Chronique de Michael (Goûte Mes Disques)
Difficile de juger de la carrière erratique d'un groupe comme The Brian Jonestown Massacre. A l'instar de ses éternels collègues et rivaux des Dandy Warhols, qui vous l'aurez remarqué, sortent eux aussi comme par hasard un nouvel album à même pas une semaine d'intervalle, on pourrait qualifier ces deux combos de groupes de best-ofs tant sont inégales et trop souvent bancales leurs productions respectives. A ce petit jeu-là, la bande à Anton Newcombe à tout de même un sérieux avantage : si l'on en juge par l'excellente compilation Tepid Peppermint Wonderland : A Retrospective sortie en 2004 après la sortie de DiG! qui mettait habilement en scène (quoique de manière parfois un peu caricaturale) la guéguerre entre les deux groupes, le Brian Jonestown a à son actif nettement plus de bons morceaux que les Dandys.
Alors on est en droit de se demander sii ça vaut la peine d'écouter les albums de BJM ? Franchement, au vu du précédent Who Killed Sergent Pepper ?, on pouvait sérieusement envisager la négative tant le délire mystico-électronico-islandais semblait enfumé et malheureusement assez sérieux. Voilà donc venir la suite avec Aufheben, dont, vous l'aurez compris, on n'attend pas grand chose. Ca commence en terrain connu avec un "Panic In Babylon", qui comme son nom l'indique, ne cache pas son orientation musicale moyen-orientale, une des influences musicales et culturelles chère à Newcombe. La première bonne surprise viendra en deuxième piste avec "Viholliseni Maalla", sorte de boucle entre lounge bricolo et krautrock dopé aux amphés, porté par une belle voix féminine. La suite sera plus convenue et assez agréable même si rien de mémorable ne ressortira vraiment du lot. On restera dans la veine "psychédélisme de bazar", avec flutes, claviers, sitars et chichas sur des rythmiques hypnotiques. La ballade "I Wanna Hold Your Other Hand" et le dansant "Waking Up To Hand Grenades" étant sont ici les titres qui se distinguent, la dernière bonne chanson se situant en fin de disque avec cet hommage explicite à New Order avec "Blue Order New Monday" pour un résultat qui sonne toutefois plus comme du My Bloody Valentine version lo-fi.
Aufheben est en somme un album qui nous présente BJM sous un jour plus rassurant et agréable que son prédécesseur, mais restant comme au bon vieux temps très inégal. On attendra donc avec patience le best of des dix prochaines années.
Chronique de Beckuto (Xsilence)
Comme souvent avec le BJM, c'est le défilé des instruments. Présence de guitares électriques/acoustiques, basse, batterie, synthés, orgue, sitar, violons, xylophone, flûte, percussions, zurna, clavecin, flûte traversière et que sais-je encore. À cela s'ajoutent d'autres effets parsemés un peu partout. Et tout ça donne des compositions qui pour la plupart nous font voyager, planer voire même rêver. C'est beau, c'est bon, c'est bien fait et ça donne vraiment envie d'écouter inlassablement. Anton évite même le principal danger du psychédélisme : la répétition. Bravo Mr. Newcombe !
Cette fois-ci, en plus de l'anglais, Anton ne s'essaye plus au chant islandais, mais au chant finlandais et français. Il est quand même bien difficile de comprendre toutes les paroles à cause de la tonne de reverb ajoutée sur les voix. C'est assez dommage, car si on n'est pas pourvu d'une bonne oreille, on pourrait passer à côté d'un texte un peu dénonciateur dans "Illuminomi" ("Qu'est-ce que c'est la carcasse d'une vie paumée/Mais qu'est-ce que c'est une ordure que personne n'aimerait/En vérité, le monde s'en tape des mouettes blessées/Je ramasserais son corps meurtri, dans mon abri non loin d'ici").
Passons directement au seul véritable défaut, comme ça on s'en débarrasse et on reste positif jusqu'à la fin. Dans cet opus, il n'y a que le morceau "Viholliseni Maalla" qu'Anton aurait dû enlever ou remplacer par une meilleure chanson. Sincèrement, à part cette piste saupoudrée d'un peu de synth-pop aérienne qui ne se mêle pas très bien avec le reste, AUCUNE n'est mauvaise ou à jeter !
"Panic In Babylon" est une instrumentale aux sonorités psycho-orientales. C'est un petit délice dès l'ouverture et elle émet le même effet hypnotisant que "Super-Sonic" sur Give It Back. L'enchaînement "Face Down On The Moon" / "The Clouds Are Lies" / "Stairway To The Best Party In The Universe" est un des meilleurs que j'ai entendu dans la discographie du BJM ! "Face Down On The Moon" est une instrumentale qui aurait gagnée à avoir le sitar mis en avant et non la flûte. Mais cette dernière tient bien la place normalement réservée à la voix et cette piste reste un des meilleurs moments du disque. "The Clouds Are Lies" est sûrement celle qui se rapproche le plus du Velvet Underground, autant pour le son de guitare que pour la voix d'Anton. Ce titre est tout simplement magnifique. "Stairway To The Best Party In The Universe" contient un sitar qui reprend des notes de "Paint It Black" des Rolling Stones. Ça marchait avec les stones, c'est tout aussi efficace ici. "Seven Kinds of Wonderful" est à la limite d'être un morceau chamanique. L'ambiance rappelle un peu la chanson "í Alvöru Talað" présente sur l'EP Smoking Acid, mais légèrement moins agressive. Arrive une flûte traversière, un clavecin et des violons, quand "Walking Up To Hand Grenades" débute on se croirait à la cour du Roi. Mais cette ambiance est vite balayée par l'entrée de la batterie et de sa frappe sèche et résonante. Le chant d'Anton est parfait sur ce morceau. Et enfin "Blue Order / New Monday" clôture magnifiquement bien cet album en sept bonnes minutes. Et petite mention spéciale pour le riff de basse simple, mais très entêtant. Vous l'aurez sûrement compris à la vue du titre, c'est un hommage à la chanson "Blue Monday" des New Order.
Aufheben est à mettre directement dans le top cinq des albums du BJM !