé Technikart, magazine qui continuerait à défendre le type même s’il composait un opéra pop de onze heures contant la quête spirituelle d’une moule hémiplégique.
En même temps, avec son histoire d’Alliance Bleue, le barbu a frappé un très grand coup, s’attirant quolibets et moqueries avant même que la moindre note de My God Is Blue ait filtré. Délire raëlien flairant bon l’arnaque new age, cette Alliance Bleue n’avait qu’une chance de fédérer, et il fallait pour cela que Sébastien Tellier nous ponde un chef d’œuvre de musique pop(ulaire) et universelle, dépassant le strict cadre des époques et des tendances. Mission pas vraiment réussie pour le coup.
En fait, on a carrément l’impression que Sébastien Tellier s’est mis en tête de marier le pire de la musique de ces 30 dernières années pour en faire quelque chose de carrément bath et définitif, que le côté hype et arty de la chose ne devrait pas empêcher de pénétrer l'insconscient des masses avachies. Un peu comme Justice quelques mois avant lui, somme toute. Avec sa production plus touffue que la foufoune d’une actrice X des années 70, ses ambiances solennelles et cheesy dignes d’un mauvais disque d’Era ou d’Enigma, le côté « les blancs ne savent pas funker » des titres les plus enlevés, ses solos de guitare évoquant le pire d’une compilation Rock’mantique ou son côté Serge Gainsbourg du pauvre, My God Is Blue sonne comme une ode au mauvais goût baignant dans une ambiance sectarisante qu’on n’est probablement pas en mesure de comprendre, pauvres mortels que nous sommes. Il faut dire que la quantité de substances psychotropes qu’a dû s’enfourner l’ami Sébastien pour nous pondre cette diarrhée bleue d’une prétention inimaginable n’a pas vraiment dû aider.
En fait, My God Is Blue nous renvoie surtout l’image d’un mec qui commence à être sérieusement cramé. Celle d’un artiste qui, par le passé, avait montré combien il savait jouer sur le gouffre qui sépare le premier du quinzième degré, l’élégance du mauvais goût le plus crasse. Ici pourtant, la frontière est devenue trop floue pour qu’on ne sente pas un certain malaise à l’écoute de ces douze titres au détour desquels on peut pourtant déceler un peu du génie que Sébastien Tellier n’exploite pas – ou alors pas toujours très bien – sur My God Is Blue.